De Bernard de Foenkinos en Bernard de Sagan, bien qu’ici le prénom soit bienheureux au moins… plus gagnant, changement de style plus féminin, instinct de coquetterie.

 

Afficher l'image d'origineInaugurale_ la référence shakespearienne choisie par Sagan

« Il ne faut pas commencer à penser de cette manière, c’est à devenir fou  » Macbeth, Acte II,

qui résonne comme un présage et qui clôt le roman avec Josée, répétant tendrement cette même litanie, à l’identique.

Comme si tout ce petit monde Bernard, Nicole, les époux Malignasse, Béatrice, Josée, Edouard, ce huit clos avec ses  personnages pouvaient bien se finir plutôt que de tourner en rond, façon cercle vicieux, pourtant annoncé dans le titre… Une prévisibilité poétique ou une aporie perspicace, devinée, p.73, Bernard, personnage principal,

 » L’impasse, il le savait après dix jours de voiture, ce n’était ni sa passion pour Josée, ni son échec en littérature, ni sa désaffection de Nicole. Mais quelque chose qui manquait à cette passion, à cette impuissance, à cette désaffection.Quelque chose qui aurait dû combler ce vide matinal, cet agacement de lui-meme. Il posait les armes, il se livrait à la bête. Pendant trois semaines, il aurait à se supporter, seul. » à Poitiers,(Que pensez de cette ville?  pour ses reportages) .

Josée, à Jacques:  » Tu partirais,tu partirais? d’une voix pensive. Mais lui ne bougeait pas, ne disait rien, elle avait l’impression de s’être éprise d’un ours croisé dans une forêt, un ours qui l’aimait peut-être mais ne pouvait le lui dire, condamné au silence animal. » »ça va »dit enfin Jacques en grognant. »

Reste le personnage de Béatrice, adulée et théâtrale, ambitieuse et fatale, une actrice aux allures de terrible petite diva « Quelle était gentille avec ses comédies, ses petites ambitions forcenées! Que ce goût de la réussit était une chose drôle dans le grand cirque de l’existence! « et dont Jolyau se moque gentiment tant il pressent l’issue « Ils se regardèrent fixement et il leva la main comme pour prévenir un éclat. »Vous êtes très belle et très désirable.(…) Décidément, il adorait son métier. »

Comment alors ne pas penser à Bérénice de Racine,

Bérénice, ActeIV, scène 5

Jean Racine

Antiochus (à Bérénice)

Que vous dirais-je enfin? Je fuis des yeux distraits,
Qui me voyant toujours ne me voyaient jamais.
Adieu. Je vais le coeur trop plein de votre image
Attendre en vous aimant la mort pour mon partage.
Surtout ne craignez point qu’une aveugle douleur
Remplisse l’univers du bruit de mon malheur:
Madame, le seul bruit d’une mort que j’implore
Vous fera souvenir que je vivais encore.
Adieu.
[…]
Je la verrai gémir; je la plaindrai moi-même.
Pour fruit de tant d’amour, j’aurai le triste emploi
De recueillir des larmes qui ne sont pas pour moi.

[…]Bérénice (à Titus)Je n’écoute plus rien, et pour jamais adieu.
Pour jamais! Ah! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus!

L’ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence?
Ces jours, si longs pour moi, lui sembleront trop courts.

Bénabar n’a rien inventéTitus et Bérénice;Bénabar

Pour jamais Seigneur songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

On aurait dû peut-être pour notre rupture s’inspirer des poètes de la littérature
Plutôt que s’envoyer des insultes mesquines
On pourrait emprunter quelques vers à Racine

Dans un mois, dans un an comment souffrirons nous?
Seigneur que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice
Pauvre Titus

Si j’étais Titus si t’étais Bérénice
On sentirait un peu plus la passion destructrice
Toi empereur de Rome moi reine de Palestine
On se ferait de la peine en alexandrins sublimes
Nous ne disposons pas des beautés du théâtre
Du souffle de la scène 5 de l’Acte IV

Dans un mois dans un an comment souffrirons nous?
Seigneur que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice

Titus Bérénice
Nous sommes jaloux
Mesurer votre chance
Vous auriez pu comme nous
Exprimer vos tourmentes dans une langue a tout faire
Comme le font les amants de sang et de chair

Dans un mois dans un an comment souffrirons nous?
Seigneur que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus

Dans un mois, dans un an
Comment souffrirons nous
Seigneur que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice

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