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Lectures indélébiles Ecritures vagabondes

Journal de bord des lectures, critiques et moments d'écritures

Laura Brams, Patrick Cauvin.

Habituellement, Cauvin, j’adore, j’adhère,

mais pas celui-ci,

Laura Brams par Patrick Cauvin
je l’ai trouvé emberlificoté,

le paranormal et la réincarnation pourquoi pas, ça me plaît cette idée,

mais c’est______long et ____________fastidieux,
pourtant ça partait bien, et j’aime beaucoup l’Egypte ancienne et la période des pharaons, fascinante,
malheureusement, j’ai eu un mal fou à suivre et à croire aux personnages, trop lisses, creux, alors que Cauvin en général assure en finesse psychologique,

et à l’intrigue,

je n’aurai pas dû lire la 4ème qui pour le coup « survend ce roman. » comme « bouleversante histoire d »‘amour écrite avec un humour, une sensibilité et une maîtrise qui font sans doute de LB le meilleur Cauvin » d’où certainement ma déception.

Quelques jolis extraits tout de même: (ne pas être radine )

« Elle en était sûre maintenant : une vie n’était qu’un vie, une étincelle entre deux moments, un passage fugace et réel qui jamais ne se retrouverait, telle était la loi et telle sa grandeur. Laura Brams une fois et une seule. »

« Les hommes fuyaient lançant à la désespérée des ponts d’hypothèses pour aborder les rivages d’éternité… J’amais ils n’admettraient de ne pas être éternellement présents… Le vieux rêve lâche et imbécile : malheureux, humiliés, souffrants et torturés mais éternels surtout, surtout ne pas mourir, ne jamais n’être rien… »

« Je vivrai cette vie parce qu’elle finira et tout son suc, toute sa joie contenue, je l’extrairai de toutes mes forces, car je sais qu’elle n’a de sens que parce qu’un jour elle ne sera plus. »

« Quel mot valait Laura ? Combien de milliards et de milliards de phrases fallait-il entasser pour qu’elles finissent, au terme d’une obscure alchimie, par former cette femme présente, là, entre ses bras, cet équilibre parfait d’âme et de chair, riche de tant de rires, de tendresse, de vie… Peut-être était-ce vrai après tout que l’écriture était proche de la mort… Les paragraphes s’entassaient là-haut, chez lui, sur les feuilles blanches, il changeait la cartouche de son stylo et il ne rendait pas compte qu’il tenait entre ses doigts une arme mortelle, chargée, dont il était la lente victime, combien d’années passées sans Laura ? Combien de nuits semblables auraient-elles pu avoir lieu ? Tant d’années à écrire pour venir à cet instant aveuglant où il savait que rien de compterait jamais davantage que de tenir cette femme entre ses bras, que rien n’avait été et ne serait plus important. « 

Pour finir…celle-ci :

« On ne saura jamais assez que la littérature, et c’est là son mérite à mon avis le plus grand, est l’une des activités les plus reposantes qui soient et qu’étant donné l’aura qui l’entoure elle vous dispense de la plupart des autres : comment mettre un balai dans les mains d’un lascar qui tient une plume avec des yeux rêveurs ?  »

M.G

Article mis en avant

L ‘identité , Kundera Milan.

Hier soir,

ça m’a pris, c’était soit l’Identité, soit la Plaisanterie…une évidence.

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L’identité,

c’est le questionnement de Jean-Marc et de Chantal, sur ce qui les a réunit, eux, parmi la foule, à travers l’imaginaire et le filtre du rêve,

de la confusion…

Qu’est-ce qui fait l’identité?

L’idée d’une marque, d’une traçabilité du soi qui distingue des autres,

la carte d’identité valide cette assertion en partie…

Frontières,

entre le soi, l’intériorité dans toute sa singularité, et la ressemblance..un chevauchement des altérités est-il possible ?

« Etre identique à » c’est ressembler à, accepter un certain mutisme : chacun est différent, particulier mais semblable à lui-même ?

« L‘identité marque la différence autant que la ressemblance. Telle est, d’entrée de jeu, son ambiguïté »,  p.17, L’identité par Anne Marie Drouin Hans, revue Le Télémaque numéro 29, 2006/1, Education et altérité.(P.U.Caen).

L’identité de Kundera pose les jalons d’un questionnement entre quête d’identité, perte d’identité, expressions  diverses et parfois paradoxales de celle-ci,

notion à la croisée du Même, de l’Autre et du Devenir…

De l’identité…Kundera et d’autres…s’y sont penchés, petite sélection :

« C’est toute la beauté des larmes ; elles peuvent avoir deux significations opposées. On pleure de douleur, on pleure de bonheur. Peu de manifestations physiques ont cette identité à deux têtes, comme pour matérialiser la confusion. »

Le mystère Henri Pick de David Foenkinos. David Foenkinos

« D’emblée, notre histoire a mal commencé ils ont décidé de m’appeler Bernard. Enfin, c’est un prénom sympathique. Au cours de ma vie, j’ai croisé quelques spécimens bernardiens, et j’en conserve plutôt un bon souvenir. Avec un Bernard, on peut passer une bonne soirée. Le Bernard impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n’a pas peur de taper dans le dos d’un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom ; il contient la possibilité du précipice. Comment dire ? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Dans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec. « 

La Tête de l’emploi de David Foenkinos – David Foenkinos

« Du milieu de la tempête qui me déracine, me dépossède de mon identité, je veux parfois revenir à l’origine – à mon origine. »

Le discours amoureux Roland Barthes

« C’est dans l’angoisse que l’homme éprouve son délaissement. Fuyant sa liberté, sa subjectivité, il voudrait se perdre au sein du Tout : c’est là l’origine de ses rêveries cosmiques et panthéistiques, de son désir d’oubli, de sommeil, d’extase, de mort. Il ne parvient jamais à abolir son moi séparé : du moins souhaite-t-il atteindre la solidité de l’en-soi, être pétrifié en chose ; c’est singulièrement lorsqu’il est figé par le regard d’autrui qu’il s’apparaît comme un être. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter les conduites de l’enfant : sous une forme charnelle, il découvre la finitude, la solitude, le délaissement dans un monde étranger ; il essaie de compenser cette catastrophe en aliénant son existence dans une image dont autrui fondera la réalité et la valeur. Il semble que ce soit à partir du moment où il saisit son reflet dans les glaces-moment qui coïncide avec celui du sevrage-qu’il commence à affirmer son identité : son moi se confond avec ce reflet si bien qu’il ne se forme qu’en s’aliénant. »

Le Deuxième sexe Simone de Beauvoir

J’ai été frappée à la lecture des 3 occurences au mot « ‘insoutenable » qui parsèment le roman,

loin d’être anodin chez Kundera,

l’écriture est bien plus fluide, une limpidité inhabituelle chez Kundera, qui facilite la compréhension et en même temps est assortie d’une légère déception pour moi, en tout cas,

car ce que je préfère avec cet auteur,

c’est justement… la torpeur intellectuelle, frêle nébulosité, entretenue par les emboîtements et enchevêtrements d’idées, qu’il faut lent—e—-ment démêler… bien plus stimulantes, par leur résistance..

L’identité, Kundera, extraits choisis,

 L’identité …perdu de vue, disparue…

p.11 « …dans ce monde où chacun de nos pas est contrôlé et enregistré, où dans les grands magasins des caméras nous surveillent, où les gens se frôlent sans cesse les uns les autres, où l’homme ne peut même pas faire l’amour sans être interroge le lendemain par des chercheurs et des sondeurs(…) comment se peut-il que quelqu’un échappe à la surveillance et disparaisse sans laisser de traces ? »

L’identité et le Rêve…

« C’est pour cela qu’elle n’aime pas les rêves : ils imposent une inacceptable égalité des différentes époques d’une même vie, une contemporanéité nivelante de tout ce que l’homme a jamais vécu ; ils déconsidèrent le présent en lui déniant sa position privilégiée. »

l’identité et le Présent

« Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c’est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l’intégrité de son moi. Afin que le moi ne rétrécisse pas, afin qu’il garde son volume, il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot et cet arrosage exige un contact régulier avec des témoins du passé, c’est-à dire avec des amis. » p.50

L’identité revêt un caractère entêtant, qui me rappelle, en échos, versant poétique, Mon rêve familier de Verlaine » Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, « Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, « Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, « .

M.G



Article mis en avant

Apocalypse bébé, Virginie Despentes.

Un titre qui annonce la couleur…. l’apocalypse … jaune citron…

une couverture criarde et pétaradante, ( aucun risque de me le faire voler ! )

Rencontre première et tonitruante dans l’univers déjanté de Despentes,

Image associée

peu commun,

l’intrigue m’a paru secondaire,

voire pâlichonne…

Elle m’a semblé plus prétexte à introduire des personnages décapants, dérangeants même.

Le lecteur est complètement accaparé par le personnage de « la Hyène »,

qui épaule « Lucie », enquêtrice débutante qui s’est laissée berner par une adolescente en pleine crise, disparue,( et qui, ne semble pas des plus efficaces),

un duo inédit, mais qui rappelle la technique bien connue du » bon/ méchant flic »

La Hyène,

 prédatrice en puissance,

carnivore chétif,

mais redoutable au flair tout simplement déroutant « C’était inexplicable, mais impératif : la petite avait réclamé toute son attention. Il fallait la retrouver »p.249

Elle ne mâche pas ses mots, aime à provoquer, glauque attitude, et en jubile…

Avis sensibles ou rétifs s’abstenir, langage familier, vulgarités et  un certain cynisme s’accumulent..

Mais?

quelques expressions frappantes P.249 (toujours)

« L’émotion brute, c’est frôler la perte. Autour d’elle les morts accidentelles se multipliaient, les suicides, les overdoses, les petits rhumes suivis de décès surprenants, souvent après un passage a l’hôpital. Plus le temps passait, pourtant, plus son talent s’usait, suivant une courbe inverse à celle de sa popularité.(…) La Hyène est dans la place. (…) En découvrant à quoi ressemblait Lucie, physiquement, elle avait eu un moment de blues : l’héréro-tarte typique, un peu négligée, mais pas assez pour que ça lui donne un genre. No fun, sur toute la ligne »

« Elle se foutait d’avoir le dessus. Ce qui l’accrochait, c’est ce moment précis : deux volontés s’arrachent la gueule » .p244.

Tout ce raffut pour retrouver Valentine, un prénom aux sonorités douces,

bébé presque, qui entonne un

« Je suis la peste, le choléra, la grippe aviaire et la bombe A.

Petite salope radioactive, mon coeur ne comprend que le vice

Transuraniens, humains poubelles,

contaminant universel »

p.276…puis répétition..un roman aux colorations de ravages, nuances explosives…M.G

 

 

 

 

Article mis en avant

Un enfant à ma porte, Ying Chen.

A la lecture,

des impressions et rappels,

sensations de déjà-vu…

Immédiatement, j’ai pensé à l’incipit de Souvenirs pieux de Marguerite Yourcenar…

« L’être que j’appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903, vers les 8 heures du matin, à Bruxelles, et naissait d’un Français appartenant à une vieille famille du nord, et d’une Belge dont les ascendants avaient été durant quelques siècles établis à Liège, puis s’étaient fixés dans le Hainaut. La maison où se passait cet événement, puisque toute naissance en est un pour le père et la mère et quelques personnes qui leur tiennent de près, se trouvait située au numéro 193 de l’avenue Louise, et a disparu il y a une quinzaine d’années, dévorée par un building.

« Ayant ainsi consigné ces quelques faits qui ne signifient rien par eux-mêmes, et qui, cependant, et pour chacun de nous, même plus loin que notre propre histoire et même que l’histoire tout court, je m’arrête, prise de vertige devant l’inextricable enchevêtrement d’incidents et de circonstances qui plus ou moins nous déterminent tous. Cet enfant du sexe féminin, déjà pris dans les coordonnées de l’ère chrétienne et de l’Europe du XXème siècle, ce bout de chair rose pleurant dans un berceau bleu, m’oblige à me poser une série de questions d’autant plus redoutables qu’elles paraissent banales, et qu’un littérateur qui sait son métier se garde bien de formuler. Que cet enfant soit moi, je n’en puis douter sans douter de tout. Néanmoins, pour triompher en partie du sentiment d’irréalité que me donne cette identification, je suis forcée, tout comme je le serais pour un personnage historique que j’aurais tenté de recréer, de m’accrocher à des bribes de souvenirs reçus de seconde ou de dixième main, à des informations tirées de bouts de lettre ou de feuillets de calepins qu’on a négligé de jeter au panier, et que notre avidité de savoir pressure au-delà de ce qu’ils peuvent donner, ou d’aller compulser dans les mairies ou chez des notaires des pièces authentiques dont le jargon administratif et légal élimine tout contenu humain. Je n’ignore pas que tout cela est faux ou vague comme tout ce qui a été réinterprété par la mémoire de trop d’individus différents, plat comme ce qu’on écrit sur la ligne pointillée d’une demande de passeport, niais comme les anecdotes qu’on se transmet en famille, rongé par ce qui entre temps s’est amassé en nous comme une pierre par le lichen ou du métal par la rouille. Ces bribes de faits crus connus sont cependant entre cet enfant et moi la seule passerelle viable ; ils sont aussi la seule bouée qui nous soutient tout deux sur la mer du temps. »

C’est assez étrange d’ailleurs, car les deux textes me laissent en arrière-bouche une sensation désagréable,

le thème abordé sans doute un peu, puisqu’il s’agit du rapport à la maternité,

et à l’ instinct maternel,

4ème:

« Un couple reçoit mystérieusement un enfant, déposé par des forces inconnues dans le jardin. Ce nouveau venu est une sorte de démon, haï par la mère. Révélateur de la mésentente du couple, de l’angoisse de la mère, de la solitude de l’écrivain, l’enfant renverse toutes les valeurs habituelles de la famille et de la vie bourgeoise. Dans ce curieux apologue, Ying Chen fait le procès du sentimentalisme et des conventions sociales et familiales, mais pour exprimer paradoxalement l’amour. Il s’agit d’un « faux » livre autobiographique, mais qui touche à des éléments essentiels de la vie et de la littérature. »

et des relations somme toutes complexes à l’enfant, dont l’arrivée est …don du ciel

« .Je craignais de lui faire mal en le touchant, comme un esthète devant un précieux objet d’art, ou comme un artiste séduit par une oeuvre. p.99 «  mais aussi en un sens,

bouleversement et entrave d’un ordre préétabli, « La perspective de revoir l’enfant plus tard, notre éprouvant rendez-vous du soir, devenait le seul moteur qui me faisait bouger pendant ma journée autrement inoccupée. »p.80 ______de la reproduction de l’espèce aux désirs égoïstes et prolongements narcissiques..

Ying Chen comme Yourcenar adoptent un ton distancié à la chose, à la manière d’une analyse sociologique, la particularité avec Chen, une femme, à laquelle on peine en tant que lecteur à s’attacher, puisqu’elle n’est que rattachée à une initiale,

perte de son individualité,

dépersonnalisation, avec ce personnage principal, caractérisé façon lapidaire :

« la femme de A. »

mais aussi dans le style sobre,

dénué de sensiblerie et d’affect, une image est récurrente…

 » Devant mon enfant, j’étais vite devenue une mère, un ver à soie mourant, et non pas un artiste devant une oeuvre. Je ne pouvais plus me permettre la distance entre le spectateur et l’objet. Il n’y avait plus de rapport entre l’enfant et moi puisque nous étions littéralement confondus en un seul être.J’avais l’impression que l’enfant pouvait sentir toutes mes douleurs sans même les comprendre et sans les exprimer, et que je le connaissais jusqu’au bout des doigts. Nous formions un tas sous le même toit. Dans ces conditions, comment pourrait-il exister un amour quelconque? » p.100/101

 

https://www.images-booknode.com/book_cover/36/un-enfant-a-ma-porte-35910-264-432.jpg

Les appréhensions, questionnements, doutes, angoisses qui peuvent germer dans l’esprit, les rapports à la possession, à l’abandon de soi et de l’enfant, ici il « apparaît » (visibilité/ se montre/évidence et limpidité) presque comme par magie…« On dirait qu’il y avait une réserve, que tout était déjà dans sa tête depuis le début, qu’il était la miniature d’un adulte, un démon dans un bocal fermé, qu’il n’était attendrissant que par sa forme. La chair jeune et parfumée des enfants , leur apparente fragilité et leur déraison ont dérouté tant de parents. p.92 »

Autant de questions qui jalonnent le quotidien de la femme de A. déployant l’éventail de paradoxes et de contradictions de l’amour maternel, inconditionnel , entre évidences et non-dits, conventions sociales, attentes et exigences,

un enfant à ma porte...pas mon enfant, « un » indéfini « ?

un enfant ( laissé/délaissé/trouvé …) comme une tuile, un hasard, une chance inespérée etc…

M.G

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Miscéllanées à l’usage des gens heureux (ou désirant le devenir),Agnès Michaux et Anton Lenoir.

Miscellanées à l'usage des gens heureux (ou désirant le devenir) par Michaux

4 ème :

A savourer dans l’ordre ou dans le désordre, à consulter, à méditer, à partager : plus de 300 histoires, recettes, expériences et citations pour atteindre le nirvâna !

MISCELLANÉES n. m. pl., (miscellanea : choses mêlées, miscere : mêler) Recueil de différents ouvrages de science, de littérature, qui n’ont quelquefois aucun rapport entre eux. Cet auteur a donné d’excellents miscellanées. On dit plus ordinairement, Mélanges. On dit aussi quelquefois, Miscellanea.]

d’après le dict. de l’Acad. française, 2ème éd., 1878.

Compilation de moments,
anecdotes,
recettes,
évidences
pensées…piochées dans un tas de domaines: littérature, cinéma, philosophie..

répartis sous 4 sections:

I. Où l’on reviendra humblement à la source pour étancher comme il se doit une soif éternelle et légitime.

II. Où l’on se penchera éffrontément et voluptueusement sur la place qui convient aux sens et à tout ce qui leur est agréable.

III. Où l’on observera minutieusement chez l’autre ce que l’on souhaite ardemment pour soi et inversement.

IV. Où l’on parcourra le vaste monde et non moins vaste ensemble de petites choses qui le composent pour atteindre allègrement son but.

Disparate,

les extraits et citations sont bien choisis,

mais je n’ai pas aimé l’assemblage tel quel, pas tant que je recherchais une unité, juste que c’est le genre de livre que j’apprécie pour jongler d’un article à un autre, rebondir, et là…je ne m’y retrouve pas, pourtant de jolies alternances de longueurs, des jeux des polices, de la couleur…

 Il s’agit davantage de proposer une photographie pêle-mêle du bonheur :

attentes, exigences, ou relâchement de soi,

ce n’est pas une méthode ou un livre qui recense comment y accèder,

c’est plutôt un hommage pluriel, une anthologie dédiée au bonheur et à ses diverses expressions (art, cinéma, littérature, philosophie…) ,

 sous formes d’extraits choisis, PUZZLE de définitions,versant géographique et appellations des rues, villages,

topographie même,

proverbes, entre aphorismes au rapport mélodieux et refrains musicaux recensés,

car « il en faut peu pour être heureux », « be happy »,

de la méthode Coué à la recette préférée de James Bond,

de Flaubert à Houellebecq, Camus, Rousseau, Roland Barthes, La Bruyère,

Monroe, Einstein, et bien d’autres, cet état de grâce ne cesse d’interroger…

M.G

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Danser au bord de l’abîme, Grégoire Delacourt.

Autre univers,

nouvelle illusion perdue avec Delacourt, après La liste de mes envies et La première chose qu’on regarde,

Danser,Danser au bord de l'abîme par Delacourt
Virevolter, frémir,
vertigineux,
Toute danse suppose mouvements, déséquilibre de soi et des autres, et un partenaire pour tourbillonner,
se laisser aller vers la fluidité,
un accord,
une douce harmonie, si fragile,
c’est sans doute parce qu’elle est inédite, incontrôlable, qu’elle est d’autant plus bouleversante…
Quelques longueurs parfois,
sans tomber dans le pathos.

Juste un éclat,
un bruissement de bonheur, assortie d’une lecture des fêlures, de celles qui ne peuvent disparaître.

Delacourt, c’est la promesse d’une chute, prévisible presque convenue, difficile,

non sans heurt,

mais sans brutalité,

pour « Emmanuelle », ( aima  passé simple révolu, brièveté et trait de caractère de l’héroïne /nu , car dépossédée en un sens, dénudée, mise à nu, découverte / elle, l’ego, juste elle, ailes même)

« J’aurais tant voulu me fracasser, me disloquer en lui, atteindre cette infime frontière entre les choses, ces plaques tectoniques en nous,si sensibles, qui bousculent les sentiments, créent ces microscopiques fêlures,ces routes menant à l’abîme parfois___et d’autres fois, à la félicité. Ni mes desesperances ni son corps broyé que je porte ne m’ont déroutée. »p.319

« Et j ai souri pour moi-même, comme il devait sans doute le faire de son côté ,au même moment, devant son expresso serré, l’anse de la petite tasse épaisse et chaude entre ses longs doigts fins dont je rêvais qu’ils se posent sur mon cou, et l ‘enserrent, doucement, jusqu’à mon ravissement .Mon étourdissement. Ma perte.p.33 »

« Je n’ai pas connu la colère.
Je n’ai pas ressenti de rage.
Pas lacéré ma peau avec des silex.
J’ai perdu beaucoup de mots.
J’ai eu un deuil curieux, sans contrepoids, et je suis devenue le deuil lui-même.p186″

« C’est ce silence troublant qui m’a d’abord envahie,puis comblée .J’ai aimé cette suspension. Ce vide. p.31 »

« Vous me ferez danser?
Oui
Tourbillonner?
Oui
Vous me rattraperez »?

« Dehors, la nuit est noire, assoupie et profonde. Il n’y a pas de vent. Les criquets ne stridulent plus. Un silence terrifiant. Affolant. Alors je deviens un cri. p295 »

et ça me rappelle Munch…

Wikipédia,

Munch Edvard, écrivit dans son journal, le 22 janvier 1892 :

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature . »

Le Cri, tempera, 1893, 91/ 73.50cm.

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M.G

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Tomber sept fois, se relever huit, Philippe Labro.

Dévoré hier soir,

d’un coup,Tomber sept fois, se relever huit par Labro

comme ça,

ça sonne juste,
c’est terrible ce mal du siècle, ce n’est plus le Spleen,

c’est plus insidieux, plus inexplicable, plus étrange, plus sombre,
c’est différent du blues, de la déprime, de la mélancolie,
c’est l’énergie éteinte, l’extinction du souffle vital et du désir qui vous assaille.

Happé,
comme il le dit, alors même que rien ne semble vous prédestiner, comme une malédiction..mais pas fatidique,
une petite lumière suffit à offrir une échappatoire,

je tombe, tu tombes, nous tombons et chutons tous, mais, je, tu, il, elle, ils, elles, _______________
peuvent______________ se relever…

 » L’horreur de la situation, soudain, vous frappe comme un coup derrière la nuque .Alors, il faut s’asseoir sur le rebord du lit. Vous ne pouvez plus avancer. Vous n’osez plus repasser devant la glace. Vous êtes face au rien, au néant. Nietzsche a écrit : « Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi »p.45

Le Narcisse,

« Il peut arriver qu’un déprimé tombe obscurément amoureux de sa brisure. C’est une des perversités de ce mystérieux fléau, avec ce corollaire : le symptôme même de la dépression se nourrit de sa propre nuisance. C’est un monstre qui s’autodévore. p.99″

« Mais on marche.Là réside la différence : on est en mouvement.La dépression, c’est une manière de mort, et la vie, comme la pensée, est mouvement.p.177 »

« Il existe une indescriptible allégresse intérieure à ressentir que votre volonté l’a emporté sur votre démon et que l’estime de soi est revenue, que vous en savez un peu plus sur vous-même. Et que ce nouveau savoir constitue une force. Puisque, au delà de l’estime de soi, vient poindre, comme une lumière pour définitivement tuer la nuit, la maîtrise de soi. « p.211

Pas facile d’écrire sur la dépression, une dédicace  de Labro, pour  » Celle__et ceux qui ont aidé » ,p

pas de remède miracle,

juste un témoignage, quelques conseils qui l’ont aidé et qu’il donne,

l’écriture en mode de recul, distanciation, et sans doute un peu thérapeutique,

il est passé par là, a  réussi à s’accrocher pour émerger, et nous livre avec pudeur son histoire, en toute sobriété.

M.G

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Un bleu d’octobre, Françoise Ascal.

Bleu d'octobre (Un)Je remercie Babélio et son opération Masse Critique, ainsi que les éditions Apogée pour cette sélection.

4 ème :

« Ce recueil rassemble des notes prises entre 2001 et 2012. Il s’inscrit dans la continuité de Cendres vives (1980-1988), du Carré du ciel (1988-1996) puis de La Table de veille (1996-2001). Tenir ces carnets, à travers les années et les saisons de la vie, avec autant d’assiduité que de doutes, relève d’un désir obstiné de « veiller » sur la vie pour mieux l’étreindre, à défaut de la comprendre.  »

Edition Apogée, biographie

Première rencontre pour moi avec Françoise Ascal par le biais de ce recueil.

Concernant la forme, et c’est plutôt rare que je m’exprime, si la couverture cartonnée est agréable au toucher, j’aurai aimé un format plus en adéquation avec le fond, de type carnet, ce qui aurait renforcé le rapport intime aux prises de notes. Et je m’étonnes de ce choix de couleur, sobre, mais intense..il m’intrigue (dû à l’éditeur même, à la thématique?)_________(étant moi-même adepte de petit carnet, pas nécessairement du Moleskine, même si c’est la référence…).

La prise de notes a été épurée, sélectionnée, elle s’apparente quelque peu au journal intime, ce sont des notes de lectures,

impressions du moment,

fugacités,

pensées sporadiques alignées, dont la lecture de prime abord n’est pas facilitée, par l’entreprise même, et qui paradoxalement peut apparaître pour certains lecteurs, plus confortable,

épisodique,

du coq à l’âne.

La prise de note est une extraction singulière, hors contexte, qui fait sens à son auteur et pas nécessairement à son lecteur qui à mon avis, n’accède qu’en partie, à son sens véritable, au visible. L’entreprise peut permettre toutefois une compréhension de l’auteur et des techniques sous- jacentes à l’écriture. »Ratissage de vieux carnets.(…) B.me rappelle que ratisser est une activité partagée par les moines et les jardiniers. »p43

Puis des thèmes communs apparaissent, à l’aune d’une seconde lecture, possible alors, de tisser des liens, éléments de biographie,

les onze ans voient les saisons défiler au gré des champs lexicaux, la nature, les paysages intérieurs se reflètent au travers la vue du « jardin, sous le cognassier.Chaleur et parfum. B. a suspendu un fushia dans les branches. Les ramures retombent avec grâce. Ni contemplation, ni méditation.Juste se laisser traverser. »p.11 « presque l’automne déjà, dans l’ambiance humide, la fraîcheur hâtive, l’abondance de fruits »p.19  qui contrastent avec les lectures plus graves « Lecture passionnante des journaux de Bauchau.Vision émouvante de cet homme de 88 ans, faisant chaque jour sa gymnastique matinale en répétant les mots de Maître Eckhart : « C’est aujourd’hui la fête, la plus grande fête, la fête à l’existence »p.20

Beaucoup de références aux auteurs et de citations extraites, »Louis-René Des Forêts, Michel Onfray, François Cheng, Maurice Bellet, des philosophes et là je me sens plus à l’aise avec Spinoza, Plotin, Nietzsche,Montaigne, Pindare, …

Il s’agit de p.106, « Revenir aux fondamentaux. Tenir le fil, en dépit des inévitables occasions de déstabilisation___contrariétés, colères,tristesses. Penser au souffle, qui ne peut décevoir, qui fait son travail de vie sans question. Le cultiver en conscience, le choyer, le protéger au mieux. »

Aperçu et petite sélection : le rapport à l’écriture

« Où me mène ce texte? A mon insu, la Chapelle de Ronchamp tend à s’amenuiser au profit d’autre chose, plus lié au monde d’aujourd’hui, à mes inquiétudes de société. Ce faisant, j’éprouve une joie à m’éloigner de ce journal. Sentiment de sortir de mon propre utérus.

« Trouver la vérité par l’écriture. La vérité m’intéresse plus que tout, plus que l’écriture.p.20

« Tout dans ma vie est sous le signe de l’arraché. C’est à l’arraché que je parviens à extraire les mots et à me garder vivante. »p.21 et des échos, répétitions qui amorcent de l’importance de cette idée  » Ecrire à partie liée avec l’arrachement. Mais qu’ai-je à arracher ? Rien ne s’impose en toute nécessité. Mon vouloir est cérébral ».p.42 « Levée tôt, mais l’écriture, où est-elle? « Je » fais écran. »

« Nuit d’agitation, en quête des mots manquants. On n’écrit jamais que pour trouver les mots manquants. »p.45

« Mon rapport à l’écriture : encore et toujours »le métier de vivre ». Pas le souci de construire une oeuvre littéraire, mais l’ambition de repousser, si peu que ce soit, une part de ténèbres____en soi comme à l’extérieur »p.45..

Toujours ces préoccupations…et un éclairage,« bleu d’octobre : mon modèle. Voudrais écrire en atteignant cette transparence.La transparence n’est pas la pauvreté. Ecrire transparent donc lisible est souvent compris comme écrire banal, simpliste, sans profondeur.Alors qu’il s’agit d’accéder à une qualité de perception que le dépouillement permet. Où commence-t-il? Où s’arrête-t-il? La simplicité d’une écriture ne va pas de soi. Elle est fruit d’une approche patiente.Une ascèse presque. »p.48

« Personne ne m’a condamné à dire je.Je peux écrire d’un autre point de vue et avec les mêmes exigences.C’est le b.a.-ba de tout écrivain. Alors pourquoi est-ce impossible sous peine de culpabilité, de sentiment d’imposture? »p.64

« Qu’ai-je encore à arracher? Arrachement heureux affirme Marcel Cohen.Pour lui, l’arrachement, au trou est une remontée. Le malheur, c’est l’absence de mots. »

En 2012, de la poétique « Grand ciel bleu lavé par le vent. Lumière du Sud, du moins d’un sud tel que je le rêvais/imaginais. Toujours bien dans cette maison. C’est une expérience frappante. J’ai simplement changé de quelque 50 mètres et changé de niveau. Les deux maisons se font face, elles sont presque jumelles. Pourtant l’une e donnait le sentiment de me vider, l’autre me donne asile et bienfaisance. »p108.

Un recueil donc où l’on peut puiser quelques ondes, s’approprier quelques expressions et/ou se reconnaître, encore faut-il accepter l’intrusion dans cette intimité, ce qui ne va, je pense, pas de soi…sans doute parce que je méconnaissais l’auteur.

M.G

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Récit de vie suite…Les mains bleues et Christophe Martin.

D’actualité, et toujours dans l’idée de tranches de vie,

mouvance de réalisme sociale avec ce petit recueil qui évoque la délocalisation d’une usine Levi’s : le couperet tombe, 541 licenciés, laissés sur le carreau, pour certaines (ce sont pour beaucoup des femmes)…et présentation de la démarche : (édition l’Eglantine)

4ème : » Vingt-cinq ouvrières du textile ont tramé, tissé, coupé, cousu et ourlé pour nous des ribambelles de mots. Elles parlent d’elles, de la vie à l’usine et de l’usine dans leur vie. L’atelier, la maison, les cadences, le ménage, la contredame, les courses, les copines, les maris, les collègues, les enfants… le tourbillon de leur vie. Un beau jour, un mauvais jour de 1999, l’usine a fermé. Que sera demain ? Que faire ? Parmi les 541 licenciés de l’usine Levi’s à La Bassée (Nord), combien ont retrouvé du travail avant fin 2000 ? Vingt-cinq ont relevé le défi de l’écriture avec Christophe Martin, auteur de théâtre. Elles donnent du travail à un metteur en scène, des musiciens, un chorégraphe, et aussi à un éditeur, un illustrateur, un imprimeur, etc. A quand leur tour ?

Les mains bleues et Christophe Martin par Les Mains bleues

Les tons sont variés : colère, tristesse, amertume, dégoût, avec des textes comme « Rayons de soleil » »l’usine », »machines »je n’irai jamais », « sois sage ô ma douleur », « deuxième journée » chômage » ou le plus virulent mais non dénué d’un certain humour « lettre au pdg de l’usine »p.106. et alternance des voix,  par la forme : dialogue, nouvelle histoire d’une vie construite autour de Lévi’s, lettre, poésie version élégiaque ou complainte, épistolaire…

Préface

« sang bleu »

« Elles sont l’aristocratie du peuple, celles qui ont vaincu le silence et su pleurer et rire entre des lignes qui dansent encore; larmes noires et rire d’or danseront longtemps dans ma mémoire »  « le monde n’est pas une marchandise moins encore une machine. Les mains bleues, langues usées et yeux délavés, cuisinières et couturières célestes.. »p.13

Pas de col blanc, Les Mains bleues..les petites mains, celles qui oeuvrent et se colorent de teinte blue jean, 501, du bleu oui des bleus certainement..d’autres couleurs aussi ici

p29 : énumération » Une atmosphère colorée___un sol gris___des chaises noires___des ventilateurs blancs____des machines bicolores___des blouses roses___des jeans bleus__-des rires___des pleurs___ »

Un douloureux compte à rebours, rétrospectif

« le 15 avril, les lettres de licenciement.

le 16 avril, naissance de mon petit-fils.

le 23 avril, mon mari, mon amour …est parti… »p.56

Archive INA , extrait « https://fresques.ina.fr/mel/export/player/Lillem00024/360×270

Le conflit des générations, la mère et la fille « tu deviendras couturière, ma fille » vous devinez l’enthousiasme débordant de l’ado! et les journées interminables c’est pas métro-boulot-boulot c’est « deuxième journée »

« Mettre les poubelles

faire les poussières

faire la vaisselle

faire la lessive

tondre

laver la cuisine

laver la salle de bain…etc.. »

Puisqu’il faut faire face au désarroi, puisqu’il faut avancer, je choisis cet extrait pour son côté plus piquant…

« Lettre au pdg de l’usine »

Cher enfoiré

Depuis un an que tu m’as larguée, je ne peux t’oublier, toi mon cher pdg.Tant d’amour pendant vingt ans pour au final me laisser tomber, moi, petite Française disciplinée asservie à ta cause, au profit d’une petite Turque pour laquelle tu seras inévitablement le messie.

(…)

Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir fait connaître ces merveilleux endroits si fréquentés et de surcroît gratuits que sont l’ANPE et l’ASSEDIC. Le personnel y est charmant, très compétent et surtout disponible.Je m’étais dit que j’irais peut-être un jour, si l’occasion se présentait.Eh bien, grâce à toi, c’est fait plus tôt que prévu.Mes mains te remercient également, elles toujours si bleues, c’était lassant, maintenant elles sont devenues noires à force de consulter les petites annonces. Histoire de rompre la monotonie. »

126 pages qui témoignent…

M.G

 

 

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Récits de vie…fil conducteur.. Un nouveau coeur, un nouvelle vie, Jean Paul Barthélémy.

Certaines causes vous absorbent et marquent davantage même si vous n’en percevez pas immédiatement le sens.

https://i2.wp.com/www.actusoins.com/wp-content/uploads/2015/10/electrocardiogramme_schema.png

Hier,

j’ai eu l’occasion de rencontrer Jean-Paul Barthélémy, soixante-neuf ans, il m’a conté une tranche de vie, pas banale,

la sienne, et m’a laissé un exemplaire dédicacé de son récit.

Ce fragment intime, autobiographique, relativement court, n’a d’autre but et d’ambition que de se livrer, confier une tranche de vie difficile, une » épreuve » au sens propre, tout en étant « hommage à tous les chercheurs, à tous les praticiens » et un remerciement « au personnel qui l’a soigné  avec tant de compétence, d’amabilité. »p.5

Son portrait est brossé le « je » nous convie d’emblée à la simplicité :

« J’ai toujours aimé le sport. Il est pour moi synonyme de bien-être du corps et de l’esprit », caractérisé par « une véritable passion » p.7, une évidence, que de se définir ainsi, parce indissociable des événements à venir…qui témoigne aussi d’une hygiène de vie/ascèse et d’une combativité certaine. Du cyclisme, de la compétition, puis la course à pied, le semi-marathon rythment sa vie de sportif, entre préparation physique et performance, et des challenges « je possédais les qualités nécessaires pour les épreuves de grand fond. Une idée allait naître de cette constatation : pourquoi ne pas mettre au service des autres ?  » et l’idée germe..le Paris-Troyes, premier essai le quatorze mars 1995 pour collecter des fonds et acheter un fauteuil roulant…un don…puis recommencer…réessayer pour l’association des Paralysés de France…marathons de Paris, Reims…que de courses effrénées…

2001

un accident de parcours, fatigue, essoufflement certain..que se passe-t-il ?

« coup de massue sur la tête »

descente….« infarctus », « malaises »,

« aggravation » et le verdict tombe, tranchant,

urgence vitale, « implantation cardiaque »,

« être sur la liste », souffrir de l’attente,______________ longueurs

des espoirs, des désillusions…de l’angoisse, une obsession des coups de fils , il faut guetter le courrier, chaque lettre est…

Heureusement, la famille le soutient, c’est une béquille vitale « Mon épouse et mes enfants m’encourageaient, me soutenaient, mais j’avais des moments de défaillance où je croyais que, pour moi, tout était fini. »p.12

Un nouveau coeur…greffé,

une nouvelle vie,

remise à zéro des compteurs, des traitements,  effets secondaires, rechute, un suivi régulier, 20 comprimés  mais un « estomac de jeunot » comme il me le disait hier.

Les larmes lui montent encore aux yeux d’en parler, il repense à ce moment fatidique, veille de Noël, où il est devenu rescapé, grâce à un autre.. » je ne pus contenir mon émotion ».

Alors cette nouvelle vie, il s’y engouffre,

et il milite pour le don d’organes…

une histoire de coeur…

M.G

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A dos d’oiseau, Maurice Fombeure.

142 poèmes regroupés,

sous 3 sections,

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elles-mêmes subdivisées :
SILENCES SUR LE TOIT / CHANSONS DE LA GRANDE HUE / BRUITS DE LA TERRE.

Un amoureux de la langue,
recueil inauguré par une dédicace de Paul Claudel,
élogieux,
« Quand on aime de tout son coeur la bonne vieille terre française, les villages français, les petites villes françaises, toutes les choses et tous ces êtres autour de nous qui parlent français, un certain français, un certain vers français, clair et gai comme du vin blanc, et aussi adroit et prompt dans son empressement dactylique que le meilleur Verlaine.La veine de Villon et de Charles d’Orléans. »
Cet hommage à la terre française s’expose par les mots:
de la »cocarde »,du « coq », « pays natal » Bordeaux » « de la musette »,
références qui frôlent le céleste, les « cieux » et « étoiles » « la Grande Ourse » parsèment le recueil …

Un terrien donc, attaché à ses valeurs, de la simplicité, poésie franche, détachée du cérébral et des fioritures,

un retour aux sonorités, le poète pousse la chansonnette et ouvre son regard, porté vers le ciel, il déploie, survole et s’enthousiasme, à dos d’oiseau…
Et puis moi, qui adore les mythologies et cosmogonies en tout genre, je  suis servie, « Jason » Ulysse », » les sirènes »..

« CHANSON POUR DEUX SIRENES

Si je retrouve
Rémulus et la Louve,
Allez-vous-en
Gens des pays pisans,

J’ai le coeur en coeur et la bouche en bouche,
J’ai le coeur en bouche et la bouche en coeur. »….etc…p.31

Certains poèmes sont dépourvus de destinataires mais d’autres le sont, nommément les amis et complices, « à Jean Cocteau » « A.C » A Francis Bout-de-l’An », sans oublier « les femmes « A Carmen » etc…

« JASON
à Jean Cocteau

Quand les douaniers l’arrêtèrent,
Il fumait une pipe en terre.

Il leur dit, le rire mauvais :
« Si l’on vous demande où je vais,
Vous direz que je suis Jason. »

_C’était l’Homme de la Toison.__
(Mais, sans carte d’identité, Il fut tout de même arrêté) ».p.23

Extraits choisis :

« ENFANTS TERRIBLES

Les parents
sont étranges
Pour leurs en-fants–chers anges

Quand ils naissent,
Ils les fessent.
Quand ils meurent,
Ils les pleurent ».p.16

N.B : Maurice Fombeure reçut le Grand Prix de Poésie de la Ville de Paris en 1958 et le Grand Prix de Poésie de l’Académie française en 1980.

Pour finir, celui-ci :

« IMPOSSIBLE ESSOR

Vers une pureté
Impossible et secrète,
J’ai beau chercher ma route
Dans un désert d’orgueil….etc…. » p.193

M.G

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Petit Pays, GaËl Faye.

Petit pays…Résultat de recherche d'images pour "petit pays 4ème de couverture"

c’est la nostalgie enfantine retrouvée, avec une certaine pudeur, un arrière-goût de madeleine proustienne, les mangues, la terre battue, « l’impasse » de Gabriel, l’innocence d’abord..puis il faut bien grandir, quand la guerre frappe à sa porte…impossible d’y échapper, pas de noirceur pour autant, un premier roman touchant, fluidité dans l’écriture…

Petit Pays,

affectueux,

« Burundi,

1992.

Gabriel a 10 ans.

Il vit dans un confortable quartier d’expatriés avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite soeur Ana.

Alors que le jeune garçon voit ses parents se séparer, la guerre civile se profile et, par vagues successives, la violence envahit le quartier ».Prix du roman Fnac 2016, prix du Premier roman français 2016, prix Goncourt des lycéens 2016. ©Electre 2017

Indéniable sens du romanesque, un premier essai réussi…qui me laisse quelque peu perplexe et quasi muette, (plutôt rare) alors je laisse parler Faye, « J’ai écrit ce roman pour faire surgir un monde oublié, pour dire nos instants joyeux, discrets comme des filles de bonnes familles: le parfum de citronnelle dans les rues, les promenades le soir le long des bougainvilliers, les siestes l’après-midi derrière les moustiquaires trouées, les conversations futiles, assis sur un casier de bières, les termites les jours d’orages… J’ai écrit ce roman pour crier à l’univers que nous avons existé, avec nos vies simples, notre train-train, notre ennui, que nous avions des bonheurs qui ne cherchaient qu’à le rester avant d’être expédiés aux quatre coins du monde et de devenir une bande d’exilés, de réfugiés, d’immigrés, de migrants. »

La grande Librairie: pour complèter

Enfin, ma petite sélection :

« Avec le temps, j’avais appris à reconnaître leurs notes sur la portée musicale de la guerre qui nous entourait.Certains soirs, le bruit des armes se confondait avec le chant des oiseaux ou l’appel du muezzin, et il m’arrivait de trouver beau cet étrange univers sonore, oubliant complètement qui j’étais. « p184

« On rêvait beaucoup,on s’imaginait, le coeur impatient, les joies et les aventures que nous réservait la vie. En résumé, on était tranquille et heureux, dans notre planque du terrain vague de l’impasse ».p74

« Dans les provinces assoupies, rien de tel pour tuer le temps qu’un peu de sang à l’heure morte de midi. Justice populaire c’est le nom que l’on donne au lynchage, ça a l’avantage de sonner civilisé.p56/57″

« Nous vivons sur le lieu de la Tragédie. L’Afrique a la forme dun revolver. Rien à faire de cette évidence. »

M.G

 

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L’iliade, Homère…au théâtre.

 

Sonnez les cors !

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Etonnante entrée en scène, épique même, digne de cette glorieuse épopée,

avec ce rappel des forces en présence et le « catalogue des vaisseaux », revue des toponymes, clamés haut et fort,

jolie énumération des présences,

quelles soient humaines ou divines,

avec un accès privilégié à l’Olympe, Zeus, Aphrodite et sa chevelure enivrante, Héra et Poséidon ( le numéro deux ! ).

Mise en scène dépouillée de Pauline Bayle,

5 chaises d’écoliers qui évoluent en  2/1/2,

puis en arc de cercle pour symboliser le siège,

et tous ces seaux sur la scène,

ils sont 9 alignés à droite et gauche de la scène, à quoi servent-ils ?

Rouge sang,

c’est la couleur des avant -bras d’Hector quand ils ressortent du seau et s’arment pour les combats singuliers, violences inouïes, récits de duels…et Achille reste encore en retrait, la boucherie est à venir…

Patrocle revêt ses avant-bras pailletés argent, armure luisante, mais il n’en vient pas à bout…et Achille crie vengeance, lui, armé d’or, mêlé sang, déchaînant la colère des océans  des trombes d’eau et des dieux…Restée fascinée, figée sur un tableau scénique, du haut du balcon,

le massacre d’Achille, splendide et percutant..Belle prestation et lecture de l’Iliade..

Pour vous donner une idée :

M.G

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Risibles amours, Kundera.

La postface de François Ricard est éclairante,

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Risibles amours apparaît comme une oeuvre mineure de Kundera mais on se tromperait à l’apparenter à une oeuvre de jeunesse. Il convient davantage de le considérer comme un « point de départ » une ébauche des oeuvres à venir.

Kundera s’est « trouvé », p.307, avec cette prose narrative, endossant sa posture des paradoxes à travers « la découverte de soi et du roman ».Elle préfigure et contient en germe les prochains textes qui s’épanouiront et se déployeront avec davantage d’envergure. François Ricard poursuit avec une fine analyse de la composition savante du recueil

D 4/ Le Colloque
C  3/ Le jeu de l’auto-stop   ↔      C 5/ Que les vieux morts cèdent la place aux jeunes morts
B    2/La pomme d’or de l’éternel désir        ↔             B 6/ Le docteur Havel vingt ans plus tard
A 1/Personne ne va rire               ↔                    A7/Edouard et Dieu

Effet de symétrie qui encadre le Colloque.

et une explicitation du titre : il ne faut pas se méprendre :

« Il ne faut pas comprendre ce titre dans le sens : amusantes histoires d’amour.L’idée de l’amour est toujours liée au sérieux. Or, risible amour, c’est la catégorie de l’amour dépourvu de sérieux. »(cf L’Art du roman,  Kundera,p.49).

L’ensemble des sept nouvelles évoquent l’amour, l’amour désacralisé, de l’amour lyrique au ludique, des malentendus aux méprises, des impostures aux maladresses, des manipulations aux intuitions…

Personne ne va rire, cynisme assurément,

d’une simple plaisanterie, d’un écart (dont on ne devrait que rire justement,) qui prend de l’ampleur (donc du sérieux, l’apport d’ennuis, de conséquences prévisibles) pour devenir affaire d’Etat et se retourne contre son auteur,

de la simplicité apparente: par bienveillance et pour rester conciliant, refuser d’agir et et fuir, quitte à laisser la situation se détériorer…pour aboutir in fine à « Il me fallut encore un moment pour comprendre que mon histoire (malgré le silence glacial qui m’entourait) n’est pas du genre tragique, mais plutôt comique. Ce qui m’apporta une sorte de consolation ».

La pomme d’or de l’éternel désir,
des stratégies de l’amour et du désir,

du repérage à l’abordage ( « degré supérieur d’activité » ) « Ceux qui, avec vantardise, aiment à se tourner vers le passé insistent sur le nombre de femmes conquises; mais ceux qui regardent en avant, vers l’avenir, doivent d’abord se soucier de disposer d’un nombre suffisant de femmes repérées et abordées »p.65 par un maître séducteur « Qu’il prononce un jugement sur une femme, il me semble que la Nature en personne, la Nécessité elle-même s’expriment par sa bouche » à la manière d’un « impératif catégorique » kantien.

Le jeu de l’auto-stop,

quand le jeu de rôles des amoureux s’emballe, quand le sérieux revient au galop et transforme la femme aimée, innocente, prude, écartelée entre les antagonismes de la timidité à la provocation, de l’immaculée..à la véritable putain, crise d’identités presque, à quel degré de sérieux ? « Les sanglots cédèrent la place à un long pleu; la jeune fille répéta encore longtemps cette émouvante tautologie : « Je suis moi, je suis moi, je suis moi… »

Le colloque

 la plus théâtrale, inaugurale en un sens par sa disposition, composée de 5 actes avec une « Happy end »

« L’histoire reprend donc là où elle s’est achevée hier, mais Fleischman croit y rentrer beaucoup plus âgé et beaucoup plus fort. Il a derrière lui un amour grand comme la mort. Il sent une vague se gonfler dans sa poitrine, et c’est la vague la plus haute et la plus puissante qu’il a jamais connue. Car ce qui l’exalte si voluptueusement, c’est la mort : la mort dont on lui a fait présent ; une mort splendide et revigorante. » (p. 174) »

« Je crois qu’un homme et qu’une femme s’aiment davantage quand ils ne vivent pas ensemble et quand ils ne savent l’un de l’autre qu’une seule chose, qu’ils existent, et quand ils sont reconnaissants l’un envers l’autre parce qu’ils existent et parce qu’ils savent qu’ils existent. Et ça leur suffit pour être heureux. »

Que les vieux morts cèdent la place aux jeunes morts

De la mémoire et des souvenirs au repli, il n’y a qu’un pas à franchir pour rester englué, figé, inerte devant ce souffle de vie alors

«  Vous avez raison, pourquoi est-ce que je résiterai ? »

Est-ce vraiment faire preuve de sérieux, n’est-ce pas même se prendre trop au sérieux?…

Le docteur Havel vingt ans plus tard (échos au Colloque)

« Avez-vous déjà remarquer que ses jambes parlent littéralement quand elle marche?Mon ami, si vous entendiez ce que disent ces jambes, vous en rougiriez, et pourtant, tel que je vous connais, vous êtes un sacré débauché. » p.238 dont le thème rappelle aussi celui de la Pomme, version maturité du grand collectionneur.. « De ses propos, Havel conclut que le bref séjour de sa femme l’avait totalement métamorphosé aux yeux de cette gentille fille musclée, qu’il avait acquis brusquement du charme et, bien mieux : que son corps était pour elle l’occasion de se lier secrètement à une actrice célèbre, de devenir l’égale d’une femme illustre sur laquelle tout le monde se retournait. Havel comprit que d’emblée tout lui était permis, tout lui était promis tacitement, d’avance. » (p. 244)

Edouard et Dieu

« Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi pas sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou. »  Jeu de dupes, élans de folie douce et de démesure certaine:

« Ce qui irritait le plus Edouard, chez Alice, c’était son imperturbable mesure ».p.268 Comme si la raison trouvait son pendant dans la foi, et,

renversement de situation pour Edouard qui dupe sa proie en feintant une conversion religieuse et qui se retrouve lui-même piègé et englué dans sa pseudo foi, la conquête rend la prise quasi inopérante…

« Vous m’avez élevé un monument dans votre mémoire. Nous ne pouvons pas permettre qu’il soit détruit. »p.200

M.G

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Colorimétrie/ variations.

Les gris de jours…

 

Les grisées…

Les tombées crépusculaires..

M.G

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Rapaces versus Scorpion, BD.

Le scorpion -1- La marque du diableLe scorpion -2- Le secret du PapeLe scorpion -3- La croix de PierreLe scorpion -4- Le Démon au VaticanLe scorpion -5- La vallée sacréeLe scorpion -6- Le trésor du TempleLe scorpion -7- Au Nom du PèreLe scorpion -8- L'ombre de l'AngeLe scorpion -9- Le Masque de la Vérité

Deux séries,

dessins de Marini Enrico,

mais scénario de Desberg, beaucoup de similitudes dans les traits du personnage masculin, presque dommage à ce niveau, même si les dessins sont sublimes.

La première sur fond de complot du Vatican, Rome protège tous ses secrets entre chasse  aux reliques et recherche de son histoire personnelle, le Scorpion est un redoutable adversaire, aux allures de Don juan, redouté des hommes pour sa fine épée avec ce mystérieux tatouage de scorpion..et  adulée des femmes, et cette gitane alors…Des airs de Cartouche et de complots autour de la question de l’origine des religions…

Beaucoup de finesse et d’élégance sur cette série et ce personnage, en particulier.
2éme série,toujours Marini, mais scénario de Dufaux,

plus nocturne, plus sombre,

rouge sang,

veine bleue,

en vertu des personnages et du versant fantastique,

 

Rapaces -1- Rapaces 1Rapaces -2- Rapaces 2Rapaces -3- Rapaces 3Rapaces -4- Rapaces 4

Ils sont d’une autre race, les Rapaces,

oiseaux de proie, qui déploient leurs ailes et forcent le respect,

ils sont arrogants, forts, imprévisibles,

Drago et Camilla sont frère et soeur, issus d’une famille d’une longue lignée pur de vampire…mais la hiérarchie et les clans fragilisent l’équilibre de la dynastie, avec une nouvelle faiblesse, un talon d’Achille, alors il faut bien agir…

Donc

Des ressemblances dans les traits, mais deux univers complètement différents, l’un teinté de quêtes, mystères et complots religieux, l’autre plus ancré dans l’univers des créatures fantastiques et de la nuit.

 

M.G

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La pelle du large/ théâtre.

Grande première pour moi avec ce rendez-vous  inédit avec le théâtre d’objets et très jolie découverte, et quel humour !

La Pelle du Large

De Philippe Genty

D’après l’Odyssée d’Homère

Direction artistique : Philippe Genty

Interprètes version française : Hernan Bonet, Antoine Malfettes et Yoanelle Stratman/Anne-Cécile Richard

Interprètes version anglaise (Dustpan Odyssey) : Marjorie Currenti, Angélique Naccache, Simon Rann

Interprètes version espagnole (La Llamada del Mar) : Amador Artiga, Marzia Gambardella, Andrès Martinez Costa


« Quelle histoire commune peut faire écho aux thèmes qui nous habitent et nous questionnent : les frontières, la fuite, l’exil, la métamorphose… et en devenir le prolongement ? Romans, contes et légendes, histoires personnelles, textes sacrés, tout y est passé pour retrouver au bout de ce parcours labyrinthique… l’Odyssée d’Homère, comme un texte à jamais nouveau, immémorial et contemporain, un trésor d’images et de récits plus qu’une œuvre de référence.
Cette histoire nous invite à l’interprétation, à l’évasion. Mais il faut aussi s’évader de l’image que nous en avons, ce que le théâtre d’objets rend possible… »

A la tête d’un astucieux navire fait d’une pelle et d’un manche à balai, voguant sur une mer en rideau de douche, partez toutes voiles dehors rejoindre Ulysse et ses compagnons pour une Odyssée en théâtre d’objets aussi drolatique qu’insolite ! Un chef-d’œuvre de la littérature mondiale à découvrir ou redécouvrir !

un spectacle où on retrouve son âme d’enfant,

joyeux jeu de l’imagination qui anime les objets ,

passoire sur la tête devenue casque et incarnation d’Ulysse, dont se pare tour à tour les comédiens, car il faut que chacun puisse jouer le héros!

Le vaisseau est pelle à balayette,

un éventail pour les grands vents…Attention aux tempêtes, le ballon explose, vagues déferlantes et découvertes des îles sur un fond de mer bleue ou_______ de rideau de douche…

Ulysse brave tire-bouchon,

accompagné de ses acolytes surmonte les obstacles et dangers pour retrouver sa Pénélope.

Une lecture très poétique à travers les jeux d’objets et les expressions langagières toujours à propos, références cinématographiques, pour contrer l’appel de la Sirène, se boucher les oreilles, comment ? Une évidence, l’île est un chou vert frisé, alors je vous laisse imaginer…

Honneur aussi Aux Lotophages mangeurs d’oubli, on oublie, on tourne la page on devient alors o/t/a/g/e/s…Ne pas s’effrayer devant le Cyclope, et Circé la magicienne, ne pas céder aux divers envoûtements , reste l’étape des Enfers, les Cimmériens, ambiance nocturne, traversée dangereuse entre un champignon,… une tomate (prête à devenir coulis)..il faut traverser les ponts, les gouffres, les reflets trompeurs et échos…Il faut bien se retrousser « les manches »pour s’affranchir de ces obstacles, retrouver Télémaque, Pénélope, évincer les prétendants ( bougies qui annoncent leur flamme et brûlent à pourpoint d’impatience, drôle vraiment!), pour finir « bassinée » avec Ulysse, des retrouvailles mousseuses…

Du théâtre d’objets sublimé par le jeu des comédiens, à la mécanique bien huilée, qui donne une légèreté et une touche poétique certaine, j’ai adoré le travail des voix des comédiens… surprenant (transformations des textures, intonations, accents de cartoons, parlé-chanté…), et agréable retour en enfance, à l’innocence, le temps d’un répit.

Je n’en dis pas davantage, et vous offre l’extrait :

« Le bonheur est une bulle de savon qui change de couleur comme l’iris et qui éclate quand on la touche. »

la comédie humaine Honoré de Balzac

M.G


 

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Chanson douce, Leila Slimani…

Certaines comptines enfantines laissent des traces…

J’avoue être légèrement chagrinée, mal à l’aise, quand j’entends maintenant les enfants claironner joyeusement et à tue-tête :

« Alouette, gentille alouette,Alouette, je te plumerai.Je te plumerai la tête Je te plumerai la tête Et la tête Et la tête ( la faute à un film ou une série que j’ai vu, dans lequel un tueur en série d’enfants, opérait en fredonnant ceci..)

Alouette Alouette Aaaaaah ! Alouette, gentille alouette,

Alouette, je te plumerai.

Je te plumerai le bec Je te plumerai le bec

Je te plumerai la tête Je te plumerai la tête

Je te plumerai les yeux Je te plumerai les yeux

Je te plumerai le cou Je te plumerai le cou

Je te plumerai les ailes Je te plumerai les ailes

Je te plumerai le dos Je te plumerai le dos

Je te plumerai les pattes Je te plumerai les pattes

Je te plumerai la queue Je te plumerai la queue » et,

maintenant, j’aurai le même malaise avec

« Une chanson douce Que me chantait ma maman, En suçant mon pouce J’écoutais en m’endormant. Cette chanson douce, Je veux la chanter pour toi Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois.

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La petite biche est aux abois. Dans le bois, se cache le loup, Ouh, ouh, ouh ouh !
Mais le brave chevalier passa. Il prit la biche dans ses bras. La, la, la, la.

La petite biche, Ce sera toi, si tu veux. Le loup, on s’en fiche. Contre lui, nous serons deux.

Une chanson douce Que me chantait ma maman, Une chanson douce Pour tous les petits enfants. Oh ! Le joli conte que voilà , La biche, en femme, se changea,
La, la, la, la
Et dans les bras du beau chevalier, Belle princesse elle est restée, eh, eh, eh, eh

La belle princesse Avait tes jolis cheveux, La même caresse Se lit au fond de tes yeux.
Cette chanson douce Je veux la chanter aussi, Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à  la fin de ma vie,
Jusqu’à  la fin de ma vie.

(Variante pour les 2 derniers)

Oh ! Le joli conte que voilà , La biche, en femme, se changea,
La, la, la, la Et dans les bras du beau chevalier, Belle princesse elle est restée,
A tout jamais

Une chanson douce Que me chantait ma maman, En suçant mon pouce
J’écoutais en m’endormant. Cette chanson douce Je veux la chanter aussi, Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à  la fin de ma vie,
Jusqu’à  la fin de ma vie.

Une écriture fluide, efficace, c’en est même glaçant de… réalisme..On est rapidement capté par l’histoire, aux goûts de conte presque..Quand on a passé les premières pages et notamment la première ligne, celle qui fait échos à l‘Etranger, de Camus ce n’est pas « Aujourd’hui maman est morte »

C’est « Le bébé est mort ».

D’une situation banale, la recherche d’une nounou et des pires craintes maternelles que l’on nourrit, celle de la maltraitance et de perte possible d’un enfant.

Les premières  angoisses de mort prématurée,

puis celles de ne pas assurer,

de ne pas être une bonne mère,

car on ne naît pas parent, encore moins mère, on le devient (si je peux me permettre de reprendre cette célèbre formulation, merci Simone…), trouver l’équilibre entre la lionne, la louve…

Car, enfin, devant cette Marie Popins ambulante, p.29, « Louise ? Quelle chance vous avez d’être tombés sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes enfants.ça a été un vrai crève-coeur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder. », ne faudrait-il pas s’inquièter de cette perfection première? Et en même temps, il faut bien à un moment faire confiance…

à …

« Louise attend. Elle les regarde comme on étudie l’agonie du poisson à peine pêché, les ouies en sang, le corps secoué de convulsions. Le poisson qui frétille sur le sol du bateau, qui tête l’air de sa bouche épuisée, le poisson qui n’a aucune chance de s’en sortir. »p.51

Encore faut-il le savoir…

Dans son petit carnet , celle-ci évoque une « Mélancolie délirante » p.158.

Hector un des garçons jadis gardé, se souvient, son départ comme un déchirement,un deuil presque,

« Il n’a pas su pleurer cette femme qui l’avait quitté car malgré ses huit ans, il avait l’intuition que cet amour-là était risible, qu’on se moquerait de lui et que ceux qui s’apitoyaient faisaient un peu semblant. » et, pourtant,

« Comme s’il avait toujours su qu’une menace avait pesé sur lui, une menace blanche, sulfureuse, indicible. Une menace que lui seul, de ses yeux et de son coeur d’enfant, était capable de percevoir. »p.170.

Louise, elle,

« Elle voudrait voir avec leurs yeux quand ils regardent quelque chose pour la première fois, quand ils comprennent la logique d’une mécanique, qu’ils en espèrent l’infinie répétition sans jamais penser, à l’avance, à la lassitude qui viendra. » p.211

M.G.

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De l’Entrave, Colette à l’Anthologie poétique : liens improbables…

L’Entrave,L'Entrave par Colette

le lien indéfectible et contraignant,

échos à l’insoutenable légèreté en un sens,

« Cela compte, cela pèse, le reste du temps___cela fait beaucoup d’heures… » p.183

René Nérée,

bohème du music-hall et des nuits parisiennes s’en défend, indépendance à la scène en retraite sentimentale, elle compte bien profiter en toute légèreté. C’est sans compter cet éternel appel à la vacuité, à la langueur, qui offre de nouvelles tensions, amusée par la petite May, blasée par l’indécollable Masseau, et ce Jean alors ! Il peut être parfois détestable « Tu excuses en moi tout ce qui te ressemble, de près ou de loin. Tu me passes le mensonge, la colère, une certaine trivialité qui crève en éclats joyeux, car dans l’excès,__qu’il soit de peine ou de plaisir__je dépend de toi. »p.204 « Mais lui doit remonter aux jours de ma perfection première, et revivre, pour les parer d’une poésie posthume, les premières semaines de notre amour, alors qu’il se mit brusquement à croire en moi, à ma durée, à ma soumission totale;___il répète les mots qu’il trouvait pour flatter mes petitesses : mon silence opaque devenait « une sagace rêverie » et cette paresse qui l’offusque aujourd’hui comme l’inertie d’une nomade épuisée, il la proclamait royale…p.205″

Toujours ces jolies descriptions,

temoins des états d’âme, peintures de l’intériorité défigurée,

« Trois cygnes blancs reposent contre le quai, sans dormir, car je distingue le mouvement de leurs cous dépliés et repliés et leur nage sur place trouble l’eau de moires fréquentes, faiblement dorées. Quand dorment-ils? …Ce paysage d’eau noire, de réverbères en guirlandes, m’est doux pour ce qu’il contient de déjà vu, de presque familier. »p90 »

« Le lac est couleur de perle malade, plus pâle encore que le ciel où l’on sent le soleil tout proche, prêt à crever la nue. »p91

« Un rayon de soleil blanc fait danser sur la nappe, en vifs arcs-enciel minuscules, les bluettes du brillant que je porte au petit doigt. » p.101″Le ciel d’un gris délicat, l’horizon, au bout du lac, de montagnes d’argent terne, ce décor de neige et de dégel nous fait à tous trois des mines jaunes de fiévreux. »

qui confèrent à ce roman une touche résolument féminine, intimiste, touches de tragique aussi « 

Dites! dites! rendez-le moi, rendez-le moi! (un ordre, une supplication de René ) Dites_ lui que s’il revient, je sentirai son approche, que s’il était seulement là, dehors, au bout de la rue, je le saurais aussi infailliblement que la feuille altérée par la pluie!…Dites-le lui,__mais surtout dites-lui qu’il revienne, parce que je deviens faible et toute creusée par dedans, et que j’ai peur de mourir sans lui!.. » digne d’un drame shakespearien,

âffres, éthers, et convulsions

implosent en monologues intérieurs

«  (…) C’est un deuil égoiste, qui m’afflige lorsque j’ai besoin, non d’un conseil, mais d’un échange verbal intelligent et désinteressé, qui me divertisse de l’épuisant monologue intérieur. p152″ tout en finesse, retenue et pudeur, et en justesse dans le ton pressant voire op-pressant, les émotions, entre le larmoyant, le touchant sans effleurer le geignant, comme sait si bien le faire Colette…

Doux paralèle, tisser des liens, en lecture simultanée avec

Anthologie de la poésie française du xxème,

Quelques extraits :Résultat de recherche d'images pour "anthologie de la poésie française de claudel a char"

« L’EGALITE DES SEXES

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,

Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.
Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir 
Et s’il semble obéir aux puissance du soir
C’est que ma tête est close, ô statue abattue

Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
Mon désir immobile est ton dernier soutien
Et je t’emporte sans bataille, ô mon image,
Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens »

« L’AMOUREUSE

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mees yeux,

Elle engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s’évaporer les soleils,

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

« PREMIERE DU MONDE

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
II a fermé les yeux pour s’en prendre à ton rêve,
II a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l’herbe
Les routes perdent leur reflet.

Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête ?

Ne peux-tu prendre les étoiles ?
Ecartelée, tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s’en multiplie.

De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
O douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour. »

 

Capitale de la douleur, Paul Eluard.

« Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre
Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac
Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours
Un jour après un jour une nuit après nous. »

Paul Eluard, Le dur désir de durer.

 

PERMANENT INVISIBLE,

Permanent invisible aux chasses convoitées,
Proche, proche invisible et si proche à mes doigts,
O mon distant gibier la nuit où je m’abaisse

Pour un novice corps à corps.
Boire frileusement, être brutal répare.
Sur ce double jardin s’arrondit ton couvercle.
Tu as la densité de la rose qui se fera

René Char, Le Nu perdu.

Il faut se limiter..pas toujours facile, alors je m’arrête ici, et vous invite à poursuivre.

M.G

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Mariages de saison, Jean-Philippe Blondel.

C’est le troisième de Blondel que je lis après Et rester vivant (la rédemption,) Accès direct à la plage et celui que j’ai préféré, je lui trouve plus de fluidité, de pudeur dans l’écriture et j’ai préféré l’histoire, (chronologie du 8 juin 2013 au 7 juillet de l’année suivante, toujours en été et par petites bribes…) tout simplement.

Corentin s’est associé à Yvan son parrain, il est vidéaste amateur et filme les moments de bonheur, véritables comédies humaines, les célébrations de mariage, les préparatifs, le jour J, les cérémonies…et les évoque.

Il est témoin sérieux, taiseux, et il a ce don… qui fait qu’il capte… les moments volés de sincérité, derrière sa caméra, il ouvre un espace de confession, intimiste. Au fil de l’histoire, un nouveau projet émerge, une collection de galeries de portraits, de ces marié(e)s que Corentin garde pour lui, et puis, il la nourrit sa collection, l’enrichit, cherche de nouveaux portraits, des familiers,

son meilleur ami Alexandre,

« Tu es mon meilleur ami, cependant je ne suis pas certain d’être le tien »(..) « Pourtant il me restera toujours une impression de ratage »

  sa mère,

« J’ai terminé, Corentin. Tu sais, ce que je souhaiterais vraiment pour toi, désormais, c’est que tu quittes ta position d’observateur. C’est trop facile. C’est trop confortable.Tu dois revenir de ce côté-ci de la scène. Tu as assez regardé, maintenant.p.81 »

son père, « Parce que Yvan, là, qu’est-ce qu’il fait à part vivoter, hein? T’as envie d’être pareil à quarante ou cinquante ans… »p148… mais aussi Yvan..

tous, lui révèlent un regard sur lui, lui qui observe, est aussi observé,

livre ouvert,

c’est plus intimidant la caméra, c’est vrai,

Mariages de saison -

mais il faut parfois se lancer,« saisir la balle au bond Corentin », ce à quoi Corentin bredouille, mais il finit par répondre…lui-même à la caméra

« …j‘étais englué jusqu’au torse, je ne bougeais plus, l’hiver allait arriver, j’allais geler sur place tandis que la boue entrait par mon nez et ma bouche… »p.166

M.G

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L’art de la conversation?/ Ecriture

« J’appelle Conversation, tous les entretiens qu’ont toutes sortes de gens, qui se communiquent les uns aux autres, soit qu’on se rencontre par hazard, et qu’on ait que deux ou trois mots à se dire ; soit qu’on se promene ou qu’on voyage avec ses amis, ou mesme avec des personnes qu’on ne connoist pas ; soit qu’on se trouve à table avec des gens de bonne compagnie, soit qu’on aille voir des personnes qu’on aime, et c’est où l’on se communique le plus agréablement ; soit enfin que l’on se rende en quelque lieu d’assemblée, où l’on ne pense qu’à se divertir, comme en effet, c’est le principal but des entretiens. »
Chevalier de Méré, De la Conversation.

 

Une petite irruption, fracassante, évitement de fausses notes et de considérations météorologiques, imprévisible, je n’aimais être bousculé de mes pensées multiples.

J’étais, pour cette fin de soirée, honoré de ma flûte galante estampillée millésime, sirupeusement admiratif, candide et gai devant cette toile.C e vernissage était tout simplement délicieux, il laissait deviner les anamorphoses. Ce curateur avait fait un choix plus qu’audacieux, il fallait bien le reconnaître.

Puis,

__ »Et toi, tu fais quoi dans la vie ? » ( A cette ineptie, il était de bon ton de répondre par acronymes, avec suffisance, revers incorrigible annoncé par le tutoiement, il  fallait faire son choix, ENSAPC, ENSAD, ENSBA, ESAAD, ESAIG, pour ne pas déteindre, aussi prétentieusement que possible et avancer un impitoyable « Je suis élève à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris »! ») C’était avec cette phrase qu’elle s’était immiscée, une phrase, somme toute banale, anodine, teintée de curiosité. On ne se connaissait absolument pas,  mais la familiarité semblait naturelle, pas de fausse note, de larsen et pourtant le tutoiement intempestif, ce n’était vraiment pas dans mon tempérament. Je m’offusquais de ces pratiques que je jugeais plutôt vulgaires, j’apparaissais anachronisme totalitaire de mon époque, et pour le coup, aux yeux des autres, complètement impotent, décalé, et cela me convenait plutôt bien. J’avais répondu, donc, tout naturellement, juste à côté :

__ »Moi, je découvre, je tâtonne, je  trébuche dans les regards sourds et les premières respirations, celles qui palpitent et transpirent… »

_ »C’est assez étonnant comme démarche, et peu courant, en effet » avait-elle hâtivement répondu, avant de détaler aussi brusquement qu’elle avait su faire irruption dans mes pensées. Elle avait ce quelque chose de l’Alice de Carroll, mais j’avais su couper court, et ne pas éterniser cette embryon de conversation.J’étais resté pantelant, immobile et songeur, la maudissant de cette interruption inopinée, étais retourné à mes occupations premières, toutes contemplatives, je voulais prolonger ce moment de grâce admirative, et n’ en être détourné, à aucun prix. Après tout, c’est ainsi que je m’inspirais…Je passais d’incommensurables heures, figé devant certaines oeuvres, à l’affût de chaque détail technique que je mémorisais, m’imbibant de chaque demi-teinte et nuance, devinant les coups de crayons des maîtres. Je révérais les romantiques, mais pas uniquement, assujetti à Friedrich, mendiant chaque oeuvre d’un regard nouveau, pour en éprouver davantage. Puis, je retournais dans ma misérable petite mansarde, mais nimbée de cette lumière obséquieuse, je jetais mon dévolu sur ces toiles vierges que j’avais depuis quelques temps dézinguées, fustigées, vieillies, boursouflées..Ce n’était pas mon premier coup d’essai, je poussais le perfectionnisme  jusqu’à manier le pinceau des heures,  poignet tantôt crispé et souple,  pour parachever ma technique et m’approprier celle des autres…Mon éducation aux arts, mon talent avait suffit à faire éclater mon génie à l’école, alors j’avais déserté, je ne cherchais pas la renommée, je ne voulais pas briller, mes apparitions aux vernissages étaient  quasi silencieuses, je voulais l’invisibilité, pour exceller indécemment, le statut de faussaire me convenait parfaitement et je ne cherchais pas à être identifié, je me cantonnais donc à écumer les galeries comme critique d’art officiel. Le reste n’était connu que de moi, je conservais mes faux et savait exactement à quel moment offrir une percée…J’en jubilais d’avance, et je comptais bien garder toujours un coup d’avance, l’invisibilité dans l’évidence, rester dans l’ombre.

M.G

 

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Kundera..La l.e.n.t…e.u.r.

Apprivoiser…

Approcher tout doux ….avec lenteur.

La lecture de Kundera me laisse toujours un tantinet perplexe ???

puis perdue, même noyée,

dans quelques pensées et divagations nébuleuses, kundérien par essence,

comme,

l’esprit englué,

engourdi,

lent…qui, contraste avec la vitesse de lecture, 154 pages lues d’une traite, le temps de la  pause méridienne,

la douce facétie des contraires,

les deux faces d’une même pièce à la Saussure,

indissociable prisme..Eloge de la lenteur, de la flânerie, de l’art de la conversation, du XVIIIème, aux travers de digressions entremêlées:

variations des thèmes : du roman initiatique ? « chp I : » L’envie nous a pris » irrésistible pulsion incontrôlable, contrebalancée presque immédiatement, par l’égarement des pensées sur le chemin au château (qui sera lieu et temps, prétextes aux autres digressions, intertextualités sourdes),

Puis …détail,

happé au visuel…n’est-ce pas inévitable pour la contemplation?

« Regarde »

dit Vera « Regardes-les, tous ces fous, qui roulent autour de nous »..

embrayer alors, sur la « vitesse » comme « forme d’extase dont la révolution technique a fait cadeau à l’homme. »p.10,

satirique à souhait…pas le temps d’y croire, quelques lignes noircies p.11,

le doute est dissipé :

« Pourquoi le plaisir de la lenteur a-t-il disparu ? Ah, où sont-ils, les flâneurs d’antan? » (…) ces vagabonds qui traînent d’un moulin à l’autre et dorment à la belle étoile ? »

annonce de ce qui va suivre « je regarde dans le rétroviseur » tout est dit: en toute simplicité…rétro..

en toute VARIATION,

2ème thème, « Point de lendemain », château, chevalier et triptyque…autour de digressions sur les plaisirs, hédonisme épicurien, art de la conversation « en conversant, la conversation renouée » « la conversation n’est pas un remplissage du temps, au contraire c’est elle qui organise le temps, qui le gouverne et qui impose ses lois qu’il faut respecter » p44

« Sans aucune raison raisonnable elle se trouve maintenant dans l’eau ; elle est là, soumise à son geste dont la signification remplit peu à peu son âme ; elle se sent vivre son suicide, sa noyade, et tout ce qu’elle fera désormais ne sera qu’un ballet, qu’une pantomime par laquelle son geste tragique prolongera son discours muet : » p150

«  soirées galantes et badinages »

Quel art de la mise en scène! « p.44,

de Laclos à Sade, pour en toute morale en arriver à Epicure « Tu vivras caché! » et non en représentation constante, sous les feux des projecteurs à la manière des « danseurs » qui s’accaparent l’espace par leurs gestes « ‘occuper la scène pour faire rayonner son moi » p.29

« cours condensé d’éducation sentimentale » stendhalien,« C ‘est comme si elle lui avait mis dans la main une grenade d’euphorie ».p122

érigé comme « espace si raisonnablement organisé, balisé, tracé, calculé, mesuré » p.47

« Imprimer la forme à une durée, c’est l’exigence e la beauté mais aussi celle de la mémoire. Car ce qui est informe est insaisissable, immémorisable »

pour finir en théorème p.52

« Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. »

incongruité,

au coeur de ce sommet d’entomologistes et de rivalités mesquines pour occuper la scène,

inextricablement,

il faut bien laisser ses marques, eu égard au mouvement »Je dirais même : ou bien nous sommes danseurs, ou bien nous sommes déserteurs « .p102 »

Ballet dEdgar Degas (Musée dOrsay) (3210104203).jpg

 

Fichier:Ballet dEdgar Degas (Musée dOrsay) (3210104203).jpg

 

M.G

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Aparté musical/Analogies titres… Saez Damien

Des textes engagés qui me rappellent ceux de Noir Désir, un grain de voix reconnaissable, la relève est engagée…

Les analogies des titres,

mi-révolté (appel à la rébellion, « jeunesse lève-toi » « Fils de France », mots crus,)

refus de l’esprit grégaire, avec rythme frénétique, refrain scandé comme un appel aux coeurs insoumis,

alterné par des accents poétiques, avec les balancements de l’écorché, lancinant,

qu’il qualifie volontiers de « berceuse »,

douce dualité…

«  J’accuse »…

https://www.images-booknode.com/book_cover/2922/full/j-accuse-2921722.jpg

La volonté d’un  » manifeste » artistique

« Le manifeste. Ni dieu ni maître ». Il durera un an, de juillet 2016 à juillet 2017 avec comme inspiration le 21ème Art : « Art révolutionnaire où l’Art musique et l’Art poésie marient l’Art cinématographique, de satellite en satellite, de concert en concert, instruments de l’opéra populaire »….

ça me rappelle….Breton…

 

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Et….inattendu….. Vian… »J’irai cracher… »

 

https://i2.wp.com/www.cinema-francais.fr/images/affiches/affiches_g/affiches_gast_michel/j_irai_cracher_sur_vos_tombes02.jpg

M.G

 

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Une rose pour Emily et autres nouvelles, William Faulkner.

Choix de ce recueil, artificiel,

 

https://i0.wp.com/a395.idata.over-blog.com/1/35/13/57/12-04/William-Faulkner-Une-rose-pour-Emily.gif

de quatre nouvelles issues des Treize nouvelles, 1 ères oeuvres traduites en français dans les années 1930, il fallait bien choisir un titre pour commencer mon initiation à Faulkner, ça me tentait depuis un moment, je suis tombée dessus par hasard, d’occasion, et je poursuivrai avec celui emprunté à la bibliothèque bien plus connu, Le Bruit et la Fureur.

Lu ce jour, ces quatre nouvelles s’articulent autour des femmes : Miss Emily, Susan Reed, Nancy et Minnie Cooper…La quatrième est celle qui m’a davantage touchée, je reste…comment dire …fascinée devant certaines tournures descriptives ( je marque toujours certains passages du livre, post-it miniatures, marque-pages, cornes..)

paysage intérieur non dénué d’une poésie, d’onirisme…

chapitre III, p.116 « Le jour était mort sous un linceul de poussière.Au-dessus du square sombre enseveli sous la poussière retombée, le ciel était aussi clair que l’intérieur d’une cloche de cuivre. Sous la ligne de l’orient on sentait la rumeur d’une lune deux fois pleine. »

« A l’est, la blême hémorragie e la lune croissait. Elle pesait sur la crête des collines, argentant l’air et la poussière, si bien qu’ils avaient l’air de respirer, de vivre, si bien qu’ils avaient l’air de respirer, de vivre dans une vasque de plomb fondu. Nul bruit, ni d’insecte, ni d’oiseau nocturne ; rien que le souffle de leur respiration et un léger cliquetis de métal contracté, dans les autos. »p118/119

« La lune avait monté, elle glissait très haut, sortie enfin du nuage de poussière sous lequel, au bout d’un moment, la lueur de la ville apparut. »p.123

« Pas un mouvement, pas un bruit, pas  même un insecte. On eût dit que le monde gisait dans l’obscurité, abattu, sous la froideur de la lune et l’insomnie des étoiles. »

qui tranche avec les thèmes plus sombres abordés, la folie et les tourments de l’esprit,

les obsessions, sous versant tragique coloré de tensions raciales et ségrégationnistes, entre « Noir, petit nègre, négresse, négritude, sale négrophile » face au « Mister, Blanc » soupçons et promesses de lynchages, thèmes de la servitude et de l’esclavage…en fin de lecture, notamment de cette quatrième nouvelle, afflux spontané d’images en tête, du Ku Klux Klan…et qui incite à une certaine endurance…et qui me remet en mémoire d’autres travaux et thèses en cours ( notamment l’étude de la mission civilisatrice de l’homme blanc 1830/1914 que j’avais faite en maîtrise etc…) .

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http://www.racisme-etats-unis.sitew.com/

 

 

 

 

 

M.G

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Corto Maltese, Hugo PRATT.

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Trouvé ce tome en bibliothèque,

et première rencontre avec Corto Maltese avec cette édition spéciale et augmentée,

199 pages , les 57 premières servant à poser le cadre des jalons politico-historiques.

Il correspond au 8 ème album ( sur 12 ) en Casterman, mais à la 26 ème aventure sur 30).

Corto est un monument de la culture bande dessinée européenne du XXème siècle, aventurier marin, créé par Hugo PRATT, en 1967, qui nous emmène au gré de ses périples.

Figure de l’anti-héros aux allures romantiques,  aventurier ulyssien par excellence, détaché, solitaire, désinvolte, p.76 Cassandre (version tragique)

 » Tu entreprends un voyage dangereux, Corto, ton chemin est semé d’embûches et de désillusions, toi-même tu seras cause de douleur pour ceux qui te rencontreront »

« Reste sur tes gardes, la Colchide est une contrée mythique, et Jason lui-même finit seul et désespéré. »

Réponse de Corto « Heureusement, je ne suis pas Jason! »

aux yeux des critiques tour à tour « rugissant » ou  » trop sage », il ne peut laisser indifférent.

Résumé de ce tome :

1921-1922 (issu du site officiel, Corto Maltese)

Pendant environ un an, Corto Maltese part à la recherche du trésor d’Alexandre le Grand (qu’il réussira seulement à entrevoir) et de Raspoutine (qu’en revanche il parviendra à retrouver). Parti de Rhodes, il arrive à Adana (Turquie) en décembre, traverse le pays jusqu’à Van, passe en Azerbaïdjan, atteint la Mer Caspienne (traversée en bateau de Bakou à Krasnovodsk), puis arrive dans l’émirat de Boukhara, où il retrouve Raspoutine tout juste sorti d’une prison appelée « la maison dorée de Samarkand », près de Baldjouan, au sud-est de Douchanbé (l’actuelle capitale du Tadjikistan). Là, Corto et Raspoutine sont témoins de la mort du général Enver Pacha (4 août 1922). Ils vont ensuite dans le Kafiristan (région de l’Afghanistan, aujourd’hui appelée Nuristan). La Maison dorée de Samarkand se termine le 6 septembre 1922, quand Corto et Raspoutine franchissent la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan (qui faisait partie à l’époque de l’Empire des Indes).
.

Une planche, parce qu’en matière de bédé, le dessin est plus que nécessaire me semble-t-il…

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Pour poursuivre: Site officiel dedié à Corto Maltese

Enfin, pour ceux qui préfèrent le graphisme ou veulent comparer : vous avez le choix, parmi les  adaptations  de long-métrages d’animation,j’ai choisi celui-là, sur La Maison dorée de Samarkand,

2002, scénario de Henri Colomer. ( partie 1)

 

Enfin, version aquarelle, je ne peux résister…M.G

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Soirée sushi…Agnès Abécassis…

« J’adore les sushis ! » Résultat de recherche d'images

Réplique devenue culte avec Gad Elmaleh,

quelque chose du cliché…

Une petite fringale?
Une envie de grignotage, de frivolité en petites bouchées ?
Alors oui,

ça se lit vite,

(1h30, je dirai cet aprèm…, pour 179 pages,)

bien, un peu comme un magazine féminin…dont on n’ n’attend pas tant qu’il nous informe véritablement,

mais bien davantage, qu’il s’offre à la manière d’un divertissement…poids plume…

Petite soirée de mesquineries,  « La fois où nous nous sommes mis …voyons, quel est le terme exact, une murge ?une misère? une mine? La fois où je me suis laissée entraîner par mes copines poivrotes, pour célébrer ma liberté retrouvée en nous comportant en racailles. Bref, la fois où elles ont vidé deux bouteilles et où j’ai bu un verre et demi, et qu’on est descendues dans mon quartier déchaînées agresser des couples d’amoureux en pleine rue en leur balançant des boules de neige à base de riz cuit dès qu’on en  trouvait qui commençaient à s’embrasser. »,

de puérilités,

et de moments cocasses, drôles, »

« _Je te déteste ! (….) ( dit Rebecca ) Rougeaude, je me laisse tomber au sol, effondrée, vaincue, soumise.(…)

Et c’est parce que je t’adore, ma petite Rebecca, que tu vas me faire un dernier quart d’heure de rameur.Minuscule, le quart d’heure, à peine 15 minutes. Tu me remercieras quand tu sentiras tes abdos ressusciter sous ta graisse.(..)

_On avait dit 15!!(…)

_C’était avant que te ne me mettes dans la tête cette vision de Susan Boyle nue, brrr.

_Je te…hhh…hais.

_Tais-toi, et rame. »

comme une soirée entre copines, ou un peu …vous savez…comme quand on attend patiemment chez le coiffeur et que les langues se délient, petits cancans et compagnie, moments parfois  façon « drama queen  » ou « princesse » et bien plus efficace qu’un rdv chez le psy…

« J’ai soudain l’impression d’être dans une réunion de groupe des Alcooliques anonymes où chacun livre ses soucis les plus intimes. Mais en même temps, qui peut résister à l’attrait d’une oreille bienveillante tendue en direction de sa bouche, hein ? Pas moi, en tout cas. » p.88

M.G

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Colorimétrie/clichés

Un documentaire sur Monet me revient sans cesse en tête et depuis,

je comprends mieux son obsession de la lumière et de certaines teintes bleutées, bleuâtres…shades of blue…Aaron

« Les mots se détachent du ciel bleu. Ils descendent lentement sur la page. Ils disent la légèreté, l’ardeur et le jeu. Ils disent l’amour unique, l’amour terrestre. C’est un amour qui contient Dieu, les anges et la nature immense. Il est infime, minuscule. Il tient dans la gorge d’un moineau. Il dort dans le cœur d’un homme simple. Il s’enflamme dans l’air pur. Il est comme l’air qui manque, il est comme l’air qui surabonde. « 

La part manquante Christian Bobin.

Je ne peux m’empêcher depuis quelques mois de prendre quelques clichés fugitifs, comme des moments volés, arrachés, captés, et je dois dire que le téléphone rend bien justice…

De jolis coins dans le département..ici ..de mémoire,

le dimanche 26/03/17, Lac de Mesnil-st Père,

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Quelques minutes plus tard…

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« La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches d’un monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d’herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnante des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer lentement les volets le soir, dans une fine touche de bleu, bleu pale, bleu-violet,(…) »

La Folle allure Christian Bobin

M.G

 

 

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Fragmentaires…/Ecriture

 

La folie n’est pas que rhétorique pure, c’est une hérésie abrupte de la penseé nébuleuse.

 

M.G

 

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Regards croisés psycho/ciné…

Souvenirs lointains
de licence de philo et d’une prestation orale, que j’avais faite et qui m’a marquée, perspectives croisées de psychologie et sociologie autour des notions d’agressivité et de dangerosité notamment.
Dans ma mémoire, je l’ai attaché indélébile vivace à plusieurs extraits de films, comme « Das Experiment » d’Olivier Hirschbiegel (2001) :
 
:
(remake adapté d’un livre et d’une autre version  The Experiment, qui reprend l’expérience de Stanford*,)
que j’avais trouvé dérangeant et particulièrement dur psychologiquement parlant ;
ce qui ne m’a pas empêché de le revoir, et de tisser des liens avec l’idée de conditionnement,
 le rapport au barbarisme,
et au régime nazi.
Si le langage courant entretient les confusions, celui du discours psychiatrique est plus éclairant quant aux concepts d’agressivité et d’agression, elle dénote d’une tendance à attaquer, issu du latin ad gradere littéralement « marcher vers », » en direction de », et du suffice ite, item de « semblable, comme si », concourrant à l’instinct primaire, seul réfréné, par les interdits et carcans.

Wikipédia *L’expérience de Stanford (effet Lucifer) est une étude de psychologie expérimentale menée par Philip Zimbardo en 1971 sur les effets de la situation carcérale. Elle fut réalisée avec des étudiants qui jouaient des rôles de gardiens et de prisonniers. Elle visait à étudier le comportement de personnes ordinaires dans un tel contexte et eut pour effet de montrer que c’était la situation plutôt que la personnalité autoritaire des participants qui était à l’origine de comportements parfois à l’opposé des valeurs professées par les participants avant le début de l’étude. Les 18 sujets avaient été sélectionnés pour leur stabilité et leur maturité, et leurs rôles respectifs de gardiens ou de prisonniers leur avaient été assignés ostensiblement aléatoirement. En d’autres termes, chaque participant savait que l’attribution des rôles n’était que le simple fruit du hasard et non pas de prédispositions psychologiques ou physiques quelconques. Un gardien aurait très bien pu être prisonnier, et vice-versa.

Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu’on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. L’une des conclusions de l’étude est qu’un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que de nombreux prisonniers furent traumatisés émotionnellement, deux d’entre eux ayant même dû être retirés de l’expérience avant la fin1.

Le film reprend l’expérience et la modifie quelque peu:

une annonce est passée pour trouver des cobayes et un journaliste infiltré va « pousser » l’expérience, les thèmes sont repris fidèlement :   la dépersonnalisation, la déshumanisation, le rapport à la hiérarchie et à l’autorité, ici dans le milieu carcéral, le rôle à s’approprier et le caractère de l’impressionnabilité face à une idéologie …âmes sensibles s’abstenir…

« Vous pouvez créer chez les prisonniers un sentiment d’ennui, de peur jusqu’à un certain degré, vous pouvez créer une notion d’arbitraire par le fait que leur vie soit totalement contrôlée par nous, par le système, vous, moi, et ils n’auront aucune intimité… Nous allons faire disparaître leur individualité de différentes façons. En général, tout ceci mène à un sentiment d’impuissance. Dans cette situation, nous aurons tout le pouvoir et ils n’en auront aucun. »— The Stanford Prison Study video, citée dans Haslam & Reicher, 2003.55

A l’origine, l’expérience s’écoulait sur une durée de deux semaines…six jours ont suffit, atroce et significatif…

Les problèmes éthiques soulevés par cette expérience la rapprochent  sigulièrement de l’expérience de Milgram, menée en 1963 à l’Université Yale par Stanley Milgram. »

Davantage liée à la survie, l’agressivité joue sur le développement de l’individu à travers les forces psychiques et ne saurait en ce sens, être assimilée à de la violence pure.A lier aussi aux approches béhavioriste, psychologique, et à la thèse de J. Dollard, qui envisage l’agression comme « catharsis de la frustration ». La frustration est définie alors comme « l’état d’un sujet auquel les réponses adéquates aux stimulations qu’il reçoit sont interdites. […] L’agression se tourne directement contre la source de frustration ; si elle est à son tour inhibée, elle produit des agressions dérivées ou de l’autoagression » , qu’on pourrait doubler d’une approche éthologique, avec K. LORENZ , d’une énergie « qui s’exprime à l’origine par l’activité et se manifeste ensuite sous les formes les plus différentes, à la fois individuelles et collectives, telles qu’elles résultent de l’apprentissage et de la transmission sociale, depuis la simple affirmation de soi-même jusqu’à la barbarie », neurophysiologique, psychanalytique…
Et, petit parallèle, avec la glaçante interprétation du gardien sadique, ( qui fait sens au regard du film précédent) , »Percy Wetmore » joué par Doug Hutchison dans la Ligne verte, adapté de Stephen King, que je ne peux faire l’économie de citer …
https://lecinemaavecungranda.files.wordpress.com/2015/01/percy-wetmore-the-green-mile-20526440-720-400.jpg?w=736
Pour prolonger la thématique:

ARENDT (H), Du mensonge à la violence, Paris : Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 1972.

CHESNAIS (J.C), Histoire de la violence, Paris : Robert Laffont, coll. « Pluriel », 1981.

MICHAUD (Y), Violence et politique, Paris : Gallimard, coll. « Les essais », 1978.

MOSER (G), L’agression, Paris : PUF, Coll. « Que sais-je ? », 1987,125 pages.

HACKER (F), Agression, violence dans le monde moderne, Calmann-Lévy, 1972, 352 pages.

Larousse universel, 1922, vol 1.

SENNINGER (J.L), FONTAA (V), Psychopathologie des malades dangereux, Paris : Dunot, 1996, 173 pages.

LORENZ (K), L’agression, une histoire naturelle du mal, Paris : Flammarion, 1969.

 HACKER (F), Agression, violence dans le monde moderne, Calmann-Lévy, 1972.

 MICHAUD (Y), La violence, Paris : PUF, Coll. « Que sais-je ? », éd. 1998.

 

M.G

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La Chamade, Sagan F.

De battre mon Coeur s’est arrêté, trop intense « la Chamade », au chapitre XXV,

« D’après le Littré, c’était un roulement joue par les tambours pour annoncer la défaite,dit un érudit. »

p. 110

« Elle entendait son Coeur battre très fort, aussi fort que le sien.

« _ Ton Coeur bat très fort, dit-elle. C’est la fatigue ?

_Non, dit Antoine , c’est la chamade.

_Qu’est-ce que c’est exactement que la chamade?

_Tu regarderas dans le dictionnaire. Je n’ai pas le temps de t’expliquer maintenant. »

p. 136

« Elle attendait, elle attendait que son Coeur reparte, que le jour éclate, que n’importe quoi, un coup de téléphone, une bombe atomique, un hurlement dans la rue vienne couvrir son propre cri muet. Mais rien n ‘arrivait et les oiseaux continuaient de piailler dehors et c’était odieux, cette frénésie, ce désordre. »

Roman bercé au rythme de trois saisons,

 

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« le printemps », royal, pour éclore les bourgeons, 153 pages,

« l’été » fébrile, épanouissement insouciant, le temps d’un chapitre, fulgurant,

enfin « l’automne », prévisible désuétude , échos au « Soleil si doux au déclin de l’automne » in Adieux à la campagne, Berang.

 Quand Sagan présente Chamade, archive INA…

M.G

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Les survivants de l’Atlantique, Mitton.(tomes 1 à 4)

Je découvre cette série,

Résultat de recherche d'images pour "Survivants de l atlantique"Résultat de recherche d'images pour "Survivants de l atlantique"

univers breton,

St Malo, port d’attache de notre héros,

bercé par un idéalisme certain, défenseur de la veuve et de l’orphelin qui, du coup, paye le prix fort. ..

Des bagarres, du sang, des larmes, de l’espoir…du despotisme, de l’injustice…

« _le tyran peut étouffer les Lumières et restreindre les libertés..mais il ne peut tuer l’idée de liberté! Voltaire! (Yann)
__Cela est vrai..et puisque tu me sembles si bien inspiré par la Raison, revenons fort justement à notre version de ce soir!
Où en étions-nous? »

Evolution, au tome 2, épisodes et tranches de vie de « Yann le Scorff », enfermé dans les geoles, 1793, esprit de rebellion et de Révolution,*

hissez haut le pavillon ! Boucheries en pagaille,
guillotine et couperet, aux couleurs de la cocarde puis direction les îles et les traites négrières, sur fond de pirateries et de pillages..._

« Hé les nobles! Faut être bien coiffé pour faire honneur au hachoir national ! Montrez vos nuques aristocratiques! »

L’aventure continue, tome 3 , en 1800, avec un fil conducteur, une nouvelle geole,
pour le rebelle, l’indomptable Yann le Scorff  se retrouve confronté à l’illustre et capricieux Bonaparte, caricaturé et très drôle!!!

sans oublier, cette quête et chasse au trésor et les cartes y menant..

« Souquez droit devant et ancrez un barillet  ! »

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Un petit goût de paradis,

tome 4,« il faut cultiver le jardin » façon Candide de Voltaire…si ce n’est que la réalité vous rattrape et laisse présager de nouveaux massacres en vue, comme le pressent Yann…

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Aux amateurs de pirateries, qui n’ont pas froids aux yeux, et qui suivent aveuglément les idéaux …M.G.

 

 

 

 

 

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Mémoires d’un jeune homme dérangé, Beigbeder.

Le premier d’une trilogie avec Marc Marronnier, Bobo fêtard invétéré, » ricaneur pantalonné » qui bourlingue et nous entraîne dans ces folies éthyliques

« Ce soir-là, j’inaugurai un nouveau cocktail : le « Case Départ ». Un tiers de vodka, deux tiers de larmes »,

jamais à court d’idées loufoques et complètement barrées,

 » Pire : je ne me défilai pas et jouai à la perfection mon rôle de sale-gosse-de-riche-pourri-et-décadent. Je suis difficile à battre sur ce terrain-là.Moins je suis quelque chose, plus je le parais ; moins je pense quelque chose, mieux je le défends. Je n’ai pas fait Sciences po pour rien. »p.53,

déjantées aux antipodes des Mémoires d’une jeune fille rangée de Beauvoir, car « Quitte à être mesquin, autant y aller carrément. Il n’y a que les cercles qui soient vicieux. »p53

« Nous formions ce qu’on appelle un jeune couple dynamique, c’est-à-dire que nos deux égoïsmes se complétaient et que notre paresse sentimentale nous rapprochait considérablement » p. 41

Prémices de L’amour dure trois ans avec un schéma p.45, assez rocambolesque de l’amour (ordonnée) face au temps (abscisse), introduisant le concept de « bostella amoureuse »

pour conclure, in fine, « Comme quoi la rigueur mathématique ne messied pas à l’analyse des sentiments. » p. 46,

rhapsodie de loufoque et de dérision,

préférant au quantifiable  le, « Anne, je divague et sur cette vague je bâtirai mon églogue. »

C’est de moi. » p.60…

« C’est le cogito de l’homme moderne. Ridiculo ergo sum.

C’est dire si j’ai souvent conscience de ma propre existence. p.104..

Je lirai Descartes différemment…bon moment donc avec ce court roman…

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M.G

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Ready to play ? PlayLoud, Playloud, 28/03/2017.

Jolie création écrite par Falk Richter,

adaptée par Jean-Thomas Bouillaguet ,

qui met en scène 4 acteurs performeurs en musique…

Intermittences musicales, sur fond rock,

au gré des 12 pistes, aperçu…

façon album, de « possession »

à « pôle Nord », et au

Paradis blanc de Michel Berger

évocations des relations amoureuses via ces trentenaires, au look assumé « d’adulescents »

( ils restent coincés, écartelés entre des oscillations permanentes et terribles, entre l’ adolescence et ses revers, et l’âge de… raison, se heurtent au principe de réalité, véritables affronts émotionnels, entre syndrome de persécution et dévoration pulsionnelle).

J ‘ai ri,

à l’évocation du syndrome amoureux, celui qui palpite ( les Anglais disent butterflies),

transporte, frénésie ubuesque et touchante, mêlé d’emprise physique,

entre manques et frustrations, stupeurs et tremblements ( je ne parle pas de Nothomb)

« tu es à moi » « Je vais t’arracher le coeur » quasi hurlé!!!!

 perte de contrôle, ( genre c’est quoi ce truc, cet « Alien » qui s’empare de moi, version aliénation/ étrangeté à soi, justement ! ).

Tout ça, à travers les souvenirs comme la chambre d’enfants, la salle de bain,l’appartement, les rêves et ambitions personnelles, les crises,

tour à tour bercés par les voix et rythmes, tantôt glam rock , pop rock, hard rock, punk….l’esprit y est…de Radiohead  à Léonard Cohen, fonction des humeurs vagabondes…

Peinture de ces êtres connectés et délabrés parfois…férus de technologie, collés aux sms et à la Toile, prégnance des images et jeux de rôles, quitte à faire son… cinéma, références à Cronenberg, Lynch, Pasolini en pagaille, sous fond d’interrogations existentielles, de délires névrosés, et une certaine impuissance

« je veux être proche »

« c’est quoi « 

« Précise »

‘C’est trop abstrait!! »

Parce que,  » T’as de beaux yeux, tu sais »

entre folie et cynisme,

infantilisme et  immaturité,

doudous, nounours et coulures guimauve…

A ce titre, j’ai adoré  me souvenir de BjÖrk eT iT’s oh so quiet

qui illustre pour moi parfaitement la pièce,

bribes de vie,

éclats de voix…

Une réussite, et pas seulement de mon point de vue, aux sons des clameurs et applaudissements, car, il fallait bien…

faire du BRUIT.

M.G

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Stats en vrac…

Petit blog,

qui ne s’essouffle pas..

 

Débuté en aôut 2016…

105 articles,

552 vues,

pour 240 visiteurs…

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de France,  des Etats-Unis, du  Canada,

de l’Espagne, de la Belgique,

de l’Algérie,  de la Tunisie,  de la Corée du Sud,

de la Suisse, du  Royaume-Uni, du Liban, de l’ Allemagne,

du Luxembourg, du  Maroc, et de l’ Union européenne.

.Merci et continuons de voyager…M.G

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Accès à la plage,,Jean-Philippe Blondel.

 

1er roman de Blondel,

court,

tout en légèreté,

qui fleure bon l’estival, chassés-croisés d’une galerie de personnages (l’ado, la mère/le père de famille…) qui évoluent au fil de quatre plages, de Capbreton en 1972, à Arromanches en 2002…

Chaque partie (4) construite autour de cinq narrateurs, qui évoquent un épisode, une tranche de vie, comme un souvenir intime,

c’est comme découvrir l’histoire par un petit bout de la lorgnette, et_________

agencer les pièces d’un puzzle avec Philippe Avril qui ouvre et clôt le roman, entre-temps, trente années se sont écoulées,

le petit garçon a grandi.

Le temps passe mais les velléités et traces laissées par les vacanciers se ressemblent, un genre d’universalisme, le doux ballet des épisodes de vacances: les familles et le traditionnel « club Mickey », les célibataires et les conquêtes prometteuses, les couples…

L’accès aux petites mesquineries,

aux sombres pensées des divers narrateurs contribuent à dresser de véritables portraits de personnages, qui les rend d’autant plus attachants…

Extraits  choisis :

Michel avril (le ronchon) « et puis deux semaines à la mer. Avant, c’était pire. C’était un mois à la mer. Un mois à s’étaler sur des serviettes qui sentent le moisi et qui s’envolent au moindre coup de vent. Sans compter ce que ça nous coûte.(…) Mais non.Faut aller à la mer. Faut regarder les vagues. Faut acheter des glaces à l’eau. Faut acheter de la crème solaire. Faut…. »

Léo Veriniani, (l’ado écrivain prodige)

« Il n’y a qu’une histoire que je ne raconterai pas.

Parce que les mots me manquent.

Parce que chaque fois que j’y pense, je me dis qu’il reste du chemin à faire pour être capable de transcrire cela.

Je vous regarde, Maud.

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Je plonge dans vos yeux , Maud.
Ce sont des abîmes de douceur.

Vous êtes Maud, le personnage central de mes romans futurs. « 

Christophe Courtine (ado rebelle)

« Ailleurs, si seulement je pouvais être ailleurs. Je voulais partir en Espagne avec des copains, mais il n’a pas voulu, bien sûr.(…)

Je me demande comment on peut être épris à ce point de liberté et de démocratie et empêcher son fils de seize ans de partir en vacances en Espagne avec des copains (…)

Ah! ça, Eva, c’est sûr, elle est mieux traitée. Eva c’est sa fille. Sa chouchoute.(…)

Papa? Oui, Eva.Qu’est-ce qu’il y a, mon coeur ?

Papa, tu nous emmerdes.(…)

Tout ça en souriant, le visage doux comme un oiseau tombé du nid, les grands yeux bleus innocents. »

Ce court roman se lit comme une  petite vague déferlante qui suit le flux et reflux de la marée…M.G.

 

 

 

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Hiroshima mon amour, Marguerite Duras.

Autant de répliques devenues célèbres:

 Elle : « Hi-ro-shi-ma… c’est ton nom ».

Il lui répond : « C’est mon nom, oui. Ton nom à toi est Nevers. Ne-vers-en-Fran-ce »..

« Tu me tues, tu me fais du bien », « Je te mens, je te dis la vérité » et, bien sûr, « Tu n’as rien vu à Hiroshima »

 

https://i0.wp.com/www.babelio.com/couv/C_Hiroshima-mon-amour_7158.jpeg

 

Le livre retrace le scénario de Marguerite Duras (commande à Resnais,1959) et c’est assez rare, original, ce type de démarche, Duras d’ailleurs reste insatisfaite, perfectionniste dans l’âme :

« Je livre ce travail à l’édition dans la désolation de ne pouvoir le complèter par le compte rendu des conversations presque quotidiennes que nous avions, A.Resnais et moi, d’une part, G.Jarlot et moi,d’autre part, G.Jarlot et moi, A.Resnais. Je n’ai jamais pu me passer de leurs conseils, je n’ai jamais abordé un épisode de mon travail sans leur soumettre celui qui précédait, écouter leurs critiques, à la fois exigeantes, lucides et fécondes. »
Edité en 1960, il s’agit moins d’un travail de retranscription pur,  Duras s’attarde à retracer l’atmosphère cinématographique et offre au spectateur une prise de choix…positionnement radical qui donne au lecteur une justesse dans le ton et le sentiment d’être privilégié, et contribue à laisser une trace dans la mémoire de celui-ci, bien plus efficace.

Il débute avec le synopsis,

« Résumé site Marguerite Duras

Août 1957. L’action raconte l’histoire d’amour que va vivre une jeune femme française, actrice, et un japonais, architecte, qui se rencontrent pour les besoins du tournage d’un film sur Hiroshima et les dégâts qu’on engendré les explosions de la bombe nucléaire. Au fil de leur relation le livre dérive de l’évocation de ces dégâts par le japonais vers le calvaire qu’a vécu la femme lors de la libération, alors qu’elle vivait une relation d’amour avec un soldat allemand. Tondue, rejetée, elle devra fuir sa famille et sa ville pour s’ancrer dans l’anonymat de Paris.

La redécouverte de l’amour avec ce japonais s’inscrit alors dans une volonté de faire table rase de son passé, passé qui ne parvient pas à disparaitre complètement. »

un avant-propos,

puis le scénar lui-même, en cinq parties,

complété par les Appendices et diverses recommandations de Duras sur les personnages par exemple  avec le Portait du  Japonais :

« C’est un homme d’une quarantaine d’années.  Il est grand. Il a le visage assez occidentalisé (… )il ne faut pas que le spectateur dise :…..

Le paratexte et les commentaires de Duras donne une bonne idée et guide la mise en scène de Resnais :

Partie III, italique, paratexte,

« ELLE

Toujours…les amours de …rencontre…Moi aussi…

Passe entre eux un extraordinaire objet, de nature imprécise.Je vois un cadre de bois(atomium?) d’une forme très précise mais dont l’utilisation échappe complètement.Ils ne le regardent pas.Il dit: »

 

Le rythme saccadé des répliques qui fusent, la frénésie, renforcent l’atmosphère incantatoire (renforcé dans l’adaptation par la musique,  juste…sublime ) et le caractère de l’indicible: force de la mémoire,

atomiquement bouleversant,

sous-tendue par l’impossible : les images et les regards impossibles à suivre,

le calvaire à Nevers impossible à dire,

la Bombe et les horreurs impossibles à penser,

la prédominence et la volonté de l’oubli dans la douleur, encombrés par les silences, les déshonneurs multiples…des thèmes proprement durassiens…M.G

 

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Le voyageur imprudent, Barjavel.

Il peut se lire dans la continuité de Ravage..D’ailleurs Barjavel p.127 lui-même nous y invite par un aparté..
Toujours été fascinée par le voyage dans le temps, d’ailleurs j’ai en tête ceci, quand je lis Barjavel, cultissime!

 

les machines et combinaisons expérimentales,j’ai vite été emmenée

avec Saint-Menoux et son scaphandre,

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les boutons à actionner,

jusqu’à, ( même… si…. je le pressentais)

flirter avec l’imprudence,

car tout voyage ne présuppose-t-il pas un moment de lâcher-prise ?

« Le présent n’ existe pas. Vouloir l’ éterniser, c’ était éterniser le néant. »

Les bonds dans le temps sont autant de promesses

 » Ils se croient libres, chantent l’amour, et les yeux et l’âme de leur bien-aimée.(..)Le reste est littérature.p165. »

et de risques :

y aller c’est envisager aussi d’y rester, d’y séjourner, de prolonger les voyages, à se projeter aussi ne passe-t-on pas à côté de ce qui se déroule au présent ? Faut-il alors poursuivre ?
Une quête pour les curieux,

« Il arriva au milieu d’un brouillard gris, singulier, un brouillard sec, qui limitait sa vue à quelques mètres. Le soleil, qui chauffait comme un gueulard de haut-fourneau, lui apparaissait énorme, entouré d’un halo. Un arbre tordait ses branches nues dans l’air surchauffé. Un bruit continu, pareil au grondement d’une cataracte, emplissait les oreilles du voyageur. Il faillit perdre l’équilibre. Le sol venait de céder sous ses pieds. Il regarda. Ses bottes s’étaient enfoncées dans la poitrine d’un cadavre à demi pourri. Un milliard de mouches, dérangées, s’envolèrent autour de lui. Il devina avec horreur la nature de la brume. C’était un peuple immense de mouches qui tourbillonnait et bouchait l’horizon. La somme des innombrables bourdonnements composait ce bruit de chute d’eau et faisait trembler l’air. Une puanteur atroce, visqueuse, bouillonnait sous le soleil. »

pour ceux qui voudraient explorer non pas quelques decennies,

quelques siècles..mais bien davantage des centaines de milliers d’années

…et qui pose d’autres questions d’ordre métaphysique et éthique :

Etre ou ne pas être?

quête du bonheur, l’amour, le progrès et la science, l’existence, la relation au monde, du monde et aux temps..Bref, une jolie aventure pour ceux qui aiment voyager…

M.G

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Une heure quatorze, Stéphanie Bataille.

Image associée

Dévoré ce petit livre ,

1er essai pour moi avec  Stéphanie Bataille, et c’est son premier roman,

140 pages/1h14,

et c’est une réussite, je me suis laissée emporter avec en horizon cette gifle, on la sent venir,

mais c’est de l’ordre de l’inéluctable, inévitable,

pas d’autre issue avec l’Hydre..

. »L’Hydre est un colosse fascinant, un homme de race, un curieux personnage, un étrange animal, un monstre dans un habit de marquis.p64″

« L’Hydre fait très fort.(…) »

« l’Hydre est un pyromane du sentiment. »p.139

dixit l’éditeur et la 4ème :
« Pour s’éprendre il faut se faire aimer, pour se déprendre peut-être aussi faut-il savoir se faire haîr, ce que sait parfaitement faire l’écrivain. »

 

Encyclopaedia Universalis

Hydre de Lerne
Entrer une légende

Hydre de Lerne Né de Typhon et d’Échidna, l’hydre de Lerne est un serpent à plusieurs têtes qui repoussent dès qu’elles sont tranchées. Son haleine est mortelle et, dans son sang, coule un poison foudroyant. Elle fut abattu par Héraclès qui, aidé de son neveu Iolaos, empêcha ses têtes de repousser en brûlant…

 

« Je suis très loin de m’imaginer que le sang va encore couler » p.29

Le « je » mène le combat, déséquilibré ,inégal,

elle, n’a semble-t-il,

aucune chance,

le monstrueux prend de l’envergure et étouffe, sans remords aucun, les adversaires se jaugent, s’observent avant l’assaut final..

 

Moreau : Héraclès et l'Hydre de Lerne.

Héraclès et l’hydre de Lerne, par Gustave Moreau.

M.G

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Le mec de la tombe d’à côté/Grabben i graven bredvid de Katarina Mazetti.

Ce petit roman suédois est agréable à lire,

Place est laissée aux improbables rencontres,

ils tombent littéralement l’un sur l’autre, le lieu est improbable, (le cimetière ?, il y a plus glamour..), des voisins de cimetière en quelque sorte,

https://i0.wp.com/blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/files/2012/11/le-mec-de-la-tombe-dc3a0-cc3b4tc3a9.gif

un peu glauque même,

« Pourquoi il court comme ça,celui-là, avec sa couronne funéraire, qu’est-ce qui se passe, il y a un mort quelque part? »p.48

mais après tout…le hasard, cela marque davantage les esprits,

l’originalité de LA rencontre entre ces êtres, le facteur humain,

« Pour le coup, j’ai compris deux choses.

Elle ne comptait pas avoir d’aautres cadeaux.

Et j’étais tombé amoureux d’elle.

Ce n’était pas exactement un déclic.Plutôt comme quand je touche la clôture éléctrique sans faire gaffe. »

les contraires semblent s’attirer irrésistiblement,

force d’attraction en cause vers ce qui intrigue,

complète, résiste à notre compréhension, étonne, et surtout… surprend. »Amour est le besoin de variation génétique de notre espèce, sinon, il suffirait qu’il y ait des femelles qui se multiplient par parthénogénèse. »p.23

J’ai aimé alterné les regards,

la construction narrative et les focalisations internes: Désirée,la petite bibliothécaire, figure de l’intellectuelle, face à Benny, »le Forestier » avec « son habituel blouson criard » les mains dans la terre,agriculteur, Désirée, Benny, Desirée, Benny..et pour le coup, je préfère la version théâtrale ou cinématographique, que la télévisuelle,qui je trouve,plombe complètement le panache de cette rencontre et des personnages( donc j’épargne vos pupilles)…En tout cas, ce best-seller  traduit chez nous en 2006, aura bien inspiré…

Version théâtre:

Version ciné :

 

M.G

 

 

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Thérèse Desqueyroux, François Mauriac.

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Tapie dans l’ombre, la  Thérèse…

Elle semble porter en elle quelque noirceur fascinante et les doutes planent, elle porte quelque chose d’une ombre, la criminelle…semble posséder tous les apprêts de la veuve noire..

« Son charme, que le monde naguère disait irrésistible, tous ces êtres le possèdent dont le visage trahirait un tourment secret, l’élancement d’une plaie intérieure, s’ils ne s’épuisaient à donner le change.p19″

et en même temps Mauriac lui donne des airs d’Emma Bovary, par le ton acerbe et la critique d’une bourgeoisie bien pensante, l’ennui de la provinciale qui cherche d’autres destins, dans lequel Thérèse apparaît anachronisme certain, sortant du cadre, par son statut de  féministe moderne

« .Les femmes de la famille aspirent à perdre toute existence individuelle. C’est beau ce don total à l’espèce; je sens la beauté de cet effacement, de cet anéantissement…Mais moi, mais moi…p165″

Mauriac s’inspire d’un fait divers réel  : Henriette-Blanche Canaby,  est accusée en 1905 d’avoir tenté d’empoisonner son mari ;  mais cette accusation sera rejetée en raison du témoignage de la victime préférant sauver les sacro-saintes apparences que de voir son nom traîner dans l’opprobre.

Le personnage détonne et fascine tant et si bien que Mauriac lui consacre d’autres épisodes avec Thérèse chez le docteur (1933), Thérèse à l’hôtel (1933) et La Fin de la nuit (1935) sans compter les adaptations cinématographiques

 

D’ailleurs, le réalisateur Lucas Belvaux, qui propose une  revisite moderne de La Fin de la nuit et des dernières années de Thérèse (qui n’avait rien lu de Mauriac avant la préparation du film), a « découvert un auteur subversif, d’une modernité inouïe, aussi concerné par les rapports de classe, la politique, que par l’intime, l’humain ».

« Il est fascinant, poursuit-il, que l’on s’attache à Thérèse, ce personnage transgressif et radical, si peu aimable, qui ne renie rien de sa faute. Elle questionne tant Mauriac qu’il lui a consacré quatre romans. »

D’ailleurs Mauriac  avoue en préambule cette fascination pour la créature,

« Beaucoup s’étonneront que j’aie pu imaginer une créature plus odieuse encore que tous mes autres héros.Saurai-je jamais rien dire des êtres ruisselants de vertu et qui ont le coeur sur la main? Les coeurs sur la main n’ont pas d’histoire; mais je connais celle des coeurs enfouis et tous mêlés à un corps de boue » p.6.

M.G

 

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Le 100 ème billet…

Il pourrait être associé aux lectures…ce serait dommage…donc il sera d’écriture….mais en stand-by…patience…

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Colorimétrie suite…tour d’horizon.

Comme à travers une longue vue…bulles d’horizons et nouvelles nuances, dégradés d’orangés…

« Coucher du soleil. Ciel pur, le disque orange est tangent à l’horizon »,

Paul Valéry.

« Le ciel cramoisi était traversé d’un horizon à l’autre de torsades orange blafardes annonçant une tempête. »

Sable rouge Paul J. McAuley

“Disposant un nuage dans le ciel, une orange dans une assiette, les peintres éclairent ce qu’il reste de jour dans le soir, inventent la juste distance qui permet à l’espace de s’ouvrir, et à l’amour de danser. Christian Bobin , Le Huitième jour de la semaine.

 

 

Les teintes de orange

Abricot, melon, ocre, cuivre, citrouille, corail, papaye, tangerine, roux, carotte, safran …

Teintes de ornage Abricot, melon, ocre, cuivre, citrouille, corail, papaye, tangerine, roux, carotte, safran ...

Si après ça vous manquez de vocabulaire pour les couleurs…M.G.

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Un tout petit rien, Camille Anseaume.

 

L’histoire d’un choix,

auto-fiction assumée,

loin d’être anodin,

ils partagent des nuits, mais pas de projection, alors un bébé….n’en parlons pas…

Le « je »

nous raconte tout doux les étapes traversées, les doutes démultipliés par la montée hormonale, la perdition et le stratégies, les choix et les différents possibles (idéal ?), l’accueil de la nouvelle par les proches et la famille (phénomène de transfert, relations mère/filles, , la fratrie , les copines) l’idée de la famille monoparentale et les peurs associées, sans jugement aucun et avec une certaine légèreté, un recul, dans le ton…non dénué d’humour..

P.25  « L’ascenseur de son immeuble est aussi petit que le hall est sapcieux. En montant dedans, je me demande si un jour j’y entrerai avec un ventre que j’aurai du mal à caser. Une chose est sûre, si c’est le cas, il n’y aura pas de place pour un papa.

Le symbole me saute à la gueule.

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Ma vie est un acsenseur de l’avenue de la Boulonnais. »

p.115  » Trois mois de retenue, d’émotions contenues.

Je lâche tout, comme une amoureuse qui aurait retenu ses élans trop longtemps, et qui d’un coup dirait tout, donnerait tout, jusqu’à l’épuisement, jusqu’à l’étouffement.(…) J’en fais des tonnes et je suis partout en toi, autour de toi, sans relâche je reviens t’asaillir, t’assiégier, te toucher, te caresser, je ne te lâche plus d’une semelle…. »

Et puis la grossesse avance..p.189

le tout petit rien…… devient Tout…

« En position debout, mon ventre encombré par son propre poids est tendu, comme prête à exploser.Je me demande d’ailleurs où il ira chercher l’élasticité nécessaire aux quelques semaines qu’il te reste à grandir ici. »

Le moment tant attendu de l’échographie

« Je t’apprendrai à ne pas gâcher, à ne rien gaspiller. Pas une seconde de vie, pas une branche de brocoli. »

J’ai découvert ce premier titre et cette auteure, au demeurant sympathique, qui se lit plutôt bien, donc je recommande…et pour les plus curieux :

Blog de Camille

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M.G

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Et tu trouveras le trésor qui dort en toi, L.Gounelle.

Un titre prometteur, une jolie couverture…

j’étais si impatiente que je l’ai lu aujourd’hui..Et je dois avouer une petite déception, j’ai adoré Dieu voyage toujours incognito, Le jour où j’ai appris à vivre, Le philosophe qui n’était pas sage…Mais je n’ai pas retrouvé ce qui me plaisait chez Gounelle, cela reste agréable à lire,( 328 pages).

Alice, jeune active dynamique menant une carrière ambitieuse

rezoomtrouve Jérémie son ami d’enfance, devenu prêtre, mis en difficulté devant une paroisse de fidèles de plus en plus désertée..

Comment ramener et délivrer la foi, la vérité devant une assemblée vide? Alice, athée , et devenue spécialiste de la communication par la force des choses (le jeu des contrastes/oppositions/antithèses) se donne alors pour mission de ramener les brebis égarées. Ce défi qu’elle compte relever l’oblige alors à tenter de comprendre les enjeux de la foi, de s’ouvrir au christianisme, au bouddhisme en passant par le taoïsme et l’hindouisme.

L’histoire tient la route,

je regrette juste une vulgarisation et une simplification compte tenu des thèmes abordés qui donne au tout une allure d’écriture à la  va-vite  à laquelle Gounelle ne m’avait pas habitué…Toujours dans la veine du développement personnel (l’ego/le rôle de la méditation, le lâcher-prise, le coaching…), quelques passages sympathiques, les petites touches (trop rares !) d’humour, mais à la fin demeure un goût d’inachevé et de superficiel…dommage…

Quelques révélations (au sens biblique!! ):

P.200 « Est-ce que j’ai une tronche à méditer deux heures par jour , assis en position de lotus devant trois galets superposés près d’unb bassin à nénuphars? »

P.187 « Eh bien, en fait, c’est son ego qui chialait, parce que sa bagnole, c’était comme le prolongement de lui-même, elle contribuait à sa valeur personnel, et il devait exister aussi à travers elle. Finalement, c’était un peu une partie de lui qui avait été défoncée et il pleurait. »

P 99″Quelques mètres plus loin , le laveur de carreaux montait sur sa nacelle, prêt à s’élever le long de la paroi verticale pour accomplir sa mission quotidienne. Ce grand Sénégalais était une figure familière de tous les occupants de la tour. Il jouissait d’une sorte de droit d’intrusion permanent àvos côtés, au moment où vous vous y attendiez le moins : tandis que vous étiez au téléphone (…) il surgissait sans prévenir derrière la vitre, vous adressant un large sourire ultra-brite, ou prenant au contraire une expression outragée, les yeux exorbités, en faisant mine de vous surprendre dans une activité inavouable.Alice avait échangé (…….)

_Votre métier est plutôt ingrat (…)

_Pas du tout! avait-il protesté. Grâce à moi, les gens voient mieux le monde »

De la sagesse à l’élévation, le petit laveur de vitre, du haut de sa nacelle avait déjà tout compris,

lui,

avait déjà déterré son trésor…M.G

 

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Colorimétrie suite……

 

Des clichés quelque peu givrés…

nuances de gris, blanc…les paysages semblent davantage figés…comme irréels…

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Alors poursuite..pour le plaisir du vocabulaire…

Les teintes de gris

Ardoise, taupe, perle, fer, étain, mastic, plomb, souris, vert de gris, argent, anthracite …

teintes de gris Ardoise, taupe, perle, fer, étain, mastic, plomb, souris, vert de gris, argent, anthracite

M.G

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L’hirondelle…du haiku à Noir désir…

Petite compilation….de l’hirondelle…

Haïkus

Le haïku , une forme japonaise de poésie permettant de noter les émotions, le moment qui passe et qui émerveille, étonne, façon envol, de forme très concise, dix-sept syllabes en trois vers (5-7-5).Dix-sept temps en japonais (une syllabe a un ou deux temps), un nombre restreint dans d’autres langues (l’anglais s’accommode de 3-5-3).

風に乗って軽くのし行く燕かな
(かぜにのってかるくのしゆくつばめかな)

Sur l’aile du vent
Légère et lointaine
L’hirondelle

Si je pouvais être

L’hirondelle

Qui tout entière se donne à ses pensées

Sōseki Natsume (1867-1916) a laissé plus de 2500 haïkus. Parmi les 135 publiés dans le petit livre Haïkus, traduction et notes d’Élisabeth Suetsugu, illustrés de peintures et calligraphies de l’auteur (Philippe Picquier, 2009.)

Du poétique donc…

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Soir d’hirondelles,
demain encore
je n’aurai rien à faire

Issa (Kobayashi Issa), 1763 1827.
*****

Mon coeur bat
comme une houle
d’hirondelles

Yotsuya Ryû, né en 1958.

De la narine du grand Bouddha
jaillit
une hirondelle

Kobayashi Issa (1763-1827).

Sur l’image sainte
elle lâche une fiente,
l’hirondelle !

Yosa Buson (1716-1783).

Peintures hirondelles

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En littérature…joli…

« L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture. »

  • Journal 1887-1910, Jules Renard, éd. Actes Sud, 1995 , 8 mai 1900, p. 29

 

Les Fables de La Fontaine – Livre I, Fable 8 – 1661-1693

Une hirondelle en ses voyages
Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu
Peut avoir beaucoup retenu.
Celle-ci prévoyait jusqu’aux moindres orages,
Et devant qu’ils ne fussent éclos,
Les annonçait aux matelots.
Il arriva qu’au temps que la chanvre se sème,
Elle vit un manant en couvrir maints sillons.
«Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons:
Je vous plains, car pour moi, dans ce péril extrême,
Je saurai m’éloigner, ou vivre en quelque coin.
Voyez-vous cette main qui, par les airs chemine?
Un jour viendra, qui n’est pas loin,
Que ce qu’elle répand sera votre ruine.
De là naîtront engins à vous envelopper,
Et lacets pour vous attraper,
Enfin, mainte et mainte machine
Qui causera dans la saison
Votre mort ou votre prison:
Gare la cage ou le chaudron!
C’est pourquoi, leur dit l’hirondelle,
Mangez ce grain et croyez-moi.»
Les oiseaux se moquèrent d’elle:
Ils trouvaient aux champs trop de quoi.
Quand la chènevière fut verte,
L’hirondelle leur dit: «Arrachez brin à brin
Ce qu’a produit ce mauvais grain,
Ou soyez sûrs de votre perte.
-Prophète de malheur, babillarde, dit-on,
Le bel emploi que tu nous donnes!
Il nous faudrait mille personnes
Pour éplucher tout ce canton.»
La chanvre étant tout à fait crue,
L’hirondelle ajouta: «Ceci ne va pas bien;
Mauvaise graine est tôt venue.
Mais puisque jusqu’ici l’on ne m’a crue en rien,
Dès que vous verrez que la terre
Sera couverte, et qu’à leurs blés
Les gens n’étant plus occupés
Feront aux oisillons la guerre;
Quand reglingettes et réseaux
Attraperont petits oiseaux,
Ne volez plus de place en place,
Demeurez au logis ou changez de climat:
Imitez le canard, la grue ou la bécasse.
Mais vous n’êtes pas en état
De passer, comme nous, les déserts et les ondes,
Ni d’aller chercher d’autres mondes;
C’est pourquoi vous n’avez qu’un parti qui soit sûr,
C’est de vous enfermer aux trous de quelque mur.»
Les oisillons, las de l’entendre,
Se mirent à jaser aussi confusément
Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre
Ouvrait la bouche seulement.
Il en prit aux uns comme aux autres:
Maint oisillon se vit esclave retenu.

Nous n’écoutons d’instincts que ceux qui sont les nôtres
Et ne croyons le mal que quand il est venu.

Déja, la première hirondelle… – 1872
(Alphonse de LAMARTINE)
Epîtres et poésies diverses

Déjà la première hirondelle,
Seul être aux ruines fidèle,
Revient effleurer nos créneaux,
Et des coups légers de son aile
Battre les gothiques vitraux
Où l’habitude la rappelle.
Déjà l’errante Philomèle
Modulant son brillant soupir,
Trouve sur la tige nouvelle
Une feuille pour la couvrir,
Et de sa retraite sonore
Où son chant seul peut la trahir,
Semble une voix qui vient d’éclore
Pour saluer avec l’aurore
Chaque rose qui va s’ouvrir.
L’air caresse, le ciel s’épure,
On entend la terre germer;
Sur des océans de verdure
Le vent flotte pour s’embaumer ;
La source reprend son murmure ;
Tout semble dire à la nature :
« Encore un printemps pour aimer! »

Ce que disent les hirondelles
(Théophile GAUTIER 1811-1872)
Recueil : Emaux et camées

Déjà plus d’une feuille sèche
Parsème les gazons jaunis ;
Soir et matin, la brise est fraîche,
Hélas ! les beaux jours sont finis !

On voit s’ouvrir les fleurs que garde
Le jardin, pour dernier trésor :
Le dahlia met sa cocarde
Et le souci sa toque d’or.

La pluie au bassin fait des bulles ;
Les hirondelles sur le toit
Tiennent des conciliabules :
Voici l’hiver, voici le froid !

Elles s’assemblent par centaines,
Se concertant pour le départ.
L’une dit :  » Oh ! que dans Athènes
Il fait bon sur le vieux rempart !

 » Tous les ans j’y vais et je niche
Aux métopes du Parthénon.
Mon nid bouche dans la corniche
Le trou d’un boulet de canon. « 

L autre :  » J’ai ma petite chambre
A Smyrne, au plafond d’un café.
Les Hadjis comptent leurs grains d’ambre
Sur le seuil d’un rayon chauffé.

 » J’entre et je sors, accoutumée
Aux blondes vapeurs des chibouchs,
Et parmi les flots de fumée,
Je rase turbans et tarbouchs. « 

Celle-ci :  » J’habite un triglyphe
Au fronton d’un temple, à Balbeck.
Je m’y suspends avec ma grille
Sur mes petits au large bec. « 

Celle-là :  » Voici mon adresse :
Rhodes, palais des chevaliers ;
Chaque hiver, ma tente s’y dresse
Au chapiteau des noirs piliers. « 

La cinquième :  » Je ferai halte,
Car l’âge m’alourdit un peu,
Aux blanches terrasses de Malte,
Entre l’eau bleue et le ciel bleu. « 

La sixième :  » Qu’on est à l’aise
Au Caire, en haut des minarets !
J’empâte un ornement de glaise,
Et mes quartiers d’hiver sont prêts. « 

 » A la seconde cataracte,
Fait la dernière, j’ai mon nid ;
J’en ai noté la place exacte,
Dans le pschent d’un roi de granit. « 

Toutes :  » Demain combien de lieues
Auront filé sous notre essaim,
Plaines brunes, pics blancs, mers bleues
Brodant d’écume leur bassin ! « 

Avec cris et battements d’ailes,
Sur la moulure aux bords étroits,
Ainsi jasent les hirondelles,
Voyant venir la rouille aux bois.

Je comprends tout ce qu’elles disent,
Car le poète est un oiseau ;
Mais, captif ses élans se brisent
Contre un invisible réseau !

Des ailes ! des ailes ! des ailes !
Comme dans le chant de Ruckert,
Pour voler, là-bas avec elles
Au soleil d’or, au printemps vert !

 

Et en échos, version musicale, Noir Désir

 

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à l’envers, à l’endroit

A l’endroit, à l’envers, à l’envers, à l’endroit

Y’a t’il un incendie prévu ce soir dans l’hémicycle
On dirait qu’il est temps pour nous d’envisager un autre cycle
On peut caresser des idéaux sans s’éloigner d’en bas
On peut toujours rêver de s’en aller mais sans bouger de là

Il paraît que la blanche colombe a trois cents tonnes de plombs dans l’aile
Il paraît qu’il faut s’habituer à des printemps sans hirondelles
La belle au bois dormant a rompu les négociations
Unilatéralement le prince entame des protestations
Doit-on se courber encore et toujours pour un ligne droite ?
Prière pour trouver les grands espaces entre les parois d’une boîte
Serait-ce un estuaire ou le bout du chemin au loin qu’on entrevoit
Spéciale dédicace à la flaque où on nage, où on se noie

Autour des amandiers fleurissent les mondes en sourdine
No pasaran sous les fourches caudines

L’appartement

Avec ou sans toi, j’ai quelques problèmes
Tu t’en fous, Laura, j’suis désolé quand même
Si tu vas par-là, ça me convient aussi dépose-moi

Encore une fois, c’est d’en bas que j’appelle
Elle se penche parfois de son nid d’hirondelle
Daigne me recevoir, ne me laisse pas de place pour m’asseoir

« Voilà l’errante hirondelle, Qui rase du bout de l’aile, L’eau dormante du marais. » (Alphonse de LAMARTINE 1790 – 1869)
« Il n’y a que le coeur qui aille aussi vite que les hirondelles » (HENRI LACORDAIRE 1802 – 1861)
« Ainsi va le monde ici-bas. Le temps emporte sur son aile et le printemps et l’hirondelle, et la vie et les jours perdus » ( ALFRED DE MUSSET 1810 – 1857)

M.G

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Arracher le tapis et autres moments fondateurs…Claire DUMAY

Merci à Babélio,

premier challenge et découverte avec la Masse Critique…

Arracher le tapis…

C’est…. déchirer les écorces,

éplucher les différentes strates de l’intériorité pour arriver au plus près de soi, révéler son for  en ses moments de faiblesses, méticuleusement, en acceptant que certaines évanescences transpirent, révélées…

Accepter la droiture des règles, non pas comme seules contraintes érigées de façon titanesques et bloquantes, dictant la conduite, mais comme des balises, bouées à la mer, repères salvateurs qui aiguillent le moi, béquilles indicibles, qui assurent un équilibre entre l’émotionnel, les pulsions, les énergies.

Une écriture nerveuse, saccadée, rythmée, vive et piquante, comme une plongée en apnée dont on ressort….qui frôle parfois la frénésie et que je comprends…

Une typologie qui regroupe des réflexions, moments fondateurs, textes courts (2/3 pages) essentiels pourtant et si criants de vérité… :

7 références « RITES FONDATEURS, MES ANCRES FAMILIERES, PETIT THEATRE PERSONNEL, BROUILLAGES ET ENTRAVES, HALETEMENTS ET VERTIGES, ELOGE DE LA VIE CONJUGALE, PETIT CABINET DE CURIOSITES, ALIMENTAIRES. »

 

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Un genre d’anthologie intime, de moments privilégiés partagés:

Rites Fondateurs,

Les listes

« Plus j’avance en âge, et plus prend corps la hantise de ma disparition.aNgoissante perspective de ce qui va être interrompu.Vision de mon corps barricadé? de mon esprit impotent, invalide….Dans une autre part de moi, combler,tapisser.Peur de la brèche, des noms lâchés à la criée.M’appuyer sur les mots, comme si c’étaient des murs…..envahissement des listes. Au collège, à la maison.Partout. »

 

La folie ordinaire

La plupart du temps, je contrôle mes actions, gère mon comportement avec maîtrise et vigilance, jugule fermement mes accès d’humeur.(…)J’ai une capacité étonnante à me soumettre à la règle convenue, à enfouir ma tête sous l’aile, mais la rougeur, l’accès de folie, l’humeur caprine demeurent bien fichés au-dedans.Ce qui m’entrave et me retient, c’est le jugement des autres.Je m’installe alors dans une torpeur fade, sans risque, longeant des rails rectilignes, univoques qui font de moi une fausse ingénue.Ce n’est ma couenne épaisse.La vérité loge sous la peau, autre, irréductible.(…)Avoir conscience de ces multiples strates qui éloignent toujours plus du centre… »p43

 

Mention spéciale, féminine, Petit théâtre personnel,

 

Le rouge à lèvres

..me livre à un curieux passe-temps .Je me maquille de façon totalement outrancière, au moyen d’un rouge à lèvres particulièrement vif, criard,agressif……(….) suffit à me changer, à me rendre subitement terriblement féroce et vulgaire.C’est du moins ainsi que je me perçois, tandis que personne ne me voit,projetée…(…)..Je jouis secrètement de cette image clandestine.(…)Je suis celle que l’on voit à l’affiche, sur le devant e la scène.Femme de trottoir, fille de joie, créature de sang….(…)Juste une énergie sauvage, éruptive.(…)On m’a inoculé le sang de la pute, qui échauffe, déflore.J’ai les lèvres meutrières et la langue ravageuse.(…)Tout expire, je cesse mon jeu absurde.Je me demande pourquoi j’ai acheté pareil accessoire de maquillage… »

 

Sans compter « Arracher le tapis » et « La peur », et puis les entraves avec « Le distributeur de papier toilette, La piscine, le haiku »…et bien d’autres thèmes « Le guichet, la radio » etc…Une jolie découverte en somme, un format plaisant et agréable à lire et à relire..

M.G

Article mis en avant

Kundera…L’insoutenable légèreté de l’être.

Une première rencontre avec cet auteur tchèque…

Ce titre me hantait depuis quelque temps sur les rayonnages, en librairie et en bibliothèque mais je le reposais toujours…et puis, j’ai fini par me le faire offrir..et je viens de le finir.Je le relirai…

Mais avant il me faudra revenir à Nietsche pour approfondir, car mes souvenirs philosophiques s’estompent, restent des échos.

 

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Kundera Milan

Archive Milan Kundera issu delaregledujeu.org

5ème roman, 1982

Légèreté, moment de flottement, ravissements de tout genre de l’être qui est gâté par une pesanteur, lourdeur, oppression, sentiment d’étouffement presque de l’être.

 

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P.13 « Dans le monde de l’éternel retour, chaque geste porte le poids d’une insoutenable responsabilité(…) Si l’éternel retour est le plus lourd fardeau, nos vies, sur cette toile de fond, peuvent apparaître dans toute leur splendide légèreté. Mais la pesanteur est-elle vraiment atroce et belle la légèreté ? Le plus lourd fardeau nous écrase, nous fait ployer sous lui, nous presse contre le sol. »

« Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation .(…)

C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse »

Sur l’amour :

p.125 « Son amour pour la femme dont il était épris depuis quelques mois était une chose si précieuse qu’il s’ingéniait à lui façonner dans sa vie un espace autonome, un territoire inaccessible de pureté »

p.200 « La rencontre des parapluies était une épreuve de force »

p.308  « Il semble qu’il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique qu’on pourrait appeler la mémoire poétique et qui enregistre tout ce qui nous a charmé, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa beauté »

Sans compter la recherche du « dissemblable » parmi les semblables, la définition de la « coquetterie » et son rapport à l’instinct, « du kitsch »…qui éclatent aux travers des errances et déambulations des personnages Tereza, Tomas,Franz et Sabina, des êtres en proie à des questionnements métaphysiques, aux doutes, à l’étonnement, comme écartelés et oscillant entre deux pôles, impératifs inconditionnels de légèreté et de pesanteur, lecture au prisme de l’existence, de l’attachement, dans le rapport du et au monde, à la politique, à l’amour, à l’être, à la sexualité (version freudienne) et à l’éternel retour..

sans oublier, le joyeux Karénine…

M.G

 

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Anton Tchekhov …adaptation Carnets

Une belle occasion de lui rendre hommage à cet amoureux du théâtre que par cette mise en scène.

Aimé

l’introduction par le biais des objets plus particulièrement de ce type de téléphone

 

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, et de son antique sonnerie dring, dring,

et cette voix hypnotique

… qui laisse des messages, tour à tour, Tolstoi, son frère…et qui rythme le spectacle

Aimé

la mise en scène dépouillée, le bureau, écritoire privilégié, la bouilloire qui fume et les sacs de charbon pour chauffer l’unique pièce et les feuilles volantes autant de brouillons et d’essais d’écriture qui virevoltent sur la scène, ambiance toute feutrée, accentuée par un intimisme certain (de fait nous étions peu nombreux au théâtre,sur 4/5 rangs et j’étais littéralement devant, au deuxième rang, plein centre) à partager les déboires et drôleries d’Anton…pour qui, chaque entrée de personnage revêt une théâtralité, et ce, sur un fond et des interruptions musicales jazzy qui mettait l’accent sur la gestuelle…

sans compter que j’adhère complètement à l’idée des carnets…

 

4ème:

« Etonnant charivari, pêle-mêle sans pareil : ces Carnets occupent une place à part dans l’œuvre de Tchekhov. Ici une nouvelle balbutiée, là un laboratoire de noms propres inventés, ailleurs des propos et croquis saisis sur le vif, des aphorismes, des rages, des coups de cœur… Toute une pléiade d’instantanés narratifs. Rarement on aura approché avec tant d’acuité l’attention rare avec laquelle Tchekhov considérait le monde et le travail d’écrivain qui en résultait. On reconnaît sa plume, aussi tendre que caustique et son impitoyable drôlerie. Mais ce n’est pas tout. Tchekhov note aussi des adresses, des noms de fleurs qu’il souhaite planter, des compositions de médicaments et cela, enlacé à des réflexions personnelles, des propos mis dans la bouche de personnages qui, pour nombre d’entre eux, n’apparaîtront pas ailleurs et resteront comme des personnages éphémères, propres à ces pages.
Tchekhov est là tout entier, dans son quotidien d’écrivain et même si, à l’évidence, ses Carnets n’étaient pas destinés à la publication, il eût été dommage que le public français en soit privé alors qu’ils ont paru depuis longtemps en Russie. »

Traduit du russe par Macha Zonina et Jean-Pierre Thibaudat

Illustration de couverture :
from Anton Cechov Sein Leben in Bildern
Herausgegeben von Peter Urban
© 1987, 2003 Diogenes Verlag AG Zürich
ISBN : 2-267-01756-3

 

M.G

 

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La biche, »si jolie, jolie »/Ecriture

Cte fille, au début, on la remarquait pas, elle se fondait dans le décor, elle aimait se frayer un chemin parmi les ombres. Elle guettait, elle observait les groupes et doucement elle s’approchait, petite biche apeurée. Elle essayait de le masquer..mais moi, j’ai tout de suite compris. C’était elle, je l’avais dans mon viseur.

Un petit je ne sais quoi dans la démarche à peine perceptible pour les autres,  mais moi, moi , j ‘ai ce don, je les repère à mille lieux ces êtres abîmés..et je m’en empare. Moi c’est Jack, elle, c’est Elle, et je pourrai lui donner un numéro mais je trouve ça glauque, ça fait un peu serial killer non? Alors que moi, moi, je joue pas dans cette catégorie-là, moi je suis, j’enquête, j’entasse, je collecte les miettes, je  croise et je recoupe, oui c’est ça je recoupe….

Après, je me fais ma petite idée…Je prends mon temps, c’est ce que je préfère, maman disait toujours que j’étais patient, qu’elle avait jamais vu un gosse si patient, tu sais …comme le bulldog, celui qui lâche rien…C’est vrai, je parvenais toujours à mes fins et Elle, Elle…c’était de sa faute, même si elle le savait pas encore, elle le découvrirait bientôt. Elle, c’était Paty, ouais Paty, je sais pas de quelle origine ça vient ça, mais ça a tout de suite sonné juste dans mes oreilles, » Paty, Paty jolie où vas-tu, que fais-tu, quand tu rentres après ta journée harassante? » Moi, moi je sais, bien sûr, elle me facilite pas la tâche  elle s’expose pas sur les réseaux,  « Paty, Paty » incompréhensible comme spécimen, »Paty, Paty » tout le monde s’affiche maintenant et Elle non non!! Obligé de laisser traîner l’oreille, de caresser des bribes et éclats de voix..

Tu sais, je la frôle parfois, elle me voit pas..mais moi je la frôle..moi je sais…

Je sais qu’elle prend son café , petit rituel, seule, vers 10h10 quand tous les autres sont déjà servi, on dirait qu’elle flotte, elle se déplace, tu sais, un peu féline sauvage…et elle recommence vers 17h…Elle part toujours ponctuelle, droite, vers 18h30, elle ferme à clés, c’est la dernière qui sort des bureaux, premier étage, porte de gauche, et me salue, elle me dit « à demain Jack, bonne soirée » quand elle me croise..Mais c’est mécanique, je vois bien dans son regard qu’elle est déjà partie…Elle monte dans le bus, deux  correspondances,  arrêt 1102. Elle marche sur près d’un kilomètre, et elle s’engouffre dans son trois pièces.

Moi, moi, je le sais, je connais ces mesquines petites habitudes… Il m’a fallu du temps…D’abord, j’ai fouillé son bureau…J’ai pris quelques photos..Vous me prenez pour une buse ? J’ai l’habitude, Paty, c’est pas ma première…Je sais comment faire avec elles, et puis je vous l’ai dit, elles me voient jamais, trop occupées.Alors? je continue à la saluer, imperturbable, tous les soirs, et puis j’enfile mon veston, et je la poursuis.

Je la poursuis dans la rue, je la poursuis dans ma tête, à bonne distance, tu vois, sinon, la biche, elle détale, toujours apeurée…ça m’est arrivé une fois, elle, l‘autre elle, elle m’avait surpris, elle avait dit aux flics que je la harcelais, elle avait tout balancé…J’avais reçu un AVERTISSEMENT, Défense de l’approcher...Elle avait balancé tous les coups de fil, ouais, pas fun la fille, une vraie peureuse, même ceux de la nuit..Pourtant? je crois qu’elle aimait entendre mon souffle à deux, trois, cinq, six heures, ça se voyait qu’elle aimait, elle affichait son teint pâle et ses traînées violacées sous les yeux..j’aime bien ces yeux -là…de toute façon, je l’avais eu celle-là, ça avait été retord..mais je l’avais eu…

Alors tu vois, j’ai toujours ce que je veux…

Paty, je l’ai coincé un vendredi soir, dans le parking, celui qu’elle doit traverser pour regagner l’arrêt de bus…Elle a pas eu le temps de me voir venir, suis arrivé derrière elle, j’ai touché son épaule, elle s’est retournée surprise, j’ai affiché mon plus beau sourire « Paty, Paty si jolie » et j’ai serré, au début, elle s’est débattue, elles font toujours ça au début, elles ont les yeux qui brillent les larmes qui montent, le souffle court, on lit la peur ou l’incompréhension, ça dépend des fois ça…et puis elles deviennent pantelantes, je les emmène, j’ai mon petit coin, comme ça, elles peuvent se tenir compagnie, les biches…

M.G

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