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Lectures indélébiles Ecritures vagabondes

Journal de bord des lectures, critiques et moments d'écritures

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Les lectures

L’Aube, Elie Wiesel.

La nuit par Wiesel

Certaines nuits sont plus qu’obscures,

certaines nuits n’offrent aucun répit,

« Nuit. Personne ne priait pour que la nuit passe vite. Les étoiles n’étaient que les étincelles du grand feu qui nous dévorait. Que ce feu vienne à s’éteindre un jour, il n’y aurait plus rien au ciel, il n’y aurait que des étoiles éteintes, des yeux morts.
Il n’y avait rien d’autre à faire qu’à se mettre au lit, dans le lit des absents. »

juste la lente agonie,

juste _________la terreur,

certaines nuits semblent sans lendemain…un goût de ténèbres et d’éternité.

« Jamais je n’oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma Foi.

Jamais je n’oublierai ce silence nocturne qui ma privé pour l’éternité du désir de vivre.

Jamais je n’oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert.

Jamais je n’oublierai cela, même si j’étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui même.

JAMAIS.p.36″

 

« Angoisse. Les soldats allemands avec leurs masques d’acier et leur emblème, un crâne de mort. p.41 »
Un témoignage intense, sans fioritures,
« Le pain, la soupe – c’était toute ma vie. J’étais un corps. Peut-être moins encore : un estomac affamé. L’ estomac, seul, sentait le temps passer »,
glaçant,

« Je réfléchissais ainsi lorsque j’entendis le son d’un violon. Le son d’un violon dans la baraque obscure où des morts s’entassaient sur les vivants. Quel était le fou qui jouait du violon ici, au bord de sa propre tombe? ou bien n’était-ce qu’une hallucination?
Ce devait etre Juliek.
Il jouait un fragment d’un concert de Beethoven. Je n’avais jamais entendu de sons si purs. Dans un tel silence.
Comment avait-il réussi à se dégager? A s’extraire de sous mon corps sans que je le sente?
L’obscurité était totale. J’entendais seulement ce violon et s’était comme si l’ame de Juliek lui servait d’archet. Il jouait sa vie. Toute sa vie glissait sur les cordes. Ses espoirs perdus. Son passé calciné, son avenir éteint. Il jouait ce que jamais plus il n’allait jouer.
Je ne pourrai jamais oublier Juliek. Comment pourrais-je oublier ce concert donné à un public d’agonisants et de morts! Aujourd’hui encore, lorsque j’entends jouer du Beethoven, mes yeux se ferment et, de l’obscurité, surgit le visage pale et triste de mon camarade polonais faisant au violon ses adieux à un auditoire de mourants.
Je ne sais pas combien de temps il joua. Le sommeil m’a vaincu. Quand je m’éveillai, à la clarté du jour, j’aperçus Juliek, en face de moi, recroquevillé sur lui-meme, mort. Près de lui gisait son violon, piétiné, écrasé, petit cadavre insolite et bouleversant. »

une jolie préface de F.MAURIAC sur cette édition que j’ai apprécié, et un rappel du travail de mémoire.Je m’arrêterai ici..certains textes parlent, ils se suffisent….
« L’oubli signifierait danger et insulte. Oublier les morts serait les tuer une deuxième fois. Et si, les tueurs et leurs complices exceptés, nul n’est responsable de leur première mort, nous le sommes de la seconde. » .
Biographie issue de Babélio, pour aller plus loin.

Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Sighet ( Roumanie) , le 30/09/1928
Mort(e) à : New York (USA) , le 02/07/2016
Biographie :

Elie Wiesel est un écrivain et un philosophe américain.

Il a une enfance heureuse dans cette petite ville des Carpaces longtemps épargnée par la guerre. Il est déporté à 16 ans.

Fureur et ténèbres d’Auschwitz et de Buchenwald : plusieurs membres de sa famille y disparaîtront.

Libéré par les Américains, il passe une dizaine d’années en France (études à la Sorbonne) et devient journaliste, un métier qui lui fera parcourir le monde, traquer les scoops, se lier d’amitié avec François Mauriac et Golda Meir, côtoyer personnalités et chefs d’Etat.

A trente ans, Elie Wiesel parvient enfin à décrire son expérience de « La Nuit », à témoigner pour les martyrs de l’Holocauste. Ainsi commence une œuvre vouée au souvenir des victimes, à la défense des survivants et de tous les opprimés. Avec les armes de la compassion, de l’amour et parfois de la colère, cette œuvre et cette vie vont devenir un combat entre le doute et la foi, le désespoir et la confiance, l’oubli et la mémoire. Combat d’un inlassable témoin de la violence des hommes et de leurs rêves de paix.

Devenu citoyen américain en 1963, Elie Wiesel est professeur à l’université de Boston. Il a été reçu Docteur honoris causa par plus de cent universités. Inlassable défenseur des droits de l’homme partout dans le monde, Elie Wiesel reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1986. Il préside, depuis sa création en 1993, l’Académie universelle des Cultures.

Parmi les nombreux prix internationaux qui lui ont été décernés, on peut citer le prix Médicis en 1968 pour « Le Mendiant de Jérusalem », le prix des « Bibliothècaires », le prix du Livre Inter et le prix International de la Paix pour « Le Testament d’un poète juif assassiné », le Grand Prix de Littérature de la Ville de Paris pour « Le Cinquième Fils ».

Source : Le Monde.

 

M.G

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Saison théâtre : 1/ La leçon, Ionesco.

1ère de cette saison au théâtre de la Madeleine,

jeudi 5 octobre,

une pièce brève,

écrite en 1950,

un seul acte pour cette leçon, entre cours magistral et parodie diabolique, de la farce, du rire (caricature de M.le professeur, donneur de leçons justement ! ),

habité par une folie douce et de soubresauts qui donnent une intuition au spectateur, quelque chose cloche assurément…

Installée au balcon, 2ème, légèrement excentrée, la scénographie est dépouillée,

3 espaces avec un point de lumière,

le premier avec chaises et table basse, idéal pour introduire l’entrée de l’étudiante, version petit salon, l’accueil de l’étudiante studieuse,

le deuxième, marqué au sol par un tableau noir, sur lequel le professeur pourra dispenser à la craie blanche, la fameuse leçon, puis en arrière-fond, un banc traditionnel d’école à l’horizontal,

qui fera double fonction,

pour le grand final en vertical, plus dramatique, rappel d’un certain échafaud dans l’imaginaire collectif.

Le troisième, un espace avec une table haute, pour s’abreuver et marquer une pause, la leçon devenant pénible pour l’étudiante qui peine à se concentrer « j’ai mal aux dents »( quelle mauvaise volonté de sa part ! )

des coulisses émerge  classiquement, Marie, la bonne, qui prévient Monsieur le professeur, et le conjure de recommandations…absurdes.

La Leçon par Ionesco

Mise en scène de Danièle Israël

avec Pierre Humbert, Charline Voinet, Danièle Israël

scénographie de Gingolph Gateau

costumes Jennifer Minard

lumières Frédéric Gibier

Production cie théâtr’âme.

 

https://player.ina.fr/player/embed/I00017999/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/wide/1« >Archive : ina/ionesco

Quelques extraits :

Le professeur à son élève :

« Écoutez-moi, Mademoiselle, si vous n’arrivez pas à comprendre profondément ces principes, ces archétypes arithmétiques, vous n’arriverez jamais à faire correctement un travail de polytechnicien. Encore moins ne pourra-t-on vous charger d’un cours à l’École polytechnique… ni à la maternelle supérieure Je reconnais que ce n’est pas facile, c’est très, très abstrait… évidemment… mais comment pourriez vous arriver, avant d’avoir bien approfondi les éléments premiers, à calculer mentalement combien font, et ceci est la moindre des choses pour un ingénieur moyen — combien font, par exemple, trois milliards sept cent cinquante-cinq millions neuf cent quatre-vingt-dix-huit mille deux cent cinquante et un, multiplié par cinq milliards cent soixante-deux millions trois cent trois mille cinq cent huit? « 

Et réponse de celle-ci qui donne la réponse exacte,

non pas par un savant raisonnement,

elle avoue son incompréhension, son incapacité même, mais elle a appris tous les résultats possibles par mémorisation..complètement absurde de nouveau..de quoi provoquer à la fois l’admiration et la stupeur du maître..puis, le désarroi, l’affliction…amorce du drame..car enfin ne provoque-t-elle pas ainsi sa chute ?

De la pédagogie :

« LE PROFESSEUR : Les sons, Mademoiselle, doivent être saisis au vol par les ailes pour qu’ils ne tombent pas dans les oreilles des sourds. Par conséquent, lorsque vous vous décidez d’articuler, il est recommandé, dans la mesure du possible, de lever très haut le cou et le menton, de vous élever sur la pointe des pieds […] et d’émettre les sons très haut et de toute la force de vos cordes vocales. Comme ceci : regardez : « Papillon », « Euréka », « Trafalgar », « papi, papa ». De cette façon, les sons remplis d’un air chaud plus léger que l’air environnant voltigeront, voltigeront sans plus risquer de tomber dans les oreilles des sourds qui sont les véritables gouffres, les tombeaux des sonorités. Si vous émettez plusieurs sons à une vitesse accélérée, ceux-ci s’agripperont les uns aux autres automatiquement, constituant ainsi des syllabes, des mots, à la rigueur des phrases, c’est-à-dire des groupements plus ou moins importants, des assemblages purement irrationnels de sons, dénués de tout sens, mais justement pour cela capable de se maintenir sans danger à une altitude élevée dans les airs. Seuls tombent les mots chargés de signification, alourdis par leur sens, qui finissent toujours par succomber, s’écrouler… »

Toujours le professeur:

« Il ne faut pas uniquement intégrer. il faut aussi désintégrer. C’est ça la vie. C’est ça la philosophie. C’est ça la science. C’est ça le progrès, la civilisation. »

La répétition, l’acharnement du professeur conduit au drame, trop enthousiaste, malgré les interventions prévenantes de Marie…mais enfin, que faire alors de ce cadavre.Marie rassurante, la brave Marie, elle, a réponse à tout, fait figure de bonne élève,

l’enterrer ( quelle question ! ) comme les 39 autres…

Oui, oui

cela passera inaperçu, « tout le monde vous connaît M.le professeur », et puis il faut s’activer, faire table rase, le ménage, la prochaine étudiante est déjà là…elle vient prendre sa leçon…

 

M.G

 

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Suites et fin, Jean-Luc Steinmetz.

Suites et fin par Steinmetz

Je remercie en premier lieu Babélio dans le cadre de sa dernière opération Masse critique et les éditions « Le Castor Astral » pour cette jolie découverte poétique.

« Jean-Luc Steinmetz sait changer de voix et de voie en explorant la gamme des possibles. Toujours à la recherche de l’instant éblouissant qui l’emporterait, il affirme une écriture porteuse d’une fine connaissance de la poésie tant actuelle qu’inscrite aux siècles précédents. Dans l’infini apprentissage du monde.
Avec Suites et fins, à la fois cendres et semences, de multiples fins encouragent de perpétuels recommencements : ceux de la vie ou de l’écriture. Le livre insiste sur une telle position au monde, vouée à l’instant ou à des restes de mémoire. Une évidence se fait jour, l’arrivée, la construction de réalités poétiques ayant vertu – sans le proclamer – de manifeste. »

La forme :

Une couverture sobre et texturée (nervurée) à laquelle j’adhère, blanche,

agréable au toucher,

information à la discrétion du lecteur : c’est le « 1123 ème ouvrage » publié par Castor Astral,

un marque page joint, une petite attention au lecteur potentiel,

et les encres de Pierre Zanzhucchi qui ornent le recueil de poésie, conférant à l’ensemble une zénitude..

Le fond :

Composé de six parties et hommage certain à une certaine modernité poétique, les  petits poèmes en prose en rappellent d’autres,

des séries de vers libres aussi,

pas étonnant pour ce spécialiste de Rimbaud, Mallarmé et Jaccotet.

« Commensemencements

Sur la rive emplie de fantômes
l’instituteur valaisan apparaît
faisant danser « au brumeux horizon » *
tout un poème de Verlaine.
L’heure de la classe s’achève. Je lui demande
(et pour toujours demande)
ce que veulent dire la musique et les vers.
Dans l’entrebâillement de la porte
ou l’embrasure de la fenêtre
pénètre un rayon. Il forme sur le dallage
la réponse
mais personne pour la traduire ce jour-là.

p.28″

*Echos hommage au  poème saturnien VI / L’heure du berger

« La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit. »

Une idée du ressassement, la poésie au service de la mémoire, saisir sur le vif, mais pas dans l’idée de figer l’instant, plus je pense ( mais ça n’engage que moi ) à la manière des résiliences, des échos savamment amenés au rythme des enjambements,

un éternel recommencement,

des blancs.

« Immuables et indifférents.
Quoi veille ?
Quels sont les pluriels et la valeur instinctive du singulier ?

Avec des questions en foule je passe le jour
comme on passe un fleuve.
Chacun ignore ce qu’il en est de l’autre rive.
Je m’abreuve de pensées primaires.
D’autres stagnent au fond de ma voix.
Atteindre est un vœu proféré
maintenant pour plus tard.

Ce qui n’a plus cours court en arrière.
Des arbres environnent les terres.
Le salut qu’ils adressent
répond à plusieurs désirs
informulés ou déformés.

La méditation prend toute la tête
ressort par les narines
comme un souffle exalté.
Au bout des doigts grésille ce moment
les rites usant les rebords de porcelaine
et quelque chose d’un amour que l’on regardera plus tard
parmi les archives filmées. » p.18″

1ère partie : Commensemencements, la thématique de la « semence » revient dans le recueil, associé à la naissance,

et à l’écriture,

« Dans tant de phrases qui glissent de la tête aux mains
les larmes coulent aisément, rires ou sanglots.
En quoi sont-elles importantes?
On donne, on reçoit gratis.
Le corps relaxé près du fleuve
s’éveille à sa force et connaît
la secrète faveur d’une seconde vie.p.64″

à l’image de la femme, à la nature et aux saisons, l’image du prunier également,

« Soma-séma-sémène, l’âme est une captive

traitée avec humanité

conservé en suspens

incapable d’avancer beaucoup plus loin que la vie.(etc..p.61) »

Celui-ci pourtant, se détache dans le recueil : le seul en majuscules, magistral…faut-il pour autant lui accorder plus de sens?

« UNE PHRASE
QUI PARLE DU SABLE QUI S’ECOULE

COMMENT N’AURAIT-ELLE PAS RAISON ? » p.37

Hommages pluriels à Verlaine, Breton, Villon, Bataille, Cendrars, Antelme…

Notez que seul,

un poème,

comporte un titre, p.67,

« 19 heures ».

Autre extrait :

« Commensemencements

Sur la rive emplie de fantômes
l’instituteur valaisan apparaît
faisant danser « au brumeux horizon » *
tout un poème de Verlaine.
L’heure de la classe s’achève. Je lui demande
(et pour toujours demande)
ce que veulent dire la musique et les vers.
Dans l’entrebâillement de la porte
ou l’embrasure de la fenêtre
pénètre un rayon. Il forme sur le dallage
la réponse
mais personne pour la traduire ce jour-là.

p.28

* Rappel de ce délicat poème saturnien
VI/L’heure du berger

La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit.

Notez que les poèmes sont de longueur variable,

une strophe,

2/3/4,

ou un paragraphe,

ou quelques expressions…comme s’il ne voulait pas de carcan, célébration des formes, en tout genre,

Une section se distingue aussi par sa thématique, plus sombre, « Egéennes » 8 poèmes sur l’inacceptable, un cri de révolte,

suppléments d’informations donnés, sous chacun des poèmes

ex : « L’embarcation surchargée a chaviré, entraînant la mort de soixante-treize migrantts hommes, femmes et enfants (9/12/2015) ,p. 45 à la manière d’une légende, dont on s’imagine très bien quelle pourrait être la photo associée,qui me rappelle aussi le Radeau de la Méduse de Géricault.

Et cette section un peu folle…ROIDE ASILE, 17 réflexions comme issues d’un « esprit malade ». Une découverte sympathique que je n’aurai sans doute pas faite sans cette opération de Babélio.

Pour aller plus loin :

« Jean-Luc Steinmetz est né en 1940. Poète, essayiste, professeur à l’université de Nantes, il a publié les œuvres complètes de Rimbaud en trois volumes (Garnier-Flammarion).

Il est l’auteur de plusieurs essais sur la littérature, dont deux importantes biographies : Stéphane Mallarmé, l’absolu au jour le jour (Fayard, 1998), Arthur Rimbaud, Une question de présence (Tallandier, 1999) et Pétrus Borel, vocation poète maudit., et. A lire chez Zulma : Les Femmes de Rimbaud (2000).En outre son livre Le Jeu tigré des apparences (Castor Astral) lui a valu le Grand Prix de poésie de la SGDL et le prix Paul Verlaine. »

M.G

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Phase poésie/ haikus /suite/ automne.

Sélection……….Image associée
La voix des roseaux
Bruit comme le vent d’automne
Mimiques

Matsuo Bashõ ( 1644-1695 )

Le ciel d’automne
Des milliers de moineaux –
Le bruit de leurs ailes.
Yotsuya Ryu ( 1758 )
Un éventail plié de l’automne est inséré
Dans le dur obi
Comme une planche.
Ce couchant d’automne

On dirait

Le Pays des ombres.

 

Matsuo Bashõ ( 1644-1695 )
Sur une branche nue
un corbeau est descendu
le soir d’automne

Tachibana Hokushi ( 1665-1718 )

L’automne se termine
Qui pourrait comprendre
Ma mélancolie.
Yotsuya Ryu ( 1758 )
MG

 

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Les classiques /Poésie et Automne, c’est de saison!

Image associée
Chanson d’automne
 
Les sanglots longs

Des violons
De l’automne
Blessent mon coeur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens

 

Automne maladeImage associée

Automne malade et adoré
Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies
Quand il aura neigé
Dans les vergers

Pauvre automne
Meurs en blancheur et en richesse
De neige et de fruits mûrs
Au fond du ciel
Des éperviers planent
Sur les nixes nicettes aux cheveux verts et naines
Qui n’ont jamais aimé

Aux lisières lointaines
Les cerfs ont bramé

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

Chant d’automneRésultat de recherche d'images pour "AUTOMNE PIXABAY"

I

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
Pour qui ? – C’était hier l’été ; voici l’automne !
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

II

J’aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd’hui m’est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l’âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.

Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant ;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D’un glorieux automne ou d’un soleil couchant.

Courte tâche ! La tombe attend ; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l’été blanc et torride,
De l’arrière-saison le rayon jaune et doux !

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

 

M.G

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La femme au carnet rouge, Antoine Laurain.

 Une première rencontre avec cet auteur,

la couverture, monochrome, et le noir et blanc,La femme au carnet rouge par Laurain

j’ai tout de suite été accrochée,

rien d’étonnant d’ailleurs,

une romance organisée autour d’un jeu de pistes invraisemblable, une idée de départ étonnante…mais crédible :

4ème : « Un soir à Paris, une jeune femme se fait voler son sac à main.

Il est retrouvé par Laurent Lettelier, libraire de profession, qui ne trouve pour seuls indices sur sa propriétaire que quelques effets personnels (un ticket de pressing, un roman, une pince à cheveux, un carnet…).

S’ensuit un jeu de piste romanesque.

 

Un matin à Paris, alors qu’il ouvre sa librairie, Laurent Letellier découvre dans la rue un sac à main abandonné.
Curieux, il en fait l’inventaire et découvre, faute de papiers d’identité, une foule d’objets personnels : photos, parfum… et un carnet rouge rempli de notes. Désireux de retrouver la propriétaire du sac, Laurent s’improvise détective. À mesure qu’il déchiffre les pages du carnet contenant les pensées intimes de l’inconnue, le jeu de piste se mue progressivement en une quête amoureuse qui va chambouler leurs vies. »

Laurent est libraire au Cahier rouge et tombe par hasard sur un sac à main mauve de bonne facture, intrigué, il va en rechercher la légitime propriétaire par curiosité et va se prendre au jeu.

« Laurent tourna la page pour découvrir deux lignes manuscrites au stylo sous le titre :  » Pour Laure, souvenir de notre rencontre sous la pluie. Patrick Modiano ».
L’écriture dansait sous ses yeux. Modiano, le plus insaisissable des écrivains français. Qui ne participait plus à aucune dédicace depuis des lustres et n’accordait que de très rares interviews. Dont la diction hésitante, pleine de points de suspension, était légendaire. »

Fouiller un sac à main, un tabou…c’est franchir une ligne…

« Combien de choses se sent-on obligé de faire par principe, par convenance, par éducation, qui nous pèsent et ne changent rien au cours des événements? p.108″

« Un hasard, des mots échangés, et c’est le début d’une relation. Un hasard, des mots échangés, et c’est la fin d’une relation, p.108 »

« C’était bien cela que suggérait Tabucchi dans son titre : on était passé à côté de quelque chose d’important. A côté d’un amour, à côté d’un métier, à côté d’un déménagement vers une autre ville, un autre pays. Une autre vie. A côté et en même temps si près que, parfois, dans des instants de mélancolie proches de l’hypnose, on pouvait malgré tout saisir des parcelles de ce possible. »

Laure se fait agressée un soir en rentrant chez elle, son sac est volé, .un sac à main qui renferme son intimité, ses effets personnels, et ce carnet, un moleskine rouge, sur lequel elle griffonne et laisse quelques pensées, façon journal intime..alors elle se sent dépossédée, dépouillée par ce vol.

L’histoire est bien ficelée, on accompagne progressivement Laurent dans ses découvertes et on piaille d’impatience,

le style est sobre, une simplicité qui sert avec justesse la romance sans en faire trop, lui apportant juste ce qu’il faut de crédibilité.

M.G

 

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Lettres à un adolescent, anthologie de Camille Laurens.

Lecture de la soirée,

Jolie anthologie qui regroupe 26 lettres d’écrivains,
26 occasions de lire les liens entre des écrivains et leurs rejetons, les fratries.
En toute simplicité, les petits surnoms, sursauts intimistes…

Lettre à un fils, une fille, une soeur,

de Hugo à sa « Didi »,

de Epicure à Ménécée,

de Colette (mère/Sidonie) à  Colette ( fille),

de F.Mauriac à sa fille et à son fils,

de F.Scott Fitzgerald à sa petite « Scottie »et bien d’autres qui nous laissent entrevoir un fragment, une bribe.
Une sélection éclectique, dont la belle lettre de Rudyard Kipling à son fils John, âgé  alors de 13 ans, en 1910.

« Si… Tu seras un homme, mon fils

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils

 

Version  musicale

Monsieur Dk/hommage


En complément :

Le poème original en anglais

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son!

Traduction par Jules Castier (1949)

Cette traduction s’approche du texte initial, sans être littérale puisqu’elle est en vers. À la différence de Jules Castier, André Maurois a réécrit et réinterprété le poème en fonction de la culture et de la sensibilité françaises, ce qui lui donne cet élan si particulier.

Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi ;
Si l’attente, pour toi, ne cause trop grand-peine :
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l’air trop bon, ni parler trop sagement ;

Si tu rêves, — sans faire des rêves ton pilastre ;
Si tu penses, — sans faire de penser toute leçon ;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon ;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par les coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux ;

Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, — en un seul coup —
Et perdre — et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout ;
Si tu forces ton coeur, tes nerfs, et ton jarret

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À servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l’arrêt,

Hormis la Volonté qui ordonne : “Tiens bon !”

Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,

Ou frayes avec les rois sans te croire un héros ;
Si l’ami ni l’ennemi ne peuvent te corrompre ;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop ;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable

De soixante secondes de chemins accomplis,
À toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, — bien mieux — tu seras un Homme, mon fils.

M.G

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