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Lectures indélébiles Ecritures vagabondes

Journal de bord des lectures, critiques et moments d'écritures

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Les lectures

Terres, pouvoirs et conflits, une agro-histoire du monde, Pierre BLANC.

Je remercie Babélio et sa masse critique une nouvelle fois pour ce titre remporté ainsi que les éditions SciencesPo les presses.

Cinq chapitres géographiques au travers desquels sont étudiés les mécanismes et rouages de l’inégalité d’accès à la propriété, et ces incidences depuis l’insurrection aux révolutions.
La vieille Europe, les Amériques, l’Asie, le Moyen Orient et l’Afrique pour finir à la lumière du prisme agraire et des recherches actuelles.

375 pages particulièrement denses,
bien documentées,
techniques mais intéressantes,qui peut ravir les passionnés et fous d’histoire, le style est universitaire et tient davantage à une somme pour un amateur que d’un roman, suffisamment conséquent  pour embrasser les enjeux géopolitiques actuels.

M.G

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Article mis en avant

Une petite robe de fête, Christian Bobin

4 ème « Celle qu’on aime, on la voit s’avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue – comme une étoile au point du jour. À vous voir, une clairière s’ouvrait dans mes yeux. À voir cette robe blanche, toute blanche comme du ciel bleu. Avec le regard simple, revient la force pure. »Une petite robe de fête par Bobin

J’avais déjà rencontré Bobin avec L’Inespérée, lu et relu avec plaisir,

aussi j’étais ravie de trouver ce recueil de neuf nouvelles, inégales, une page, deux, un paragraphes,

un sens de la formule et de l’image,

un moment de grâce et de baume, Bobin.

Ce recueil reste court (91 pages) à mon goût, comme inachevé, ou à la manière d’un « fragment » éclairant que l’on peut combiner à d’autres…

Au commencement était « Une histoire dont personne ne voulait » p.13, et pour conclure sur »Une petite robe de fête »,p.81 sans prétention aucune.

Extrait choisi :

« Dans le moulin de ma solitude, vous entriez comme l’aurore,
vous avanciez comme le feu.
Vous alliez dans mon âme comme un fleuve en crue.
Et vos rives inondaient toutes mes terres.
Quand je rentrais en moi, je n’y retrouverais rien :
là où tout était sombre, un grand soleil tournait.
Là où tout était mort, une petite source dansait.
Une femme si menue qui prenait tant de place
: je n’en revenais pas.
Il n’y a pas de connaissance en-dehors de l’Amour.
Il n’y a dans l’amour que de l’inconnaissable. »

p.86

In fine, il reste agréable mais je suis moins enthousiaste qu’avec l’Inespérée.. »Au sortir d’un grand livre vous connaissez toujours ce fin malaise, ce temps de gêne. Comme si l’on pouvait lire en vous. Comme si le livre aimé vous donnait un visage transparent – indécent : on ne va pas dans la rue avec un visage aussi nu, avec ce visage dénudé du bonheur. Il faut attendre un peu. Il faut attendre que la poussière des mots s’éparpille dans le jour. »

M.G

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Tu devras choisir, Samantha KING.

Tu devras choisir par King

Premier roman dans la veine des thrillers, de Samantha King,  anglaise,

mère de deux enfants,

qui après l’édition s’est lancée dans l’écriture,

350 pages,

pour investir le psychisme de cette mère de famille traumatisée par un dilemme qui la hante,

Aiden et Annabel , Aiden ou Annabel ?

Face à la menace de cet homme qui s’est introduit à l’aube des 10 années de ses chérubins, et qui lui ordonne de faire un choix, » Et là, le choc.La dévastation..Tout mon corps tétanisé d’horreur.p.285″

comment Madeleine peut-elle sacrifier l’un des jumeaux,

« Et voilà..parfait! Inconsciente de la tragédie qui se nouait, du mal qui guettait notre famille ordinaire et sans histoires, j’ai même souri en enfonçant la dernière bougie dans le glaçage bleu de l’énorme gâteau d’anniversaire en forme de piscine(…).Ce serait le clou de leur piscine party, cet après-midi.p.10 »

qu’est-ce qui motive cet homme?
Madeleine sait que le choix a été fait, elle doit vivre avec, survivre plutôt, mais il lui manque des pièces du puzzle, cette amnésie, ces souvenirs fatidiques oubliés sèment le doute et la désoriente..Pourquoi ne parvient-elle pas à se souvenir..ces bribes..ces absences…que révèlent-elles ?
« Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas éprouvé autant de sensations physiques, tant j’étais anesthésiée par le chagrin. Maintenant, au moins, je suis consciente de la douleur. C’est une sorte de progrès, même si je m’en inquiète. Mon système immunitaire étant affaibli par le stress, j’ai peut-être développé une espèce de maladie débilitante. »
Un joli jeu de pistes entre réalité, rêves et hypothèses, parfois tortueux mais on se laisse bien prendre le rythme.
M.G
Article mis en avant

Electre, de Sylvie Gérite, illustrée par Daniele Catalli.

Reçu dans le cadre de la dernière masse critique littérature jeunesse,

je remercie Babélio, et les éditions amaterra,

Electre - Justicière par Gerinte
48 pages joliment illustrées,

«  Près de la porte du palais, une troupe de femmes horribles s’est massée en murmurant. Leurs cheveux sont entremêlés de serpents, leur dos voûté porte deux ailes noirâtres et leurs griffes sont armées de fouets.  »

des tons chauds, vifs, agréables,

graphisme assumé par des lignes fortes, de l’orangé, du noir essentiellement et une belle entrée en matière pour ce grand classique .

« Electre revoit en pensée le visage trop lisse de sa mère, Clytemnestre, près du corps inanimé, et l’air satisfait d’Egisthe, le fourbe, le lâche cousin d’Agamemnon qui occupe désormais le trône.p.7″.
Une collection qui veut initier aux « grands personnages à hauteur d’enfant » et qui y réussit, sans conteste, cette version s’attache à Electre » justicière », Electre la vengeresse qui s’oppose à Clytemnestre ,simplifiée certes, mais l’on retrouve les traits de tragédie, les personnages Iphigénie, Oreste,

l’idée d’une malédiction, l’honneur,  les références mythologiques comme le sanctuaire de Delphes, et est abordable.

Le chapitre 1 commence par un portrait d’Electre et la tragédie est amorcée par le rappel des faits,

p.28 la mort étrange, brutale d’Agamemnon, la tristesse et le travail du deuil relayée ensuite par les intuitions données par les songes d’Electre renforcée par la tonalité élégiaque « ô le plus doux des jours!ô mon frère bien aimé ! ». Le dernier chapitre (8) s’achève sur la justice rendue aux dieux et aux offensés et au retour à la paix de la Cité.

J’ai apprécié p.48, in fine les références aux grands auteur à Eschyle, Sophocle, Euripide et évidemment Giraudoux, donc une belle découverte qui peut laisser une entrée sur la tragédie.

M.G

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On la trouvait plutôt jolie, Michel Bussi.

 

 C’était plutôt chouette!

 C’était plutôt chouette!

On la trouvait plutôt jolie par Bussi

« – Qu’est-ce qui ne va pas, Leyli ? Vous êtes jolie. Vous avez trois jolis enfants. Bamby, Alpha, Tidiane. Vous vous en êtes bien sortie.
– Ce sont les apparences, tout ça. Du vent. Il nous manque l‘essentiel. Je suis une mauvaise mère. Mes trois enfants sont condamnés. Mon seul espoir est que l’un d’eux, l’un d’eux peut-être, échappe au sortilège.

Elle ferma les yeux. Il demanda encore :
– Qui l’a lancé, ce sortilège ?
– Vous. Moi. La terre entière. Personne n’est innocent dans cette affaire. »

462 pages et deux jours pour le dévorer,

réminiscences de contes, du chasseur et de la proie,

Bussi a l’art et la manière d’entraîner et de bousculer son lecteur,

 

un joli rythme haletant et un dépaysement garanti dans l’univers impitoyable des migrants

« Mais je ne rentre pas dans les cases, Ruben. Célibataire. Salaire de misère. Les offices HLM me proposent des studios, des F1 au mieux. Vous comprenez, madame Maal, on réserve les F2, les F3, les F4 aux familles. C’est aussi stupide que cela, Ruben. Sans enfants, je ne peux pas prétendre à un logement plus grand. Et sans logement plus grand, je ne peux pas faire venir mes enfants. (Elle laissa à nouveau échapper un petit rire désabusé.) Le type qui a inventé ça, c’est un génie. »et de leur lourd périple, sans tomber dans le pathos

« Attention, je te parle des migrants, là, pas des réfugiés.

— C’est quoi la différence, patron ?

Petar observa son adjoint, amusé. Julo devinait qu’il en avait souvent discuté à la terrasse des cafés et que son argumentaire était bien rodé.

— Rien de plus simple, gamin ! Les réfugiés sont les gentils, ils fuient la guerre dans leur pays, on doit avoir pitié d’eux, on a le devoir moral de les accueillir, la France est une terre d’asile ! Les migrants, eux, ce sont les méchants, ils veulent nous envahir, ils sont seulement pauvres, mais des pauvres, on en a déjà assez chez nous.

Pas évident, une gageuse pour Bussi qui choisi cet univers, et c’est plutôt, plutôt réussi il faut bien le dire,

« On accueille les réfugiés politiques et on vire les migrants économiques. Et ne viens pas me demander pourquoi on a le devoir d’accueillir un gars qui crève de peur chez lui et pas un gars qui crève de faim. »

restant dans la veine du polar,

des homicides sordides,

des secrets,

dont on rassemble progressivement les pièces de puzzle à mesure que Leyli se livre.

M.G

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La liseuse, Paul Fournel.

L’on pourrait croire que c’est l’histoire d’une fille qui lit..inlassablement,

si l’on se fiait uniquement au titre..et l’on s’y tromperait !

Et c’était assez drôle, j’y pensais quand je constatais que j’étais prise en photographie samedi dernier, plongée dans le lecture de la liseuse, une sorte de mise en abyme .

Puisque la liseuse perd de son humanité,

qu’elle s’empare de la querelle,

qu’elle indispose,

qu’elle préfigure la mort de l’imprimé, de l’objet livre auprès de Robert Dubois, éditeur qui rechigne à s’en saisir tant elle lui semble incongrue, cette « vulgaire » tablette électronique, 

« Il la regarde, il la soupèse, l’allume et sa vie bascule.Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c’est comme si son coeur se fendait en deux. »

p.13/ 14 :  la rencontre de l’objet

« – Comme un bouquin ?

-Oui, c’est le côté ringard du truc.Une concession pour les vieux. Quand on se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça.Autant défiler vertical. Scroller. Ce serait plus logique.

-C’est Kérouac qui va être content. »

Du noir mat, du noir glauque (au choix), du lisse, du doux, du vitré, du pas lourd.Je soupèse.

Je la pose sur le bureau et je couche ma joue dessus.Elle est froide, elle ne macule pas.Rien ne laisse à penser qu’elle a tous les livres dans le ventre.Elle est juste malcommode : trop petite, elle flotte dans ma serviette, trop grande, elle ne se glisse pas dans ma poche.

En fait, elle ressemble à Meunier, Le grand patron, elle est inadaptée. »

J’ai bien ri à ce passage  » -730 grammes sans la couenne, mon vieux Robert! (…) 

« 730 grammes.Hugo+Voltaire+Proust+Céline+Roubaud, 730 grammes.Je vous rajoute Rabelais? 730 grammes.Louise Labé? 730 grammes » P.223″ 

Mais puisqu’il faut vient vivre avec son temps pour ne passer pour un vieux con, pour être « in » et suivre le tempo, Dubois s’y fait.

Un très beau passage sur l’artichaut, inattendu,

certes, mais étonnante description p.30…

Mais la plus belle surprise apparaît dans la postface,

qui évoque la contrainte oulipienne qu’adopte Fournel pour ce texte

« qui épouse la forme d’un sextine, forme poétique inventée au XIIème siècle par le troubadour Arnaut Daniel.Il en respecte le nombre de strophes et la rotation des mots à la rime.(…) »

Je ne vais tout de même pas tout dévoiler quand même…si ce n’est…. que « l’ensemble constitu(e) un poème de 180000 signe et blancs. »

Un joli tour de force que d’évoquer toute en légèreté la concurrence entre la liseuse, le progrès technique et la résistance du  vieux livre papier dans le monde des éditeurs et du tirage, du cartable, de la pesanteur, car pour Dubois, « Bien bourré le vendredi soir, il avait le juste poids du travail.Celui qui fait que mon épaule gauche est un peu plus basse que la droite. Déformation professionnelle. Quasimodo. »p.15.

 

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Famille parfaite, Lisa GARDNER.

Famille parfaite par Gardner

2ème lecture de Gardner à mon actif et j’avoue avoir été davantage enthousiasmée que le précédent.

Mieux ficelé,

plus machiavélique,

plus dense,

Gardner joue sur le plan du psychologique, des non-dits, de l’affrontement, des rancunes familiales, et des secrets inavoués,

j’imagine aisément une adaptation sur les écrans.

Les Denbe incarnent « la famille parfaite », vitrine du glamour et dont on pourrait envier la vie de rêve,

simplement, et si cette belle vie,

si…ce vernis se craquelait, si le sol se dérobait..

et si..toute la famille la plus en vue disparaissait du jour au lendemain, sans trace, sans indice, juste comme ça..

Ce pourrait être inquiétant, rudement inquiétant, même,

ça pourrait rappeler certains faits divers sordides

. »Les gens sont tous égaux devant la violence. Peu importe leur niveau de fortune, leur milieu social, leur métier. Un jour, elle vient simplement les chercher. »

Il fallait oser la disparition d’une famille en totalité, un thriller haletant,

qui fait grandir crescendo les inquiétudes du lecteur, entre trahisons et manipulations.

« Sincèrement, c’est plus difficile d’interroger des ados que des mafiosi. Soit elles serrent les rangs, soit elles vous abreuvent de tellement de ragots qu’on ne sait plus à quoi s’en tenir.
(p. 309) »

Je ne donnerai aucun indice sur le final pour préserver les futur(e)s lecteurs et conserver le suspense.

« La douleur a un goût. La question, c’est de savoir celui qu’elle a pour vous. »La douleur a un goût. La question, c’est de savoir celui qu’elle a pour vous.

« Le silence est la meilleure des démonstrations de force. »

Merci Julie tu l’as bien choisi, un bon thriller que je recommande.

M.G

 

 

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