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Lectures indélébiles Ecritures vagabondes

Journal de bord des lectures, critiques et moments d'écritures

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Les lectures

L ‘identité , Kundera Milan.

Hier soir,

ça m’a pris, c’était soit l’Identité, soit la Plaisanterie…une évidence.

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L’identité,

c’est le questionnement de Jean-Marc et de Chantal, sur ce qui les a réunit, eux, parmi la foule, à travers l’imaginaire et le filtre du rêve,

de la confusion…

Qu’est-ce qui fait l’identité?

L’idée d’une marque, d’une traçabilité du soi qui distingue des autres,

la carte d’identité valide cette assertion en partie…

Frontières,

entre le soi, l’intériorité dans toute sa singularité, et la ressemblance..un chevauchement des altérités est-il possible ?

« Etre identique à » c’est ressembler à, accepter un certain mutisme : chacun est différent, particulier mais semblable à lui-même ?

« L‘identité marque la différence autant que la ressemblance. Telle est, d’entrée de jeu, son ambiguïté »,  p.17, L’identité par Anne Marie Drouin Hans, revue Le Télémaque numéro 29, 2006/1, Education et altérité.(P.U.Caen).

L’identité de Kundera pose les jalons d’un questionnement entre quête d’identité, perte d’identité, expressions  diverses et parfois paradoxales de celle-ci,

notion à la croisée du Même, de l’Autre et du Devenir…

De l’identité…Kundera et d’autres…s’y sont penchés, petite sélection :

« C’est toute la beauté des larmes ; elles peuvent avoir deux significations opposées. On pleure de douleur, on pleure de bonheur. Peu de manifestations physiques ont cette identité à deux têtes, comme pour matérialiser la confusion. »

Le mystère Henri Pick de David Foenkinos. David Foenkinos

« D’emblée, notre histoire a mal commencé ils ont décidé de m’appeler Bernard. Enfin, c’est un prénom sympathique. Au cours de ma vie, j’ai croisé quelques spécimens bernardiens, et j’en conserve plutôt un bon souvenir. Avec un Bernard, on peut passer une bonne soirée. Le Bernard impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n’a pas peur de taper dans le dos d’un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom ; il contient la possibilité du précipice. Comment dire ? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Dans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec. « 

La Tête de l’emploi de David Foenkinos – David Foenkinos

« Du milieu de la tempête qui me déracine, me dépossède de mon identité, je veux parfois revenir à l’origine – à mon origine. »

Le discours amoureux Roland Barthes

« C’est dans l’angoisse que l’homme éprouve son délaissement. Fuyant sa liberté, sa subjectivité, il voudrait se perdre au sein du Tout : c’est là l’origine de ses rêveries cosmiques et panthéistiques, de son désir d’oubli, de sommeil, d’extase, de mort. Il ne parvient jamais à abolir son moi séparé : du moins souhaite-t-il atteindre la solidité de l’en-soi, être pétrifié en chose ; c’est singulièrement lorsqu’il est figé par le regard d’autrui qu’il s’apparaît comme un être. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter les conduites de l’enfant : sous une forme charnelle, il découvre la finitude, la solitude, le délaissement dans un monde étranger ; il essaie de compenser cette catastrophe en aliénant son existence dans une image dont autrui fondera la réalité et la valeur. Il semble que ce soit à partir du moment où il saisit son reflet dans les glaces-moment qui coïncide avec celui du sevrage-qu’il commence à affirmer son identité : son moi se confond avec ce reflet si bien qu’il ne se forme qu’en s’aliénant. »

Le Deuxième sexe Simone de Beauvoir

J’ai été frappée à la lecture des 3 occurences au mot « ‘insoutenable » qui parsèment le roman,

loin d’être anodin chez Kundera,

l’écriture est bien plus fluide, une limpidité inhabituelle chez Kundera, qui facilite la compréhension et en même temps est assortie d’une légère déception pour moi, en tout cas,

car ce que je préfère avec cet auteur,

c’est justement… la torpeur intellectuelle, frêle nébulosité, entretenue par les emboîtements et enchevêtrements d’idées, qu’il faut lent—e—-ment démêler… bien plus stimulantes, par leur résistance..

L’identité, Kundera, extraits choisis,

 L’identité …perdu de vue, disparue…

p.11 « …dans ce monde où chacun de nos pas est contrôlé et enregistré, où dans les grands magasins des caméras nous surveillent, où les gens se frôlent sans cesse les uns les autres, où l’homme ne peut même pas faire l’amour sans être interroge le lendemain par des chercheurs et des sondeurs(…) comment se peut-il que quelqu’un échappe à la surveillance et disparaisse sans laisser de traces ? »

L’identité et le Rêve…

« C’est pour cela qu’elle n’aime pas les rêves : ils imposent une inacceptable égalité des différentes époques d’une même vie, une contemporanéité nivelante de tout ce que l’homme a jamais vécu ; ils déconsidèrent le présent en lui déniant sa position privilégiée. »

l’identité et le Présent

« Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c’est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l’intégrité de son moi. Afin que le moi ne rétrécisse pas, afin qu’il garde son volume, il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot et cet arrosage exige un contact régulier avec des témoins du passé, c’est-à dire avec des amis. » p.50

L’identité revêt un caractère entêtant, qui me rappelle, en échos, versant poétique, Mon rêve familier de Verlaine » Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, « Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, « Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, « .

M.G



Article mis en avant

Apocalypse bébé, Virginie Despentes.

Un titre qui annonce la couleur…. l’apocalypse … jaune citron…

une couverture criarde et pétaradante, ( aucun risque de me le faire voler ! )

Rencontre première et tonitruante dans l’univers déjanté de Despentes,

Image associée

peu commun,

l’intrigue m’a paru secondaire,

voire pâlichonne…

Elle m’a semblé plus prétexte à introduire des personnages décapants, dérangeants même.

Le lecteur est complètement accaparé par le personnage de « la Hyène »,

qui épaule « Lucie », enquêtrice débutante qui s’est laissée berner par une adolescente en pleine crise, disparue,( et qui, ne semble pas des plus efficaces),

un duo inédit, mais qui rappelle la technique bien connue du » bon/ méchant flic »

La Hyène,

 prédatrice en puissance,

carnivore chétif,

mais redoutable au flair tout simplement déroutant « C’était inexplicable, mais impératif : la petite avait réclamé toute son attention. Il fallait la retrouver »p.249

Elle ne mâche pas ses mots, aime à provoquer, glauque attitude, et en jubile…

Avis sensibles ou rétifs s’abstenir, langage familier, vulgarités et  un certain cynisme s’accumulent..

Mais?

quelques expressions frappantes P.249 (toujours)

« L’émotion brute, c’est frôler la perte. Autour d’elle les morts accidentelles se multipliaient, les suicides, les overdoses, les petits rhumes suivis de décès surprenants, souvent après un passage a l’hôpital. Plus le temps passait, pourtant, plus son talent s’usait, suivant une courbe inverse à celle de sa popularité.(…) La Hyène est dans la place. (…) En découvrant à quoi ressemblait Lucie, physiquement, elle avait eu un moment de blues : l’héréro-tarte typique, un peu négligée, mais pas assez pour que ça lui donne un genre. No fun, sur toute la ligne »

« Elle se foutait d’avoir le dessus. Ce qui l’accrochait, c’est ce moment précis : deux volontés s’arrachent la gueule » .p244.

Tout ce raffut pour retrouver Valentine, un prénom aux sonorités douces,

bébé presque, qui entonne un

« Je suis la peste, le choléra, la grippe aviaire et la bombe A.

Petite salope radioactive, mon coeur ne comprend que le vice

Transuraniens, humains poubelles,

contaminant universel »

p.276…puis répétition..un roman aux colorations de ravages, nuances explosives…M.G

 

 

 

 

Article mis en avant

Un enfant à ma porte, Ying Chen.

A la lecture,

des impressions et rappels,

sensations de déjà-vu…

Immédiatement, j’ai pensé à l’incipit de Souvenirs pieux de Marguerite Yourcenar…

« L’être que j’appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903, vers les 8 heures du matin, à Bruxelles, et naissait d’un Français appartenant à une vieille famille du nord, et d’une Belge dont les ascendants avaient été durant quelques siècles établis à Liège, puis s’étaient fixés dans le Hainaut. La maison où se passait cet événement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l’avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d’années, dévorée par un building.

« Ayant ainsi consigné ces quelques faits qui ne signifient rien par eux-mêmes, et qui, cependant, et pour chacun de nous, même plus loin que notre propre histoire et même que l’histoire tout court, je m’arrête, prise de vertige devant l’inextricable enchevêtrement d’incidents et de circonstances qui plus ou moins nous déterminent tous. Cet enfant du sexe féminin, déjà pris dans les coordonnées de l’ère chrétienne et de l’Europe du XXème siècle, ce bout de chair rose pleurant dans un berceau bleu, m’oblige à me poser une série de questions d’autant plus redoutables qu’elles paraissent banales, et qu’un littérateur qui sait son métier se garde bien de formuler. Que cet enfant soit moi, je n’en puis douter sans douter de tout. Néanmoins, pour triompher en partie du sentiment d’irréalité que me donne cette identification, je suis forcée, tout comme je le serais pour un personnage historique que j’aurais tenté de recréer, de m’accrocher à des bribes de souvenirs reçus de seconde ou de dixième main, à des informations tirées de bouts de lettre ou de feuillets de calepins qu’on a négligé de jeter au panier, et que notre avidité de savoir pressure au-delà de ce qu’ils peuvent donner, ou d’aller compulser dans les mairies ou chez des notaires des pièces authentiques dont le jargon administratif et légal élimine tout contenu humain. Je n’ignore pas que tout cela est faux ou vague comme tout ce qui a été réinterprété par la mémoire de trop d’individus différents, plat comme ce qu’on écrit sur la ligne pointillée d’une demande de passeport, niais comme les anecdotes qu’on se transmet en famille, rongé par ce qui entre temps s’est amassé en nous comme une pierre par le lichen ou du métal par la rouille. Ces bribes de faits crus connus sont cependant entre cet enfant et moi la seule passerelle viable ; ils sont aussi la seule bouée qui nous soutient tout deux sur la mer du temps. »

C’est assez étrange d’ailleurs, car les deux textes me laissent en arrière-bouche une sensation désagréable,

le thème abordé sans doute un peu, puisqu’il s’agit du rapport à la maternité,

et à l’ instinct maternel,

4ème:

« Un couple reçoit mystérieusement un enfant, déposé par des forces inconnues dans le jardin. Ce nouveau venu est une sorte de démon, haï par la mère. Révélateur de la mésentente du couple, de l’angoisse de la mère, de la solitude de l’écrivain, l’enfant renverse toutes les valeurs habituelles de la famille et de la vie bourgeoise. Dans ce curieux apologue, Ying Chen fait le procès du sentimentalisme et des conventions sociales et familiales, mais pour exprimer paradoxalement l’amour. Il s’agit d’un « faux » livre autobiographique, mais qui touche à des éléments essentiels de la vie et de la littérature. »

et des relations somme toutes complexes à l’enfant, dont l’arrivée est …don du ciel

« .Je craignais de lui faire mal en le touchant, comme un esthète devant un précieux objet d’art, ou comme un artiste séduit par une oeuvre. p.99 «  mais aussi en un sens,

bouleversement et entrave d’un ordre préétabli, « La perspective de revoir l’enfant plus tard, notre éprouvant rendez-vous du soir, devenait le seul moteur qui me faisait bouger pendant ma journée autrement inoccupée. »p.80 ______de la reproduction de l’espèce aux désirs égoïstes et prolongements narcissiques..

Ying Chen comme Yourcenar adoptent un ton distancié à la chose, à la manière d’une analyse sociologique, la particularité avec Chen, une femme, à laquelle on peine en tant que lecteur à s’attacher, puisqu’elle n’est que rattachée à une initiale,

perte de son individualité,

dépersonnalisation, avec ce personnage principal, caractérisé façon lapidaire :

« la femme de A. »

mais aussi dans le style sobre,

dénué de sensiblerie et d’affect, une image est récurrente…

 » Devant mon enfant, j’étais vite devenue une mère, un ver à soie mourant, et non pas un artiste devant une oeuvre. Je ne pouvais plus me permettre la distance entre le spectateur et l’objet. Il n’y avait plus de rapport entre l’enfant et moi puisque nous étions littéralement confondus en un seul être.J’avais l’impression que l’enfant pouvait sentir toutes mes douleurs sans même les comprendre et sans les exprimer, et que je le connaissais jusqu’au bout des doigts. Nous formions un tas sous le même toit. Dans ces conditions, comment pourrait-il exister un amour quelconque? » p.100/101

 

https://www.images-booknode.com/book_cover/36/un-enfant-a-ma-porte-35910-264-432.jpg

Les appréhensions, questionnements, doutes, angoisses qui peuvent germer dans l’esprit, les rapports à la possession, à l’abandon de soi et de l’enfant, ici il « apparaît » (visibilité/ se montre/évidence et limpidité) presque comme par magie…« On dirait qu’il y avait une réserve, que tout était déjà dans sa tête depuis le début, qu’il était la miniature d’un adulte, un démon dans un bocal fermé, qu’il n’était attendrissant que par sa forme. La chair jeune et parfumée des enfants , leur apparente fragilité et leur déraison ont dérouté tant de parents. p.92 »

Autant de questions qui jalonnent le quotidien de la femme de A. déployant l’éventail de paradoxes et de contradictions de l’amour maternel, inconditionnel , entre évidences et non-dits, conventions sociales, attentes et exigences,

un enfant à ma porte...pas mon enfant, « un » indéfini « ?

un enfant ( laissé/délaissé/trouvé …) comme une tuile, un hasard, une chance inespérée etc…

M.G

Article mis en avant

Miscéllanées à l’usage des gens heureux (ou désirant le devenir),Agnès Michaux et Anton Lenoir.

Miscellanées à l'usage des gens heureux (ou désirant le devenir) par Michaux

4 ème :

A savourer dans l’ordre ou dans le désordre, à consulter, à méditer, à partager : plus de 300 histoires, recettes, expériences et citations pour atteindre le nirvâna !

MISCELLANÉES n. m. pl., (miscellanea : choses mêlées, miscere : mêler) Recueil de différents ouvrages de science, de littérature, qui n’ont quelquefois aucun rapport entre eux. Cet auteur a donné d’excellents miscellanées. On dit plus ordinairement, Mélanges. On dit aussi quelquefois, Miscellanea.]

d’après le dict. de l’Acad. française, 2ème éd., 1878.

Compilation de moments,
anecdotes,
recettes,
évidences
pensées…piochées dans un tas de domaines: littérature, cinéma, philosophie..

répartis sous 4 sections:

I. Où l’on reviendra humblement à la source pour étancher comme il se doit une soif éternelle et légitime.

II. Où l’on se penchera éffrontément et voluptueusement sur la place qui convient aux sens et à tout ce qui leur est agréable.

III. Où l’on observera minutieusement chez l’autre ce que l’on souhaite ardemment pour soi et inversement.

IV. Où l’on parcourra le vaste monde et non moins vaste ensemble de petites choses qui le composent pour atteindre allègrement son but.

Disparate,

les extraits et citations sont bien choisis,

mais je n’ai pas aimé l’assemblage tel quel, pas tant que je recherchais une unité, juste que c’est le genre de livre que j’apprécie pour jongler d’un article à un autre, rebondir, et là…je ne m’y retrouve pas, pourtant de jolies alternances de longueurs, des jeux des polices, de la couleur…

 Il s’agit davantage de proposer une photographie pêle-mêle du bonheur :

attentes, exigences, ou relâchement de soi,

ce n’est pas une méthode ou un livre qui recense comment y accèder,

c’est plutôt un hommage pluriel, une anthologie dédiée au bonheur et à ses diverses expressions (art, cinéma, littérature, philosophie…) ,

 sous formes d’extraits choisis, PUZZLE de définitions,versant géographique et appellations des rues, villages,

topographie même,

proverbes, entre aphorismes au rapport mélodieux et refrains musicaux recensés,

car « il en faut peu pour être heureux », « be happy »,

de la méthode Coué à la recette préférée de James Bond,

de Flaubert à Houellebecq, Camus, Rousseau, Roland Barthes, La Bruyère,

Monroe, Einstein, et bien d’autres, cet état de grâce ne cesse d’interroger…

M.G

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Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt.

Autre univers,

nouvelle illusion perdue avec Delacourt, après La liste de mes envies et La première chose qu’on regarde,

Danser,Danser au bord de l'abîme par Delacourt
Virevolter, frémir,
vertigineux,
Toute danse suppose mouvements, déséquilibre de soi et des autres, et un partenaire pour tourbillonner,
se laisser aller vers la fluidité,
un accord,
une douce harmonie, si fragile,
c’est sans doute parce qu’elle est inédite, incontrôlable, qu’elle est d’autant plus bouleversante…
Quelques longueurs parfois,
sans tomber dans le pathos.

Juste un éclat,
un bruissement de bonheur, assortie d’une lecture des fêlures, de celles qui ne peuvent disparaître.

Delacourt, c’est la promesse d’une chute, prévisible presque convenue, difficile,

non sans heurt,

mais sans brutalité,

pour « Emmanuelle », ( aima  passé simple révolu, brièveté et trait de caractère de l’héroïne /nu , car dépossédée en un sens, dénudée, mise à nu, découverte / elle, l’ego, juste elle, ailes même)

« J’aurais tant voulu me fracasser, me disloquer en lui, atteindre cette infime frontière entre les choses, ces plaques tectoniques en nous,si sensibles, qui bousculent les sentiments, créent ces microscopiques fêlures,ces routes menant à l’abîme parfois___et d’autres fois, à la félicité. Ni mes desesperances ni son corps broyé que je porte ne m’ont déroutée. »p.319

« Et j ai souri pour moi-même, comme il devait sans doute le faire de son côté ,au même moment, devant son expresso serré, l’anse de la petite tasse épaisse et chaude entre ses longs doigts fins dont je rêvais qu’ils se posent sur mon cou, et l ‘enserrent, doucement, jusqu’à mon ravissement .Mon étourdissement. Ma perte.p.33 »

« Je n’ai pas connu la colère.
Je n’ai pas ressenti de rage.
Pas lacéré ma peau avec des silex.
J’ai perdu beaucoup de mots.
J’ai eu un deuil curieux, sans contrepoids, et je suis devenue le deuil lui-même.p186″

« C’est ce silence troublant qui m’a d’abord envahie,puis comblée .J’ai aimé cette suspension. Ce vide. p.31 »

« Vous me ferez danser?
Oui
Tourbillonner?
Oui
Vous me rattraperez »?

« Dehors, la nuit est noire, assoupie et profonde. Il n’y a pas de vent. Les criquets ne stridulent plus. Un silence terrifiant. Affolant. Alors je deviens un cri. p295 »

et ça me rappelle Munch…

Wikipédia,

Munch Edvard, écrivit dans son journal, le 22 janvier 1892 :

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature . »

Le Cri, tempera, 1893, 91/ 73.50cm.

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M.G

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Tomber sept fois, se relever huit, Philippe Labro.

Dévoré hier soir,

d’un coup,Tomber sept fois, se relever huit par Labro

comme ça,

ça sonne juste,
c’est terrible ce mal du siècle, ce n’est plus le Spleen,

c’est plus insidieux, plus inexplicable, plus étrange, plus sombre,
c’est différent du blues, de la déprime, de la mélancolie,
c’est l’énergie éteinte, l’extinction du souffle vital et du désir qui vous assaille.

Happé,
comme il le dit, alors même que rien ne semble vous prédestiner, comme une malédiction..mais pas fatidique,
une petite lumière suffit à offrir une échappatoire,

je tombe, tu tombes, nous tombons et chutons tous, mais, je, tu, il, elle, ils, elles, _______________
peuvent______________ se relever…

 » L’horreur de la situation, soudain, vous frappe comme un coup derrière la nuque .Alors, il faut s’asseoir sur le rebord du lit. Vous ne pouvez plus avancer. Vous n’osez plus repasser devant la glace. Vous êtes face au rien, au néant. Nietzsche a écrit : « Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi »p.45

Le Narcisse,

« Il peut arriver qu’un déprimé tombe obscurément amoureux de sa brisure. C’est une des perversités de ce mystérieux fléau, avec ce corollaire : le symptôme même de la dépression se nourrit de sa propre nuisance. C’est un monstre qui s’autodévore. p.99″

« Mais on marche.Là réside la différence : on est en mouvement.La dépression, c’est une manière de mort, et la vie, comme la pensée, est mouvement.p.177 »

« Il existe une indescriptible allégresse intérieure à ressentir que votre volonté l’a emporté sur votre démon et que l’estime de soi est revenue, que vous en savez un peu plus sur vous-même. Et que ce nouveau savoir constitue une force. Puisque, au delà de l’estime de soi, vient poindre, comme une lumière pour définitivement tuer la nuit, la maîtrise de soi. « p.211

Pas facile d’écrire sur la dépression, une dédicace  de Labro, pour  » Celle__et ceux qui ont aidé » ,p

pas de remède miracle,

juste un témoignage, quelques conseils qui l’ont aidé et qu’il donne,

l’écriture en mode de recul, distanciation, et sans doute un peu thérapeutique,

il est passé par là, a  réussi à s’accrocher pour émerger, et nous livre avec pudeur son histoire, en toute sobriété.

M.G

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Un bleu d’octobre, Françoise Ascal.

Bleu d'octobre (Un)Je remercie Babélio et son opération Masse Critique, ainsi que les éditions Apogée pour cette sélection.

4 ème :

« Ce recueil rassemble des notes prises entre 2001 et 2012. Il s’inscrit dans la continuité de Cendres vives (1980-1988), du Carré du ciel (1988-1996) puis de La Table de veille (1996-2001). Tenir ces carnets, à travers les années et les saisons de la vie, avec autant d’assiduité que de doutes, relève d’un désir obstiné de « veiller » sur la vie pour mieux l’étreindre, à défaut de la comprendre.  »

Edition Apogée, biographie

Première rencontre pour moi avec Françoise Ascal par le biais de ce recueil.

Concernant la forme, et c’est plutôt rare que je m’exprime, si la couverture cartonnée est agréable au toucher, j’aurai aimé un format plus en adéquation avec le fond, de type carnet, ce qui aurait renforcé le rapport intime aux prises de notes. Et je m’étonnes de ce choix de couleur, sobre, mais intense..il m’intrigue (dû à l’éditeur même, à la thématique?)_________(étant moi-même adepte de petit carnet, pas nécessairement du Moleskine, même si c’est la référence…).

La prise de notes a été épurée, sélectionnée, elle s’apparente quelque peu au journal intime, ce sont des notes de lectures,

impressions du moment,

fugacités,

pensées sporadiques alignées, dont la lecture de prime abord n’est pas facilitée, par l’entreprise même, et qui paradoxalement peut apparaître pour certains lecteurs, plus confortable,

épisodique,

du coq à l’âne.

La prise de note est une extraction singulière, hors contexte, qui fait sens à son auteur et pas nécessairement à son lecteur qui à mon avis, n’accède qu’en partie, à son sens véritable, au visible. L’entreprise peut permettre toutefois une compréhension de l’auteur et des techniques sous- jacentes à l’écriture. »Ratissage de vieux carnets.(…) B.me rappelle que ratisser est une activité partagée par les moines et les jardiniers. »p43

Puis des thèmes communs apparaissent, à l’aune d’une seconde lecture, possible alors, de tisser des liens, éléments de biographie,

les onze ans voient les saisons défiler au gré des champs lexicaux, la nature, les paysages intérieurs se reflètent au travers la vue du « jardin, sous le cognassier.Chaleur et parfum. B. a suspendu un fushia dans les branches. Les ramures retombent avec grâce. Ni contemplation, ni méditation.Juste se laisser traverser. »p.11 « presque l’automne déjà, dans l’ambiance humide, la fraîcheur hâtive, l’abondance de fruits »p.19  qui contrastent avec les lectures plus graves « Lecture passionnante des journaux de Bauchau.Vision émouvante de cet homme de 88 ans, faisant chaque jour sa gymnastique matinale en répétant les mots de Maître Eckhart : « C’est aujourd’hui la fête, la plus grande fête, la fête à l’existence »p.20

Beaucoup de références aux auteurs et de citations extraites, »Louis-René Des Forêts, Michel Onfray, François Cheng, Maurice Bellet, des philosophes et là je me sens plus à l’aise avec Spinoza, Plotin, Nietzsche,Montaigne, Pindare, …

Il s’agit de p.106, « Revenir aux fondamentaux. Tenir le fil, en dépit des inévitables occasions de déstabilisation___contrariétés, colères,tristesses. Penser au souffle, qui ne peut décevoir, qui fait son travail de vie sans question. Le cultiver en conscience, le choyer, le protéger au mieux. »

Aperçu et petite sélection : le rapport à l’écriture

« Où me mène ce texte? A mon insu, la Chapelle de Ronchamp tend à s’amenuiser au profit d’autre chose, plus lié au monde d’aujourd’hui, à mes inquiétudes de société. Ce faisant, j’éprouve une joie à m’éloigner de ce journal. Sentiment de sortir de mon propre utérus.

« Trouver la vérité par l’écriture. La vérité m’intéresse plus que tout, plus que l’écriture.p.20

« Tout dans ma vie est sous le signe de l’arraché. C’est à l’arraché que je parviens à extraire les mots et à me garder vivante. »p.21 et des échos, répétitions qui amorcent de l’importance de cette idée  » Ecrire à partie liée avec l’arrachement. Mais qu’ai-je à arracher ? Rien ne s’impose en toute nécessité. Mon vouloir est cérébral ».p.42 « Levée tôt, mais l’écriture, où est-elle? « Je » fais écran. »

« Nuit d’agitation, en quête des mots manquants. On n’écrit jamais que pour trouver les mots manquants. »p.45

« Mon rapport à l’écriture : encore et toujours »le métier de vivre ». Pas le souci de construire une oeuvre littéraire, mais l’ambition de repousser, si peu que ce soit, une part de ténèbres____en soi comme à l’extérieur »p.45..

Toujours ces préoccupations…et un éclairage,« bleu d’octobre : mon modèle. Voudrais écrire en atteignant cette transparence.La transparence n’est pas la pauvreté. Ecrire transparent donc lisible est souvent compris comme écrire banal, simpliste, sans profondeur.Alors qu’il s’agit d’accéder à une qualité de perception que le dépouillement permet. Où commence-t-il? Où s’arrête-t-il? La simplicité d’une écriture ne va pas de soi. Elle est fruit d’une approche patiente.Une ascèse presque. »p.48

« Personne ne m’a condamné à dire je.Je peux écrire d’un autre point de vue et avec les mêmes exigences.C’est le b.a.-ba de tout écrivain. Alors pourquoi est-ce impossible sous peine de culpabilité, de sentiment d’imposture? »p.64

« Qu’ai-je encore à arracher? Arrachement heureux affirme Marcel Cohen.Pour lui, l’arrachement, au trou est une remontée. Le malheur, c’est l’absence de mots. »

En 2012, de la poétique « Grand ciel bleu lavé par le vent. Lumière du Sud, du moins d’un sud tel que je le rêvais/imaginais. Toujours bien dans cette maison. C’est une expérience frappante. J’ai simplement changé de quelque 50 mètres et changé de niveau. Les deux maisons se font face, elles sont presque jumelles. Pourtant l’une e donnait le sentiment de me vider, l’autre me donne asile et bienfaisance. »p108.

Un recueil donc où l’on peut puiser quelques ondes, s’approprier quelques expressions et/ou se reconnaître, encore faut-il accepter l’intrusion dans cette intimité, ce qui ne va, je pense, pas de soi…sans doute parce que je méconnaissais l’auteur.

M.G

Article mis en avant

Récit de vie suite…Les mains bleues et Christophe Martin.

D’actualité, et toujours dans l’idée de tranches de vie,

mouvance de réalisme sociale avec ce petit recueil qui évoque la délocalisation d’une usine Levi’s : le couperet tombe, 541 licenciés, laissés sur le carreau, pour certaines (ce sont pour beaucoup des femmes)…et présentation de la démarche : (édition l’Eglantine)

4ème : » Vingt-cinq ouvrières du textile ont tramé, tissé, coupé, cousu et ourlé pour nous des ribambelles de mots. Elles parlent d’elles, de la vie à l’usine et de l’usine dans leur vie. L’atelier, la maison, les cadences, le ménage, la contredame, les courses, les copines, les maris, les collègues, les enfants… le tourbillon de leur vie. Un beau jour, un mauvais jour de 1999, l’usine a fermé. Que sera demain ? Que faire ? Parmi les 541 licenciés de l’usine Levi’s à La Bassée (Nord), combien ont retrouvé du travail avant fin 2000 ? Vingt-cinq ont relevé le défi de l’écriture avec Christophe Martin, auteur de théâtre. Elles donnent du travail à un metteur en scène, des musiciens, un chorégraphe, et aussi à un éditeur, un illustrateur, un imprimeur, etc. A quand leur tour ?

Les mains bleues et Christophe Martin par Les Mains bleues

Les tons sont variés : colère, tristesse, amertume, dégoût, avec des textes comme « Rayons de soleil » »l’usine », »machines »je n’irai jamais », « sois sage ô ma douleur », « deuxième journée » chômage » ou le plus virulent mais non dénué d’un certain humour « lettre au pdg de l’usine »p.106. et alternance des voix,  par la forme : dialogue, nouvelle histoire d’une vie construite autour de Lévi’s, lettre, poésie version élégiaque ou complainte, épistolaire…

Préface

« sang bleu »

« Elles sont l’aristocratie du peuple, celles qui ont vaincu le silence et su pleurer et rire entre des lignes qui dansent encore; larmes noires et rire d’or danseront longtemps dans ma mémoire »  « le monde n’est pas une marchandise moins encore une machine. Les mains bleues, langues usées et yeux délavés, cuisinières et couturières célestes.. »p.13

Pas de col blanc, Les Mains bleues..les petites mains, celles qui oeuvrent et se colorent de teinte blue jean, 501, du bleu oui des bleus certainement..d’autres couleurs aussi ici

p29 : énumération » Une atmosphère colorée___un sol gris___des chaises noires___des ventilateurs blancs____des machines bicolores___des blouses roses___des jeans bleus__-des rires___des pleurs___ »

Un douloureux compte à rebours, rétrospectif

« le 15 avril, les lettres de licenciement.

le 16 avril, naissance de mon petit-fils.

le 23 avril, mon mari, mon amour …est parti… »p.56

Archive INA , extrait « https://fresques.ina.fr/mel/export/player/Lillem00024/360×270

Le conflit des générations, la mère et la fille « tu deviendras couturière, ma fille » vous devinez l’enthousiasme débordant de l’ado! et les journées interminables c’est pas métro-boulot-boulot c’est « deuxième journée »

« Mettre les poubelles

faire les poussières

faire la vaisselle

faire la lessive

tondre

laver la cuisine

laver la salle de bain…etc.. »

Puisqu’il faut faire face au désarroi, puisqu’il faut avancer, je choisis cet extrait pour son côté plus piquant…

« Lettre au pdg de l’usine »

Cher enfoiré

Depuis un an que tu m’as larguée, je ne peux t’oublier, toi mon cher pdg.Tant d’amour pendant vingt ans pour au final me laisser tomber, moi, petite Française disciplinée asservie à ta cause, au profit d’une petite Turque pour laquelle tu seras inévitablement le messie.

(…)

Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir fait connaître ces merveilleux endroits si fréquentés et de surcroît gratuits que sont l’ANPE et l’ASSEDIC. Le personnel y est charmant, très compétent et surtout disponible.Je m’étais dit que j’irais peut-être un jour, si l’occasion se présentait.Eh bien, grâce à toi, c’est fait plus tôt que prévu.Mes mains te remercient également, elles toujours si bleues, c’était lassant, maintenant elles sont devenues noires à force de consulter les petites annonces. Histoire de rompre la monotonie. »

126 pages qui témoignent…

M.G

 

 

Article mis en avant

Récits de vie…fil conducteur.. Un nouveau coeur, un nouvelle vie, Jean Paul Barthélémy.

Certaines causes vous absorbent et marquent davantage même si vous n’en percevez pas immédiatement le sens.

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Hier,

j’ai eu l’occasion de rencontrer Jean-Paul Barthélémy, soixante-neuf ans, il m’a conté une tranche de vie, pas banale,

la sienne, et m’a laissé un exemplaire dédicacé de son récit.

Ce fragment intime, autobiographique, relativement court, n’a d’autre but et d’ambition que de se livrer, confier une tranche de vie difficile, une » épreuve » au sens propre, tout en étant « hommage à tous les chercheurs, à tous les praticiens » et un remerciement « au personnel qui l’a soigné  avec tant de compétence, d’amabilité. »p.5

Son portrait est brossé le « je » nous convie d’emblée à la simplicité :

« J’ai toujours aimé le sport. Il est pour moi synonyme de bien-être du corps et de l’esprit », caractérisé par « une véritable passion » p.7, une évidence, que de se définir ainsi, parce indissociable des événements à venir…qui témoigne aussi d’une hygiène de vie/ascèse et d’une combativité certaine. Du cyclisme, de la compétition, puis la course à pied, le semi-marathon rythment sa vie de sportif, entre préparation physique et performance, et des challenges « je possédais les qualités nécessaires pour les épreuves de grand fond. Une idée allait naître de cette constatation : pourquoi ne pas mettre au service des autres ?  » et l’idée germe..le Paris-Troyes, premier essai le quatorze mars 1995 pour collecter des fonds et acheter un fauteuil roulant…un don…puis recommencer…réessayer pour l’association des Paralysés de France…marathons de Paris, Reims…que de courses effrénées…

2001

un accident de parcours, fatigue, essoufflement certain..que se passe-t-il ?

« coup de massue sur la tête »

descente….« infarctus », « malaises »,

« aggravation » et le verdict tombe, tranchant,

urgence vitale, « implantation cardiaque »,

« être sur la liste », souffrir de l’attente,______________ longueurs

des espoirs, des désillusions…de l’angoisse, une obsession des coups de fils , il faut guetter le courrier, chaque lettre est…

Heureusement, la famille le soutient, c’est une béquille vitale « Mon épouse et mes enfants m’encourageaient, me soutenaient, mais j’avais des moments de défaillance où je croyais que, pour moi, tout était fini. »p.12

Un nouveau coeur…greffé,

une nouvelle vie,

remise à zéro des compteurs, des traitements,  effets secondaires, rechute, un suivi régulier, 20 comprimés  mais un « estomac de jeunot » comme il me le disait hier.

Les larmes lui montent encore aux yeux d’en parler, il repense à ce moment fatidique, veille de Noël, où il est devenu rescapé, grâce à un autre.. » je ne pus contenir mon émotion ».

Alors cette nouvelle vie, il s’y engouffre,

et il milite pour le don d’organes…

une histoire de coeur…

M.G

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