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Lectures indélébiles Ecritures vagabondes

Journal de bord des lectures, critiques et moments d'écritures

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littérature

Le vivarium de palindromes, Jacques Perry-Salkow.

A l’endroit,

à l’envers…à l’endroit, à l’envers.

Le vivarium de palindromes se visite à la manière d’un cabinet de curiosités dont on se régale,

dans lequel on se plaît à ERRER,

de pièce en pièce,

à visiter tel un dédale,

franchir le »VESTIBULE »P.13, la 1ère et 2ème SALLE, puis le restaurant, la 3ème et 4ème salle, et le VESTIBULE », structure même rappelant le palindrome par son parallélisme, sélection :

«  RUE VERLAINE : GENIAL REVEUR, »

Le vivarium de palindromes par Perry-Salkow

 

à » RIRE, PREDIRE, DESERTER, ERRER, ETRE, SE DERIDER, PERIR.

NI VIDE, NI VAIN, NI AVINE : DIVIN ».

car « ERRE TEL LE BAL ERRANT ET NARRE LA BELLE TERRE ! »p.27,

une allure baudelairienne dans « L’AMER VIN ENIVRE MAL »p.42,

hommage à Pérec évidemment,

« ET, IVRESSE, FALLAIT PUNIR CE CRI NUPTIAL, LA FESSER VITE ! » p.64 (et son développement que je ne divulguerai pas ..histoire d’attiser votre curiosité.

Bref, c’est excellent, drôle, rafraîchissant et plaisant, donc je recommande sans restriction aucune!

M.G

Une dernière

« ET ICI LE FASTE ET SA FELICITE »p.117.

 .

La fille qui lisait dans le métro, Christine Féret-Fleury.

Un petit poche de 176 pages au ton léger , assez court, idéal pour la saison, un hommage aux amoureux de la lecture, aux libraires, aux livres et à la littérature.

Le style est fluide,

la fille qui lisait dans le métro, celle qui arpente les rames  et erre au gré des stations,fine observatrice, puis la rencontre improbable avec Soliman, » l’homme livre  » en quelque sorte, sans compter le rôle de la filiation et de la transmission des textes.

Quelques extraits à emporter :

La fille qui lisait dans le métro par Féret-Fleury

« Il parlait des livres comme d’êtres vivants – d’anciens amis, de redoutables adversaires parfois, certains faisant figure d’adolescents provocateurs et d’autres de vieilles dames piquant leur tapisserie au coin du feu. Il y avait dans les bibliothèques, selon lui, des savants grincheux et des amoureuses, des furies déchaînées, des tueurs en puissance, de minces garçons de papier tendant la main à de fragiles jeunes filles dont la beauté se désagrégeait à mesure que changeaient les mots pour la décrire. Certains livres étaient des chevaux fougueux, non dressés, qui vous emportaient dans un galop effréné », le souffle coupé, cramponnés tant bien que mal à leur crinière. D’autres des bateaux voguant paisiblement sur un lac par une nuit de pleine lune. D’autres encore, des prisons. »

« Elle avait toujours aimé sentir les livres, les renifler, surtout quand elle les achetait d’occasion – les livres neufs avaient eux aussi des odeurs différentes suivant le papier et la colle utilisés, mais ils restaient muets sur les mains qui les avaient tenus, sur les maisons qui les avaient abrités; ils n’avaient pas encore d’histoire, une histoire bien différente de ce qu’ils racontaient, une histoire parallèle, diffuse, secrète. Certains sentaient le moisi, d’autres gardaient entre leurs pages des relents tenaces de curry, de thé, ou des pétales desséchés; des taches de beurre salissaient parfois la tourne, une herbe longue, qui avait joué le rôle d’un marque-page tout un après-midi d’été, tombait en poussière; »

« Vous connaissez le principe des livres voyageurs, reprit-il après quelques secondes de silence. C’est un américain, Ron Hornbaker, qui a créé, ou plutôt systématisé le concept en 2001. Faire du monde une bibliothèque…Une belle idée, non ? On dépose un livre dans un lieu public, gare, banc de square, cinéma, quelqu’un l’emporte, le lit, le lâche à son tour, quelques jours ou quelques semaines plus tard, ailleurs. (p. 34) »

Un livre qui se lit comme une curiosité…M.G

La liseuse, Paul Fournel.

L’on pourrait croire que c’est l’histoire d’une fille qui lit..inlassablement,

si l’on se fiait uniquement au titre..et l’on s’y tromperait !

Et c’était assez drôle, j’y pensais quand je constatais que j’étais prise en photographie samedi dernier, plongée dans le lecture de la liseuse, une sorte de mise en abyme .

Puisque la liseuse perd de son humanité,

qu’elle s’empare de la querelle,

qu’elle indispose,

qu’elle préfigure la mort de l’imprimé, de l’objet livre auprès de Robert Dubois, éditeur qui rechigne à s’en saisir tant elle lui semble incongrue, cette « vulgaire » tablette électronique, 

« Il la regarde, il la soupèse, l’allume et sa vie bascule.Pour la première fois depuis Gutenberg, le texte et le papier se séparent et c’est comme si son coeur se fendait en deux. »

p.13/ 14 :  la rencontre de l’objet

« – Comme un bouquin ?

-Oui, c’est le côté ringard du truc.Une concession pour les vieux. Quand on se souviendra plus des livres, on se demandera bien pourquoi on avance comme ça.Autant défiler vertical. Scroller. Ce serait plus logique.

-C’est Kérouac qui va être content. »

Du noir mat, du noir glauque (au choix), du lisse, du doux, du vitré, du pas lourd.Je soupèse.

Je la pose sur le bureau et je couche ma joue dessus.Elle est froide, elle ne macule pas.Rien ne laisse à penser qu’elle a tous les livres dans le ventre.Elle est juste malcommode : trop petite, elle flotte dans ma serviette, trop grande, elle ne se glisse pas dans ma poche.

En fait, elle ressemble à Meunier, Le grand patron, elle est inadaptée. »

J’ai bien ri à ce passage  » -730 grammes sans la couenne, mon vieux Robert! (…) 

« 730 grammes.Hugo+Voltaire+Proust+Céline+Roubaud, 730 grammes.Je vous rajoute Rabelais? 730 grammes.Louise Labé? 730 grammes » P.223″ 

Mais puisqu’il faut vient vivre avec son temps pour ne passer pour un vieux con, pour être « in » et suivre le tempo, Dubois s’y fait.

Un très beau passage sur l’artichaut, inattendu,

certes, mais étonnante description p.30…

Mais la plus belle surprise apparaît dans la postface,

qui évoque la contrainte oulipienne qu’adopte Fournel pour ce texte

« qui épouse la forme d’un sextine, forme poétique inventée au XIIème siècle par le troubadour Arnaut Daniel.Il en respecte le nombre de strophes et la rotation des mots à la rime.(…) »

Je ne vais tout de même pas tout dévoiler quand même…si ce n’est…. que « l’ensemble constitu(e) un poème de 180000 signe et blancs. »

Un joli tour de force que d’évoquer toute en légèreté la concurrence entre la liseuse, le progrès technique et la résistance du  vieux livre papier dans le monde des éditeurs et du tirage, du cartable, de la pesanteur, car pour Dubois, « Bien bourré le vendredi soir, il avait le juste poids du travail.Celui qui fait que mon épaule gauche est un peu plus basse que la droite. Déformation professionnelle. Quasimodo. »p.15.

 

De cape et d’épée….de cape et de crocs?

Une jolie série (12 tomes ), scénarisée par Ayroles, dessinée par Masbou, qui dénote dans l’univers de la B.D,tant il regorge de références littéraires et historiques.

Alliant les codes du roman de cape et d’épée, il célèbre avec faste la commedia dell’arte et le théâtre aussi bien à travers les répliques que les personnages issus d’un bestiaire plus que révélateur!

En effet, la première page, tome I, 6ème vignette, nous installe, tout privilégié, au pied de la scène

« Scapin, fais-moi connaître un peu cet Argante qui est le père d’Octave »

ou p.23, cette légendaire scène du balcon: (vive Shakespeare!! ) Damoiselle haute perchée

« Sainte Marie Mère de Dieu! On se tue sous mon balcon » Réplique de Don Lope, loup,« ça va don Armando, vous vous en sortez? »

qui répond « Ils sont encore un peu flous, mais je dégrise, je dégrise! » et qui p 24, après avoir aperçu la donzelle  joue le grand séducteur (changement de police/typologie d’écriture d’ailleurs)

« Ce duel,ô divine à vous je le dédie.Votre grâce, pourtant, me laissant interdit » « Offre mon coeur ravi au fatal coup d’estoc » « Mai je serai vainqueur, de l’épée ou du…? » suit l’hésitant »estoc…estoc…vite, monsieur, une rime en oc » « j’ai trouvé! Il s’agit de croc! »

Don Lope, s’appelle Villalobos y Sangrin, clin d’oeil malicieux à Ysengrin, compagnon loup de Renart dans le Roman de Renart .Don Armando lui de Maupertuis rappelle le refuge du goupil dans ledit roman.Les références à Molière ou à la Fontaine sont foison, sans oublier Cyrano et bien d’autres qu’il vous faudra découvrir.

Pour davantage de ressources :

http://www.decape.askell.com/

 

 

 

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