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littérature française

Suites et fin, Jean-Luc Steinmetz.

Suites et fin par Steinmetz

Je remercie en premier lieu Babélio dans le cadre de sa dernière opération Masse critique et les éditions « Le Castor Astral » pour cette jolie découverte poétique.

« Jean-Luc Steinmetz sait changer de voix et de voie en explorant la gamme des possibles. Toujours à la recherche de l’instant éblouissant qui l’emporterait, il affirme une écriture porteuse d’une fine connaissance de la poésie tant actuelle qu’inscrite aux siècles précédents. Dans l’infini apprentissage du monde.
Avec Suites et fins, à la fois cendres et semences, de multiples fins encouragent de perpétuels recommencements : ceux de la vie ou de l’écriture. Le livre insiste sur une telle position au monde, vouée à l’instant ou à des restes de mémoire. Une évidence se fait jour, l’arrivée, la construction de réalités poétiques ayant vertu – sans le proclamer – de manifeste. »

La forme :

Une couverture sobre et texturée (nervurée) à laquelle j’adhère, blanche,

agréable au toucher,

information à la discrétion du lecteur : c’est le « 1123 ème ouvrage » publié par Castor Astral,

un marque page joint, une petite attention au lecteur potentiel,

et les encres de Pierre Zanzhucchi qui ornent le recueil de poésie, conférant à l’ensemble une zénitude..

Le fond :

Composé de six parties et hommage certain à une certaine modernité poétique, les  petits poèmes en prose en rappellent d’autres,

des séries de vers libres aussi,

pas étonnant pour ce spécialiste de Rimbaud, Mallarmé et Jaccotet.

« Commensemencements

Sur la rive emplie de fantômes
l’instituteur valaisan apparaît
faisant danser « au brumeux horizon » *
tout un poème de Verlaine.
L’heure de la classe s’achève. Je lui demande
(et pour toujours demande)
ce que veulent dire la musique et les vers.
Dans l’entrebâillement de la porte
ou l’embrasure de la fenêtre
pénètre un rayon. Il forme sur le dallage
la réponse
mais personne pour la traduire ce jour-là.

p.28″

*Echos hommage au  poème saturnien VI / L’heure du berger

« La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit. »

Une idée du ressassement, la poésie au service de la mémoire, saisir sur le vif, mais pas dans l’idée de figer l’instant, plus je pense ( mais ça n’engage que moi ) à la manière des résiliences, des échos savamment amenés au rythme des enjambements,

un éternel recommencement,

des blancs.

« Immuables et indifférents.
Quoi veille ?
Quels sont les pluriels et la valeur instinctive du singulier ?

Avec des questions en foule je passe le jour
comme on passe un fleuve.
Chacun ignore ce qu’il en est de l’autre rive.
Je m’abreuve de pensées primaires.
D’autres stagnent au fond de ma voix.
Atteindre est un vœu proféré
maintenant pour plus tard.

Ce qui n’a plus cours court en arrière.
Des arbres environnent les terres.
Le salut qu’ils adressent
répond à plusieurs désirs
informulés ou déformés.

La méditation prend toute la tête
ressort par les narines
comme un souffle exalté.
Au bout des doigts grésille ce moment
les rites usant les rebords de porcelaine
et quelque chose d’un amour que l’on regardera plus tard
parmi les archives filmées. » p.18″

1ère partie : Commensemencements, la thématique de la « semence » revient dans le recueil, associé à la naissance,

et à l’écriture,

« Dans tant de phrases qui glissent de la tête aux mains
les larmes coulent aisément, rires ou sanglots.
En quoi sont-elles importantes?
On donne, on reçoit gratis.
Le corps relaxé près du fleuve
s’éveille à sa force et connaît
la secrète faveur d’une seconde vie.p.64″

à l’image de la femme, à la nature et aux saisons, l’image du prunier également,

« Soma-séma-sémène, l’âme est une captive

traitée avec humanité

conservé en suspens

incapable d’avancer beaucoup plus loin que la vie.(etc..p.61) »

Celui-ci pourtant, se détache dans le recueil : le seul en majuscules, magistral…faut-il pour autant lui accorder plus de sens?

« UNE PHRASE
QUI PARLE DU SABLE QUI S’ECOULE

COMMENT N’AURAIT-ELLE PAS RAISON ? » p.37

Hommages pluriels à Verlaine, Breton, Villon, Bataille, Cendrars, Antelme…

Notez que seul,

un poème,

comporte un titre, p.67,

« 19 heures ».

Autre extrait :

« Commensemencements

Sur la rive emplie de fantômes
l’instituteur valaisan apparaît
faisant danser « au brumeux horizon » *
tout un poème de Verlaine.
L’heure de la classe s’achève. Je lui demande
(et pour toujours demande)
ce que veulent dire la musique et les vers.
Dans l’entrebâillement de la porte
ou l’embrasure de la fenêtre
pénètre un rayon. Il forme sur le dallage
la réponse
mais personne pour la traduire ce jour-là.

p.28

* Rappel de ce délicat poème saturnien
VI/L’heure du berger

La lune est rouge au brumeux horizon ;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S’endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson ;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles ;
Des peupliers profilent aux lointains,
Droits et serrés, leurs spectres incertains ;
Vers les buissons errent les lucioles ;

Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
Rament l’air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s’emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c’est la Nuit.

Notez que les poèmes sont de longueur variable,

une strophe,

2/3/4,

ou un paragraphe,

ou quelques expressions…comme s’il ne voulait pas de carcan, célébration des formes, en tout genre,

Une section se distingue aussi par sa thématique, plus sombre, « Egéennes » 8 poèmes sur l’inacceptable, un cri de révolte,

suppléments d’informations donnés, sous chacun des poèmes

ex : « L’embarcation surchargée a chaviré, entraînant la mort de soixante-treize migrantts hommes, femmes et enfants (9/12/2015) ,p. 45 à la manière d’une légende, dont on s’imagine très bien quelle pourrait être la photo associée,qui me rappelle aussi le Radeau de la Méduse de Géricault.

Et cette section un peu folle…ROIDE ASILE, 17 réflexions comme issues d’un « esprit malade ». Une découverte sympathique que je n’aurai sans doute pas faite sans cette opération de Babélio.

Pour aller plus loin :

« Jean-Luc Steinmetz est né en 1940. Poète, essayiste, professeur à l’université de Nantes, il a publié les œuvres complètes de Rimbaud en trois volumes (Garnier-Flammarion).

Il est l’auteur de plusieurs essais sur la littérature, dont deux importantes biographies : Stéphane Mallarmé, l’absolu au jour le jour (Fayard, 1998), Arthur Rimbaud, Une question de présence (Tallandier, 1999) et Pétrus Borel, vocation poète maudit., et. A lire chez Zulma : Les Femmes de Rimbaud (2000).En outre son livre Le Jeu tigré des apparences (Castor Astral) lui a valu le Grand Prix de poésie de la SGDL et le prix Paul Verlaine. »

M.G

A dos d’oiseau, Maurice Fombeure.

142 poèmes regroupés,

sous 3 sections,

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elles-mêmes subdivisées :
SILENCES SUR LE TOIT / CHANSONS DE LA GRANDE HUE / BRUITS DE LA TERRE.

Un amoureux de la langue,
recueil inauguré par une dédicace de Paul Claudel,
élogieux,
« Quand on aime de tout son coeur la bonne vieille terre française, les villages français, les petites villes françaises, toutes les choses et tous ces êtres autour de nous qui parlent français, un certain français, un certain vers français, clair et gai comme du vin blanc, et aussi adroit et prompt dans son empressement dactylique que le meilleur Verlaine.La veine de Villon et de Charles d’Orléans. »
Cet hommage à la terre française s’expose par les mots:
de la »cocarde »,du « coq », « pays natal » Bordeaux » « de la musette »,
références qui frôlent le céleste, les « cieux » et « étoiles » « la Grande Ourse » parsèment le recueil …

Un terrien donc, attaché à ses valeurs, de la simplicité, poésie franche, détachée du cérébral et des fioritures,

un retour aux sonorités, le poète pousse la chansonnette et ouvre son regard, porté vers le ciel, il déploie, survole et s’enthousiasme, à dos d’oiseau…
Et puis moi, qui adore les mythologies et cosmogonies en tout genre, je  suis servie, « Jason » Ulysse », » les sirènes »..

« CHANSON POUR DEUX SIRENES

Si je retrouve
Rémulus et la Louve,
Allez-vous-en
Gens des pays pisans,

J’ai le coeur en coeur et la bouche en bouche,
J’ai le coeur en bouche et la bouche en coeur. »….etc…p.31

Certains poèmes sont dépourvus de destinataires mais d’autres le sont, nommément les amis et complices, « à Jean Cocteau » « A.C » A Francis Bout-de-l’An », sans oublier « les femmes « A Carmen » etc…

« JASON
à Jean Cocteau

Quand les douaniers l’arrêtèrent,
Il fumait une pipe en terre.

Il leur dit, le rire mauvais :
« Si l’on vous demande où je vais,
Vous direz que je suis Jason. »

_C’était l’Homme de la Toison.__
(Mais, sans carte d’identité, Il fut tout de même arrêté) ».p.23

Extraits choisis :

« ENFANTS TERRIBLES

Les parents
sont étranges
Pour leurs en-fants–chers anges

Quand ils naissent,
Ils les fessent.
Quand ils meurent,
Ils les pleurent ».p.16

N.B : Maurice Fombeure reçut le Grand Prix de Poésie de la Ville de Paris en 1958 et le Grand Prix de Poésie de l’Académie française en 1980.

Pour finir, celui-ci :

« IMPOSSIBLE ESSOR

Vers une pureté
Impossible et secrète,
J’ai beau chercher ma route
Dans un désert d’orgueil….etc…. » p.193

M.G

De l’Entrave, Colette à l’Anthologie poétique : liens improbables…

L’Entrave,L'Entrave par Colette

le lien indéfectible et contraignant,

échos à l’insoutenable légèreté en un sens,

« Cela compte, cela pèse, le reste du temps___cela fait beaucoup d’heures… » p.183

René Nérée,

bohème du music-hall et des nuits parisiennes s’en défend, indépendance à la scène en retraite sentimentale, elle compte bien profiter en toute légèreté. C’est sans compter cet éternel appel à la vacuité, à la langueur, qui offre de nouvelles tensions, amusée par la petite May, blasée par l’indécollable Masseau, et ce Jean alors ! Il peut être parfois détestable « Tu excuses en moi tout ce qui te ressemble, de près ou de loin. Tu me passes le mensonge, la colère, une certaine trivialité qui crève en éclats joyeux, car dans l’excès,__qu’il soit de peine ou de plaisir__je dépend de toi. »p.204 « Mais lui doit remonter aux jours de ma perfection première, et revivre, pour les parer d’une poésie posthume, les premières semaines de notre amour, alors qu’il se mit brusquement à croire en moi, à ma durée, à ma soumission totale;___il répète les mots qu’il trouvait pour flatter mes petitesses : mon silence opaque devenait « une sagace rêverie » et cette paresse qui l’offusque aujourd’hui comme l’inertie d’une nomade épuisée, il la proclamait royale…p.205″

Toujours ces jolies descriptions,

temoins des états d’âme, peintures de l’intériorité défigurée,

« Trois cygnes blancs reposent contre le quai, sans dormir, car je distingue le mouvement de leurs cous dépliés et repliés et leur nage sur place trouble l’eau de moires fréquentes, faiblement dorées. Quand dorment-ils? …Ce paysage d’eau noire, de réverbères en guirlandes, m’est doux pour ce qu’il contient de déjà vu, de presque familier. »p90 »

« Le lac est couleur de perle malade, plus pâle encore que le ciel où l’on sent le soleil tout proche, prêt à crever la nue. »p91

« Un rayon de soleil blanc fait danser sur la nappe, en vifs arcs-enciel minuscules, les bluettes du brillant que je porte au petit doigt. » p.101″Le ciel d’un gris délicat, l’horizon, au bout du lac, de montagnes d’argent terne, ce décor de neige et de dégel nous fait à tous trois des mines jaunes de fiévreux. »

qui confèrent à ce roman une touche résolument féminine, intimiste, touches de tragique aussi « 

Dites! dites! rendez-le moi, rendez-le moi! (un ordre, une supplication de René ) Dites_ lui que s’il revient, je sentirai son approche, que s’il était seulement là, dehors, au bout de la rue, je le saurais aussi infailliblement que la feuille altérée par la pluie!…Dites-le lui,__mais surtout dites-lui qu’il revienne, parce que je deviens faible et toute creusée par dedans, et que j’ai peur de mourir sans lui!.. » digne d’un drame shakespearien,

âffres, éthers, et convulsions

implosent en monologues intérieurs

«  (…) C’est un deuil égoiste, qui m’afflige lorsque j’ai besoin, non d’un conseil, mais d’un échange verbal intelligent et désinteressé, qui me divertisse de l’épuisant monologue intérieur. p152″ tout en finesse, retenue et pudeur, et en justesse dans le ton pressant voire op-pressant, les émotions, entre le larmoyant, le touchant sans effleurer le geignant, comme sait si bien le faire Colette…

Doux paralèle, tisser des liens, en lecture simultanée avec

Anthologie de la poésie française du xxème,

Quelques extraits :Résultat de recherche d'images pour "anthologie de la poésie française de claudel a char"

« L’EGALITE DES SEXES

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,

Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.
Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir 
Et s’il semble obéir aux puissance du soir
C’est que ma tête est close, ô statue abattue

Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
Mon désir immobile est ton dernier soutien
Et je t’emporte sans bataille, ô mon image,
Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens »

« L’AMOUREUSE

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mees yeux,

Elle engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s’évaporer les soleils,

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

« PREMIERE DU MONDE

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
II a fermé les yeux pour s’en prendre à ton rêve,
II a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l’herbe
Les routes perdent leur reflet.

Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête ?

Ne peux-tu prendre les étoiles ?
Ecartelée, tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s’en multiplie.

De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
O douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour. »

 

Capitale de la douleur, Paul Eluard.

« Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre
Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac
Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours
Un jour après un jour une nuit après nous. »

Paul Eluard, Le dur désir de durer.

 

PERMANENT INVISIBLE,

Permanent invisible aux chasses convoitées,
Proche, proche invisible et si proche à mes doigts,
O mon distant gibier la nuit où je m’abaisse

Pour un novice corps à corps.
Boire frileusement, être brutal répare.
Sur ce double jardin s’arrondit ton couvercle.
Tu as la densité de la rose qui se fera

René Char, Le Nu perdu.

Il faut se limiter..pas toujours facile, alors je m’arrête ici, et vous invite à poursuivre.

M.G

Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel.

C’est le troisième de Blondel que je lis après Et rester vivant (la rédemption,) Accès direct à la plage et celui que j’ai préféré, je lui trouve plus de fluidité, de pudeur dans l’écriture et j’ai préféré l’histoire, (chronologie du 8 juin 2013 au 7 juillet de l’année suivante, toujours en été et par petites bribes…) tout simplement.

Corentin s’est associé à Yvan son parrain, il est vidéaste amateur et filme les moments de bonheur, véritables comédies humaines, les célébrations de mariage, les préparatifs, le jour J, les cérémonies…et les évoque.

Il est témoin sérieux, taiseux, et il a ce don… qui fait qu’il capte… les moments volés de sincérité, derrière sa caméra, il ouvre un espace de confession, intimiste. Au fil de l’histoire, un nouveau projet émerge, une collection de galeries de portraits, de ces marié(e)s que Corentin garde pour lui, et puis, il la nourrit sa collection, l’enrichit, cherche de nouveaux portraits, des familiers,

son meilleur ami Alexandre,

« Tu es mon meilleur ami, cependant je ne suis pas certain d’être le tien »(..) « Pourtant il me restera toujours une impression de ratage »

  sa mère,

« J’ai terminé, Corentin. Tu sais, ce que je souhaiterais vraiment pour toi, désormais, c’est que tu quittes ta position d’observateur. C’est trop facile. C’est trop confortable.Tu dois revenir de ce côté-ci de la scène. Tu as assez regardé, maintenant.p.81 »

son père, « Parce que Yvan, là, qu’est-ce qu’il fait à part vivoter, hein? T’as envie d’être pareil à quarante ou cinquante ans… »p148… mais aussi Yvan..

tous, lui révèlent un regard sur lui, lui qui observe, est aussi observé,

livre ouvert,

c’est plus intimidant la caméra, c’est vrai,

Mariages de saison -

mais il faut parfois se lancer,« saisir la balle au bond Corentin », ce à quoi Corentin bredouille, mais il finit par répondre…lui-même à la caméra

« …j‘étais englué jusqu’au torse, je ne bougeais plus, l’hiver allait arriver, j’allais geler sur place tandis que la boue entrait par mon nez et ma bouche… »p.166

M.G

La Chamade, Sagan F.

De battre mon Coeur s’est arrêté, trop intense « la Chamade », au chapitre XXV,

« D’après le Littré, c’était un roulement joue par les tambours pour annoncer la défaite,dit un érudit. »

p. 110

« Elle entendait son Coeur battre très fort, aussi fort que le sien.

« _ Ton Coeur bat très fort, dit-elle. C’est la fatigue ?

_Non, dit Antoine , c’est la chamade.

_Qu’est-ce que c’est exactement que la chamade?

_Tu regarderas dans le dictionnaire. Je n’ai pas le temps de t’expliquer maintenant. »

p. 136

« Elle attendait, elle attendait que son Coeur reparte, que le jour éclate, que n’importe quoi, un coup de téléphone, une bombe atomique, un hurlement dans la rue vienne couvrir son propre cri muet. Mais rien n ‘arrivait et les oiseaux continuaient de piailler dehors et c’était odieux, cette frénésie, ce désordre. »

Roman bercé au rythme de trois saisons,

 

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« le printemps », royal, pour éclore les bourgeons, 153 pages,

« l’été » fébrile, épanouissement insouciant, le temps d’un chapitre, fulgurant,

enfin « l’automne », prévisible désuétude , échos au « Soleil si doux au déclin de l’automne » in Adieux à la campagne, Berang.

 Quand Sagan présente Chamade, archive INA…

M.G

Accès à la plage,,Jean-Philippe Blondel.

 

1er roman de Blondel,

court,

tout en légèreté,

qui fleure bon l’estival, chassés-croisés d’une galerie de personnages (l’ado, la mère/le père de famille…) qui évoluent au fil de quatre plages, de Capbreton en 1972, à Arromanches en 2002…

Chaque partie (4) construite autour de cinq narrateurs, qui évoquent un épisode, une tranche de vie, comme un souvenir intime,

c’est comme découvrir l’histoire par un petit bout de la lorgnette, et_________

agencer les pièces d’un puzzle avec Philippe Avril qui ouvre et clôt le roman, entre-temps, trente années se sont écoulées,

le petit garçon a grandi.

Le temps passe mais les velléités et traces laissées par les vacanciers se ressemblent, un genre d’universalisme, le doux ballet des épisodes de vacances: les familles et le traditionnel « club Mickey », les célibataires et les conquêtes prometteuses, les couples…

L’accès aux petites mesquineries,

aux sombres pensées des divers narrateurs contribuent à dresser de véritables portraits de personnages, qui les rend d’autant plus attachants…

Extraits  choisis :

Michel avril (le ronchon) « et puis deux semaines à la mer. Avant, c’était pire. C’était un mois à la mer. Un mois à s’étaler sur des serviettes qui sentent le moisi et qui s’envolent au moindre coup de vent. Sans compter ce que ça nous coûte.(…) Mais non.Faut aller à la mer. Faut regarder les vagues. Faut acheter des glaces à l’eau. Faut acheter de la crème solaire. Faut…. »

Léo Veriniani, (l’ado écrivain prodige)

« Il n’y a qu’une histoire que je ne raconterai pas.

Parce que les mots me manquent.

Parce que chaque fois que j’y pense, je me dis qu’il reste du chemin à faire pour être capable de transcrire cela.

Je vous regarde, Maud.

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Je plonge dans vos yeux , Maud.
Ce sont des abîmes de douceur.

Vous êtes Maud, le personnage central de mes romans futurs. « 

Christophe Courtine (ado rebelle)

« Ailleurs, si seulement je pouvais être ailleurs. Je voulais partir en Espagne avec des copains, mais il n’a pas voulu, bien sûr.(…)

Je me demande comment on peut être épris à ce point de liberté et de démocratie et empêcher son fils de seize ans de partir en vacances en Espagne avec des copains (…)

Ah! ça, Eva, c’est sûr, elle est mieux traitée. Eva c’est sa fille. Sa chouchoute.(…)

Papa? Oui, Eva.Qu’est-ce qu’il y a, mon coeur ?

Papa, tu nous emmerdes.(…)

Tout ça en souriant, le visage doux comme un oiseau tombé du nid, les grands yeux bleus innocents. »

Ce court roman se lit comme une  petite vague déferlante qui suit le flux et reflux de la marée…M.G.

 

 

 

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac.

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Tapie dans l’ombre, la  Thérèse…

Elle semble porter en elle quelque noirceur fascinante et les doutes planent, elle porte quelque chose d’une ombre, la criminelle…semble posséder tous les apprêts de la veuve noire..

« Son charme, que le monde naguère disait irrésistible, tous ces êtres le possèdent dont le visage trahirait un tourment secret, l’élancement d’une plaie intérieure, s’ils ne s’épuisaient à donner le change.p19″

et en même temps Mauriac lui donne des airs d’Emma Bovary, par le ton acerbe et la critique d’une bourgeoisie bien pensante, l’ennui de la provinciale qui cherche d’autres destins, dans lequel Thérèse apparaît anachronisme certain, sortant du cadre, par son statut de  féministe moderne

« .Les femmes de la famille aspirent à perdre toute existence individuelle. C’est beau ce don total à l’espèce; je sens la beauté de cet effacement, de cet anéantissement…Mais moi, mais moi…p165″

Mauriac s’inspire d’un fait divers réel  : Henriette-Blanche Canaby,  est accusée en 1905 d’avoir tenté d’empoisonner son mari ;  mais cette accusation sera rejetée en raison du témoignage de la victime préférant sauver les sacro-saintes apparences que de voir son nom traîner dans l’opprobre.

Le personnage détonne et fascine tant et si bien que Mauriac lui consacre d’autres épisodes avec Thérèse chez le docteur (1933), Thérèse à l’hôtel (1933) et La Fin de la nuit (1935) sans compter les adaptations cinématographiques

 

D’ailleurs, le réalisateur Lucas Belvaux, qui propose une  revisite moderne de La Fin de la nuit et des dernières années de Thérèse (qui n’avait rien lu de Mauriac avant la préparation du film), a « découvert un auteur subversif, d’une modernité inouïe, aussi concerné par les rapports de classe, la politique, que par l’intime, l’humain ».

« Il est fascinant, poursuit-il, que l’on s’attache à Thérèse, ce personnage transgressif et radical, si peu aimable, qui ne renie rien de sa faute. Elle questionne tant Mauriac qu’il lui a consacré quatre romans. »

D’ailleurs Mauriac  avoue en préambule cette fascination pour la créature,

« Beaucoup s’étonneront que j’aie pu imaginer une créature plus odieuse encore que tous mes autres héros.Saurai-je jamais rien dire des êtres ruisselants de vertu et qui ont le coeur sur la main? Les coeurs sur la main n’ont pas d’histoire; mais je connais celle des coeurs enfouis et tous mêlés à un corps de boue » p.6.

M.G

 

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