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Journal de bord des lectures, critiques et moments d'écritures

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Les écritures

L’art de la conversation?/ Ecriture

« J’appelle Conversation, tous les entretiens qu’ont toutes sortes de gens, qui se communiquent les uns aux autres, soit qu’on se rencontre par hazard, et qu’on ait que deux ou trois mots à se dire ; soit qu’on se promene ou qu’on voyage avec ses amis, ou mesme avec des personnes qu’on ne connoist pas ; soit qu’on se trouve à table avec des gens de bonne compagnie, soit qu’on aille voir des personnes qu’on aime, et c’est où l’on se communique le plus agréablement ; soit enfin que l’on se rende en quelque lieu d’assemblée, où l’on ne pense qu’à se divertir, comme en effet, c’est le principal but des entretiens. »
Chevalier de Méré, De la Conversation.

 

Une petite irruption, fracassante, évitement de fausses notes et de considérations météorologiques, imprévisible, je n’aimais être bousculé de mes pensées multiples.

J’étais, pour cette fin de soirée, honoré de ma flûte galante estampillée millésime, sirupeusement admiratif, candide et gai devant cette toile.C e vernissage était tout simplement délicieux, il laissait deviner les anamorphoses. Ce curateur avait fait un choix plus qu’audacieux, il fallait bien le reconnaître.

Puis,

__ »Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » ( A cette ineptie, il était de bon ton de répondre par acronymes, avec suffisance, revers incorrigible annoncé par le tutoiement, il  fallait faire son choix, ENSAPC, ENSAD, ENSBA, ESAAD, ESAIG, pour ne pas déteindre, aussi prétentieusement que possible et avancer un impitoyable « Je suis élève à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris »! ») C’était avec cette phrase qu’elle s’était immiscée, une phrase, somme toute banale, anodine, teintée de curiosité. On ne se connaissait absolument pas,  mais la familiarité semblait naturelle, pas de fausse note, de larsen et pourtant le tutoiement intempestif, ce n’était vraiment pas dans mon tempérament. Je m’offusquais de ces pratiques que je jugeais plutôt vulgaires, j’apparaissais anachronisme totalitaire de mon époque, et pour le coup, aux yeux des autres, complètement impotent, décalé, et cela me convenait plutôt bien. J’avais répondu, donc, tout naturellement, juste à côté :

__ »Moi, je découvre, je tâtonne, je  trébuche dans les regards sourds et les premières respirations, celles qui palpitent et transpirent… »

_ »C’est assez étonnant comme démarche, et peu courant, en effet » avait-elle hâtivement répondu, avant de détaler aussi brusquement qu’elle avait su faire irruption dans mes pensées. Elle avait ce quelque chose de l’Alice de Carroll, mais j’avais su couper court, et ne pas éterniser cette embryon de conversation.J’étais resté pantelant, immobile et songeur, la maudissant de cette interruption inopinée, étais retourné à mes occupations premières, toutes contemplatives, je voulais prolonger ce moment de grâce admirative, et n’ en être détourné, à aucun prix. Après tout, c’est ainsi que je m’inspirais…Je passais d’incommensurables heures, figé devant certaines oeuvres, à l’affût de chaque détail technique que je mémorisais, m’imbibant de chaque demi-teinte et nuance, devinant les coups de crayons des maîtres. Je révérais les romantiques, mais pas uniquement, assujetti à Friedrich, mendiant chaque oeuvre d’un regard nouveau, pour en éprouver davantage. Puis, je retournais dans ma misérable petite mansarde, mais nimbée de cette lumière obséquieuse, je jetais mon dévolu sur ces toiles vierges que j’avais depuis quelques temps dézinguées, fustigées, vieillies, boursouflées..Ce n’était pas mon premier coup d’essai, je poussais le perfectionnisme  jusqu’à manier le pinceau des heures,  poignet tantôt crispé et souple,  pour parachever ma technique et m’approprier celle des autres…Mon éducation aux arts, mon talent avait suffit à faire éclater mon génie à l’école, alors j’avais déserté, je ne cherchais pas la renommée, je ne voulais pas briller, mes apparitions aux vernissages étaient  quasi silencieuses, je voulais l’invisibilité, pour exceller indécemment, le statut de faussaire me convenait parfaitement et je ne cherchais pas à être identifié, je me cantonnais donc à écumer les galeries comme critique d’art officiel. Le reste n’était connu que de moi, je conservais mes faux et savait exactement à quel moment offrir une percée…J’en jubilais d’avance, et je comptais bien garder toujours un coup d’avance, l’invisibilité dans l’évidence, rester dans l’ombre.

M.G

 

Article mis en avant

Fragmentaires…/Ecriture

 

La folie n’est pas que rhétorique pure, c’est une hérésie abrupte de la penseé nébuleuse.

 

M.G

 

Article mis en avant

Murmures …/poésie/ Ecriture

Murmures…

 

 

Toute corrompue, embuée, laisse-les

Tristesses endimanchées et craquelures folles

Givrées, toutes fêlées

Murmures égarés,

doux chuchotis…effleuré,la frêle corolle,

L’écharde au coeur, les veines, verre pillé…

 

 

 

M.G

 

 

 

 

 

Fêlé/Les petits objets/Ecriture.

Juste ébréchée, la petite tasse de vaisselle anglaise aux motifs fleurs tendre, fine porcelaine aux petits reflets nacrés, logée dans son compartiment, dorlotée et nichée au coeur de papier de soie, rosée. Celle-là trouve sa place aux côtés des autres, des centaines d’autres, comme estampillées, sur lesquelles je veille, précieusement, jalousement, comme si chacune d’elles était menacée.

De quoi d’ailleurs ?

Je me demande bien : d’extinction ? Peut-on imaginer un jour la disparition ultime et programmée des tasses ? Est-ce vraiment crédible ?

Chacune a sa place, bien définie, et nulle part ailleurs qu’à sa place.Elles sont vestiges d’un autre temps, d’un épisode gustatif certain. Ce n’est pas celle-là que je préfère bien sûr, si le choix était si évident, si elles n’étaient pas toutes si belles, je ne me sentirai pas l’obligation de toutes les conserver, de les chouchouter ainsi.

Chaque jour, j’admire, j’observe, je contemple, je fixe…

Bon, j’admets, je suis bolophile..C’est venu comme ça, un jour, un détour, je suis tombée sur ma première tasse, elle était originellement ébréchée, à se demander de nous deux,  lequel était le plus fêlé…

M.G

Jean/ Humour noir / chapitre 1er /Ecriture

Je suis Jean,

j’ai  soixante-cinq ans.

Ce soir, j’ai décidé que ce serait ma dernière, après tout on ne choisit pas sa date de naissance, on vous l’impose, alors moi, j’ai décidé d’actionner le bouton » off « et de déterminer le bon moment.

Françoise, ma défunte femme, n’a pas eu ce luxe, elle n’a pas eu le choix, c’est le cancer qui l’a emmené sans ménagement, foudroyant. Alors, je peux tout dire, aujourd’hui.

Le fait d’en terminer me donne le droit de tout vous dire: les jolies choses n’existent pas, ce sont des mensonges assénés par des hordes politisées pour enjoliver la réalité, sinon elle est proprement insupportable.La réalité c’est que les gens sont odieux, insupportables, égoïstes, vicieux, méchants, qu’ils n’ont que faire des autres.Je ne crois plus..et pourtant j’y ai longtemps adhéré mais j’ai perdu la foi en l’humanité, une vaste blague, l’Humanité…On nous fait croire qu’on est meilleurs, la vérité c’est que les animaux, ceux qu’on nomme les sauvages même, sont bien moins brutaux entre eux que nous ne le serons jamais.Vous me trouvez défaitiste? Vous avez raison, je le suis, ou peut- être me suis-je juste réveillé, sursaut de réalité, et suis-je descendu de ma petite bulle, de mon petit monde de cotonnade…Essayez donc pour voir de me détromper..Non, l’exemple du journal télévisé est branlant je vous le dis de suite, c’est bancal, ça ne tient pas la route, tant je pourrai vous objecter de contre-exemples de malheurs dans le monde: le manque de solidarité, le racisme, les violences, les mensonges, les alertes enlèvements, moments de guerres fratricides et j’en passe…Vous en voulez encore : les catastrophes naturelles, les meurtres, le terrorisme lâche…Je fuis les images et vis en reclus tant je ne puis plus en supporter, de ces mensonges, la misère du monde, je l’ai imbibé jusqu’à la nausée..je suis comme ça, moi Jean…Passé d’une naïveté d’idéaliste à un cynisme froid, je ne peux plus mentir, je n’en ai plus le temps, et surtout plus l’envie d’enjoliver.Françoise était croyante comme moi, je veux dire, elle adhérait au principe de l’Humanité, mais plus on traversait les âges, plus on était déçus.Au départ, on pense les blessures accidentelles, superficielles et puis, elles vous contaminent insidieusement et creusent, creusent…

Mon projet a eu le temps de mûrir, j’ai réfléchis, je dois vous dire, j’ai envisagé les possibles « off », les variations…Ce qui me pose problème, ce n’est pas de partir, je l’ai choisi, voulu, c’est juste…comment dire….je ne peux pas me rater..rien de pire que de se rater…Imaginez, vous choisissez l’option pendaison, il faut prévoir la corde, de la bonne, assez de longueur (soyons pragmatique), parce que moi je suis plutôt genre empoté, pas doué quoi, puis faire un noeud coulant, bon raccord, pour qu’il coulisse délicieusement le long du cou, il faut impérativement qu’il laisse in fine une belle trace (question d’esthétisme !) et puis, il faut bien la fixer, parce que moi, je suis capable de monter sur l’escabeau, de garnir mon cou, prêt, et je vois bien mon point d’accroche lâcher…et là…catastrophe, je veux bien mourir mais avec dignité ! Du coup, je passe mon tour pour la corde, c’est pas pour moi. J’ai bien pensé à passer sous un train, ou à me glisser sous un véhicule, ce qui m’a retenu ..j’ai décidé d’en finir c’est un fait, mais c’est pas pour ça que je dois entraîner d’autres personnes dans ma chute ..le pauvre conducteur il pourrait avoir du mal à s’en remettre alors me voir à moitié écrabouillé et en plus, je pourrai encore me rater, je resterai égoïste!!! Et..il me faut de l’infaillible..J’ai pensé aux cachetons et aux poisons, mais c’est long et je trouve que ça flatte trop mon côté féminin, et j’ai des voisins sympathiques au demeurant mais de vrais pots de glu, ce qui me fait dire que la tâche ne sera pas aisée, ils seront certainement là pour d’enquiquiner jusqu’au bout,  et après, je risque de finir en légume, façon potage hivernal après un lavage d’estomac, non merci..pas question, je peux mieux faire. Je sais pas si vous savez mais le rapport de l’OMS, est une une vraie mine d’informations et d’inspiration par exemple ( je me cultive, jusqu’au bout), l’empoisonnement par pesticides remporte tous les suffrages dans les petites campagnes rurales et les pays sous développés pour les fermiers asphyxiés par les dettes en Asie, en Amérique latine et puis il faut être réaliste, ils sont facilement accessibles, pas nécessairement coûteux…

Les armes à feu..Ah les armes à feu..c’est autre chose les armes à feu, ça éclabousse oui c’est vrai, mais ça sonne bien une détonation, non? Un tantinet cow-boy… Vous ne pensez pas que ça peut marquer les esprits avant de partir? Le problème, c’est que je n’y connais absolument rien en armes à feu..Vous me direz, il est jamais trop tard pour apprendre, mais cette méconnaissance risque de me desservir au moment crucial.Il me faut de l’efficace.

Si Françoise était encore là, elle pourrait me filer un coup de main, elle a toujours été de bon conseil..

M.G

Emma/Ecriture

Acte troisième

Emma,

les soubresauts au coeur,

ça commence à cogner dans la poitrine,

ça m’oppresse Emma,

je le sens accélérer ce pouls,

pam…pam…pamm….tu l’entends, j’ai toujours senti que tu pouvais l’entendre, un infrason…tous  les deux … diapason… Emma et Paul …ça résonne.

Emma, Emma, t’as pas le droit de m’abandonner …Je prends ta main Emma, je la pose tout précieusement près du coeur, tu entends Emma, tu entends comme il bat ce petit organe, il est si fort, il bat pour nous deux Emma. La première fois que je t’avais croisé au petit café, tu reluquais ton livre, absorbée comme follement éperdue dans ton univers, rien ne semblait t’atteindre Emma, quand tu lis tu es toute fascinée, intégralement prise dans l’histoire, j’en connais peu des filles comme ça, Emma.Tu ne m’a même pas vu, tu étais plongée, j’enviais cet intérêt qui ne semblait jamais te quitter. Tu levais à peine les yeux sur le monde qui t’entourait comme si tu avais toujours su qu’il ne te conviendrait pas, une occultation du réel. Tu avais cette façon de te mouvoir Emma..une élégante discrétion qui ne pouvait passer pour telle, je voyais bien Emma que tu voulais observer le monde, glisser subrepticement sur les choses, tu ne semblais pas réaliser l’effet que tu pouvais faire, de l’irradiation.Une certaine pudeur sans doute, mêlée à une craintivité certaine et, pourtant, Emma j’ai réussi une fois, j’ai attaché ton regard, je l’ai fait mien, capture fugitive et éternellement figée.Tu m’as fait un sourire, pas de ceux des plus évidents, il y avait même une certaine gêne entre nous, j’insistais avec ce regard et tu observais, mais semblais dans l’incapacité de te jeter, comme prisonnière d’un je ne sais quoi. Alors moi le grand timide, celui que les copains charriaient pour sa naïveté, j’avais une fois osé, j’avais profité d’une de tes errances dans un livre pour m’inviter à ta table, il t’avait fallu un temps qui m’avais semblé interminable Emma pour seulement réaliser que tu n’étais plus seule..et quand tu avais levé les yeux je m’étais complètement déballonné…Je m’étais levé sans mot dire et j’avais quitter la table, juste le temps d’entr’apercevoir tes prunelles.

 

Acte deuxième

J’étais rentré…Je n’attendais qu’une future occasion de revoir ces jolies prunelles.

De loin, j’avais largement eu le temps de peaufiner le tableau, une allure racée, des jambes fuseaux au galbe délicat entraîné par une ballade rythmique, la taille marquée comme un appel à t’enlacer, et ce french coat qui ne te quittait pas.

J’avais établi un plan de bataille : approche de la cible, j’ai refait mon petit numéro, je me suis invité à ta table, tu étais toujours absorbée, toujours sans mot dire..ça devenait doucement obsessionnel..ça ne me quittait plus, cette idée fixe..Apprivoiser la petite créature, ça m’a pris du temps..Tu acceptais désormais ma présence Emma, tu la tolérais, tant que le silence régnait, j’avais une fois tenté de te parler, et là, c’est toi qui t’étais levée…je m’étais retrouvé bête et désoeuvré pour tout dire, alors je n’avais pas recommencé…Je m’étais mis à emmener des objets, le premier, une feuille vierge de tout mot comme ce qui nous unissait,puis un ruban pour tisser le lien, et je dois dire j’ai été transporté, ivre de joie quand tu l’as saisi de tes  doigts pour le glisser le long de la page.Il devenait rempart ce livre, bouclier de ta réclusion et pourtant, le ruban…il était bien là le ruban. Toujours le silence, ça devait j’imagine, t’apaiser, mais tu conservais les objets, les alignais devant toi, ligne pacifique de ta tranquillité. Et puis, il y a eu ce jour, je n’oublierai jamais..

 

Acte premier

C’était devenu une routine, une joyeuserie, si j’ose dire, je me demandais quel serait le prochain objet, et je cherchais, je cherchais…puis….une évidence …Je suis arrivé fringant, enthousiaste, prêt à soulever des montagnes et à m’affranchir des silences, j’avais…

oui j’avais….

mais

j’avais pas tout prévu,

Emma,

j’avais envisagé des possibles, mais pas celui-là, j’ai pensé que cette fois-là je pourrai enfin délivrer ces lèvres d’un sourire,d’un mot, j’étais encore avec cette idée-là quand je me suis attablé, le bouquet de belladones fraîchement amassées, que j’avais maladroitement enrubanné et qui dissimulait ce petit mot, j’y ai cru  quand tu as levé les yeux,  tes lèvres ont commencé à remuer, je me suis dit intérieurement, Emma…J’avais le coeur à tout rompre, j’y croyais, j’y étais parvenu ! Enfin !Victoire!

Puis, les bruits sourds____assourdissants même, les rafales,

comme rifflés, les éraflures aiguës,

ébranlé,

tombé,

je te cherche, Emma où es-tu ? Emma? Emma?

Emma…

t’as pas le droit de m’abandonner….Je prends ta main Emma, je la pose tout précieusement près du coeur, tu entends Emma, tu entends comme il bat ce petit organe, il est si fort, il bat pour nous deux Emma.

Il bat moins fort maintenant, moins vite, il s’essouffle, sans doute,

parce que

tu as glissé comme faussement lascive le long de ta chaise,

je n’ai pas compris,

juste le temps de saisir ta main de la glisser sur mon coeur,de voir la panique et la terreur dans tes yeux, j’aurais voulu les ignorer tout comme les poinçons, ceux qui sont apparus,  noyés pourpre, quand les balles de kalach ont sifflé et percuté l’air,

celles qui ont interrompus notre tête-à-tête et qui t’ont si …cruellement blessée ce soir- là.

Alors, je t’ai accompagné Emma,

du mieux que j’ai pu, j’ai pris ta main et me suis tu, je laissais les résiliences

au coeur.

 

M.G.

P.S : Emma /MatmatahEmma /Matmatah,

toujours aimé cette chanson,

Declam’: battles poétiques!

Pas peur aux yeux les déclam’…Découverte pour ma part en préalable de Fadaa Freddy, otage bienheureuse de cet attentat poétique, qui a suffisamment piqué ma curiosité pour retourner les voir vendredi soir à l’espace Millésime.

Cette association troyenne de slam se produisait au cours d’un tournoi qui devait consacrer la meilleure équipe, donc destination « battles de poésie » (ça me rappelle Eight Miles et Eminem, version rap). J’ai apprécié l’ambiance de petite salle façon intimiste, le DJ qui accompagnait les rixes et joutes de mots. Plusieurs équipes se sont affrontées: si je ne m’abuse: celles de Declam’ 2016

 

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Vernou La Celle (Champion de France 2016)

Equipe: Jp Le Retraité / Lord Myke Jam / Chadeline
« Plus qu’une équipe, une famille ; plus qu’une famille, une équipe ! » Et c’est tout l’esprit du Panorama qui ressort ici : un esprit de convivialité, de partage, d’échanges intergénérationnels que l’on peut vivre notamment au restaurant « La Taverne » situé à Vernou La Celle, où l’association Le Panorama organise sa scène slam mensuelle.
Cette année, l’association Le Panorama remporte non seulement le titre de Champions de France par équipe au Grand Slam National 2016, mais aussi le titre de Champions de France par équipe en catégorie « primaires », vice-champions en catégorie « collèges/lycées » et enfin, pour couronner le tout, « Lord Myke Jam » remporte cette année le titre de Champion de France en individuel ! Ce dernier représentera donc la France au championnat d’Europe ainsi qu’à la Coupe du Monde de Slam qui se déroulera de nouveau à Paris en 2017

Nancy

Equipe: Cerise / Fred / Marion
Fred, slameur, rappeur, animateur d’ateliers Slam. Style nonchalant et hypnotique qui de sa présence, de sa voix et de sa plume impose une écoute et une ambiance poétique. Membre fondateur de la scène Slam du « Kwafe Slam » de Nancy qui existe grâce à lui depuis 4ans maintenant.
Cerise, slameuse de talents présente depuis la première scène Slam du « Kwafe Slam » de Nancy. Originaire de Troyes c’est avec Nancy qu’elle a représenté la Lorraine plus d’une fois à des tournois Slam nationaux.
Marion, slameuse encore fraîche et récente dans le milieu. Professeur et férue de théâtre et poésie. Elle a depuis l’année dernière prouvée sa valeur et son talent en remportant le tournoi Slam du Micro de Bois de Verre au Fer pour la ville de Nancy.

Vitry sur Seine

Equipe: Chaton / Alidea / Bubu
Une équipe de trois poètes gentils, intelligents, drôles et très propres, a l’intérieur comme à l’extérieur..il viennent de la ville lumière tamisée et capitale des trottoirs à bateau: Vitry-sur-Seine.

Strasbourg

Equipe: Seb / Jérôme / Cartouche
L’association Oaz’art est née en Septembre 2007, à Strasbourg. Elle a pour mission de faire vivre la culture Slam, en organisant des scènes ouvertes des ateliers et des formations Slam, des concerts Spoken Word, et en participant à des réseaux d’échanges Slam. Elle tient une scène ouverte mensuelle tous les 3èmes mardis du mois au Kitsch’n bar, animée par Ubic et Flo, avec chaque mois des invités (slameurs, musiciens, illustrateurs etc.).

Troyes

Equipe: H-tône / Krunch / No smoking
Ils lancent leurs mots dans le public depuis des années lors des scènes ouvertes de Slam. Ils écument également avec leurs ateliers d’écriture et d’oralité aussi bien les écoles primaires que les prisons, les maisons de retraite que les centres sociaux, les lycées de l’agglo que les villages ruraux. « Ils », ce sont Krunch, La Vermine et No Smoking. Avec une déclaration d’amour (d’humour) ou un coup de gueule, ils partagent avec vous leurs sentiments, leurs émotions.
Ils défendent les couleurs de Troyes, de l’Aube et de leur association « La Déclam » lors de ce Tournoi des Nuits de Champagne 2016.

Nous étions assis dans la pénombre et chaque auteur est venu faire sa déclam’, l’ambianceur veillant au show..

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Quelques morceaux choisis : « les Drôles de dames », trio de Rémoises ont évoqué la joyeuse parade amoureuse version animalière femelle versus prédateur, ce fut assez drôle…Notez que pour départager les slameurs/slameuses le public était jury souverain, 3 d’entre nous étaient équipés d’une ardoise veLleda  ( nostalgie de l’école des fans?) à la fois régressif, jubilatoire et efficace, qui se dressait fièrement au son scandé « à la une, à la deux, à la trois » pour évaluer sur dix la prestation en notre nom et départager les candidats.

No smoking » de Troyes a évoqué l’actualité brûlante de Calais  et des réfugiés et la couleur de peau, de vie, l’Humanité,« pourquoi le blanc rime avec argent, le noir avec désespoir » »tous dans le même bateau. »

Aimé le slam de Fred « la rue est un torrent, je la remonte à contre-courant« , poétique à souhait.

Des thèmes et tons variés : le sexisme, le racisme, l’amour, la rencontre, le râteau etc.Beau travail de la gestuelle, des variations sur le fil et des déclarations, avec Cartouche par exemple et sa rupture, parfois poignante, j’ai beaucoup aimé l’humour de Marion et le jeu du double discours et de l’équivoque, J.P le retraité ne nous a pas filé le bourdon, il a su piquer au vif …Quant à MC Chaton, il m’a fait sourire entre parodie de rappeur banlieusard « miaou, miaou »et justesse des mots, accélération  insensé du débit et silences bien sentis alternés des assonances et allitérations en pagaille, un vrai plaisir .Bref, un bon moment de musicalité des mots, relayé par des « mémoires amputées » « gouffres de l’infamie » et les « âmes de la réminiscence » de JIB, Champion de France individuel..Cerise n’était pas en reste  mais les textes étaient plus chargés, plus lourds de sens…Krunch a la voix hypnotique qui joue de murmures en attaques acerbes, le tout bercés et contrebalancés par les rythmes, tantôt scandés, tantôt nonchalants, parfois même de l’impro.

In fine, l’équipe de Nancy s’est vaillamment illustrée et a remporté le titre de la soirée…Chapeau bas…C’était donc une première pour moi, ça m’a beaucoup plu  et je recommande tout particulièrement aux amateurs de mots, aux poètes et aux expressionnistes sensibles…

Prochaine manifestation de Déclam’ le 12/11…

M.G

Enragé /Ecriture

Elle monte précieuse, vindicative, puissante, la rage.

Elle vous submerge de sa noirceur, part de ténèbres, la rage. La peur, elle, est une passagère indélicate de l’esprit, la rage, elle, est sournoise, plus perfide, et pernicieuse, une contagion de l’esprit.Toujours senti double, duel, je  croyais tenir, façon équilibriste, Joe, mais c’est si facile de basculer, le sombre c’est magnifique, un magnétisme oppressant.La rage s’invite, elle te lâche pas, c’est elle qui te nourrit et te fait tenir sur le ring, encaisse va____ prends ça____ uppercut en contre.

On te dit, mon petit gars, gardes le contrôle, moi je dis, foutaises !

Parce que la rage, elle te surplombe, elle te submerge, elle décuple les forces…la rage. Alors elle devient ta familière, ta régulière, elle t’accompagne dans les rixes et dans les combats.J’étais devenu un champion dans ma catégorie, j’ai appris à boxer jeune, c’est mon père qui m’a entraîné là dedans, enfin, si je devais être plus précis, c’est lui le premier qui a instillé la rage, et c’est moi le premier qui ai servi de punching ball, au début il mettait pas les poings, au début. Je revenais de l’école, j’essayais de traîner un maximum, et dieu sait que j’en ai élaboré des stratégies. Je faisais tout pour prolonger mes journées là-bas, au moins, j’étais en lieu sûr, les heures de retenues je les voyais plutôt bien, mon petit bunker perso.

Un père normalement ça protège, mais qui te protège de lui quand c’est lui le monstre ?

Mais j’ai compris que ça durerait pas..le bunker…..

Papa, il rentrait tard du boulot, toujours de sale humeur, exécrable, la compagnie de la bouteille de sky semblait un temps l’engourdir, mais ça durait pas. Il me disait que j’étais un sale morveux, que je lui rappelais ma mère, elle, qui était morte en me donnant la vie, s’était sacrifiée pour ma tête de morveux, cette réplique, je peux dire qu’elle a bercé mon enfance.

Et puis, il faut dire, il était malin mon père, il savait où cogner pour pas laisser de trace, comment les couvrir le cas échéant, il avait toujours les excuses qu’il fallait, tiens pour le coup sur mon arrête de nez, par exemple, il avait le don pour endormir la vigilance des autres. Je passais pour un gosse maladroit et je pense qu’au fond parfois, les gens ça les arrangent bien de ne pas voir, ils soupçonnent oui,  mais  ils ne pourraient pas admettre certaines choses. Les premières fois, je n’ai rien dit, je n’ai pas compris, je me suis terré, planqué dans le placard, mais il m’a trouvé, s’est excusé, je me suis approché, j’ai pensé que la tempête était passée et que c’en était fini .Je me trompais lourdement, et j’ai vite compris qu’avec mon physique malingre, je ne faisais pas le poids, je devais m’endurcir et paradoxalement, je devenais moins sensible aux coups, les douleurs se taisaient ou__ je m’habituais. Joe, le petit caïd du quartier m’avait pris en pitié et m’avait emmené au club de boxe, j’avais été sidéré, je m’étais dit que j’avais de quoi tenir ma revanche. J’ai  pas hésité, je trouvais ça beau_____ tous ces coups qui pleuvaient sur l’adversaire, parfois défiguré par les K.O ou transfiguré par la victoire, et puis, ce masque qu’ils avaient sur le visage, c’était sublime quand ils combattaient, tout leur être semblait suivre un mouvement, les pieds dansaient sur un rythme tantôt frénétique, tantôt sur un enchaînement fluide de pas-chassés façon slow-fox, contrebalancés par les mouvements d’avant-bras et la pugnacité des poings, une douce harmonie que je voulais connaître et répéter inlassablement.

Je dois avouer..que je me trouve un certain charme l’arcade ouverte et les cicatrices, et si tu savais Joe, le bleu…les bleus, quand ils virent violacés puis jaunissent, je les trouve presque racoleurs.

Joe m’a affranchi, il  m’a libéré de l’étreinte suffocante de Papa, j’aurai pu mal tourné,et c’est vrai qu’il n’avait pas que de bonnes fréquentations, mais il m’a protégé tant qu’il a pu. Les premiers temps, j’étais pas assez fort, je prenais toujours des raclées…Et puis, ça a porté ses fruits, j’ai appris les esquives, je me suis développé, et c’est moi qui ai pu prendre le dessus sur papa.J’ai faillit le tuer une fois, je me rappelle, il m’a supplié d’arrêter et c’était lui alors le petit gars, plus moi. Je l’ai détesté tant de fois, mais cette fois là reste gravée, il ne me faisait plus peur, il me faisait pitié alors.

Je l’ai compris bien des années plus tard… C’était de  la rage qui m’emplissait, pas de la colère, j’ai appris à la dompter, à la canaliser, et à la retourner contre l’adversaire dans un premier temps..Et puis, un jour c’est arrivé.

Il le fallait Joe,

c’était prévisible, parce que la rage, elle te submerge, elle t’emporte même, jusqu’à perdre le contrôle, c’est arrivé Joe.

J’ai pas pu retenir les coups, un vrai déferlement, c’était mon dernier combat, au fond j’en avais l’intuition, c’était écrit, quand je l’ai vu, mon adversaire, j’ai vu ses traits, j’ai compris que papa était revenu dans ce corps étranger, j’ai vu dans ses yeux  la haine.Il m’a eu sur la droite, par surprise, suis resté un peu sonné, juste le temps de l’entendre murmurer à mon oreille sale petit morveux, c’était le signal que j’attendais depuis si longtemps, je pensais être guéri, je pensais les blessures cicatrisées…Je l’ai battu à mort…

Ils ont bien essayé de m’empêcher, mais Joe, tu le sais toi, c’était la rage, c’était pas moi ça…Quand ils ont enfin réussi, il n’y avait plus rien à faire pour l’autre, bien trop amoché, un carnage, c’était trop tard…

Moi, j’étais hébété, mais, je me sentais aussi bien plus serein , il parait même que je souriais.

Je n’étais pas un sale petit morveux, j’étais juste un gosse…qui voulait se protéger.

M.G

Louve?./Ecriture

 

 

Afficher l'image d'origineElle avait le regard louve, celui qui grise les yeux, qui défie et réverbère la mélancolie.

Sous son assurance se cachait l’infime trouillarde, celle qui taraude, hésitante, veut conduire la valse mais trébuche, à chaque contretemps, à vous faire larmoyer.

Elle obscurcissait son reflet, ce qui chez elle, se traduisait par une lubie, elle était tout à fait incapable d’esquisser le moindre sourire.La moindre tentative se soldait par une crispation des mâchoires, les lèvres bien ourlées, mais serrées, comme ligaturées par les paroxysmes de l’angoisse.Elle avait pourtant fait des tentatives, mais elles s’apparentaient bien souvent à un faciès grimacier et outrancier, et ce, depuis toujours.

Elle avait alors trouvé la parade, la substitution dans la discrétion, elle s’assujettissait intérieurement et souriait au plus profondément d’elle-même, mais ne laissait aucune trace en surface, comme évaporé l’esquisse du sourire par la force des choses.

Non pas qu’elle fut malheureuse, mais elle ne trouvait point de raison de cette béatitude suprême qui semble combler certains visages, elle appartenait aux introverties.

Tu sais, celles qui recueillent précieusement les élans de sympathies sans trop y croire qui sont de vraies éponges à émotions mais demeurent noyées dans le débordement de celles-ci.

 

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