Je ne suis pas de ceux là,

j’aime que l’on me souhaite mon anniversaire,

c’est l’occasion de revoir les copains et de partager un bon moment,

presque je serai même un peu vexée qu’on l’oublies, j’avoue, après deux ans d’anniversaire confinés,

j’attends avec impatience le prochain,

non pas parce qu’il marquera mon entrée dans la quarantaine, que je vis plutôt bien,

non simplement parce que j’espère retrouver bien plus de monde que les deux dernières fois…trop pandémiques à mon goût.

Allan Karlsson lui pour son centenaire n’a pas envie de cérémonial, il recherche un vent frais de liberté, car quoi de plus ennuyant que de voir tous les rabats joies qui l’entourent, aussi quoi de plus naturel que de s’évader, de fuir de sa chambre en belles charentaises pour faire l’école buissonnière et retrouver son âme d’enfant, l’insouciance.

Cette folle cavale reste tout de même ardue pour un centenaire, mais autant s’offrir ce qu’il y a de mieux,

s’affranchir de quelques conventions,

par exemple, voler cette valise à roulettes que ce jeune voyou lui demande de veiller quelques minutes à la gare, prendre le car en allant le plus loin possible avant de découvrir que ce bagage est fourré de billets à n’en plus compter tous comme les ennuis à venir et

éliminer

les obstacles qui se dressent sur le chemin.

Nous suivons donc Allan au cours de cette cavale complètement déjantée, ubuesque et drôle car inattendue.

Derrière ce vieux, se cache une personnalité bien trempée, que l’on découvre au fil des chapitres qui retracent sa longue vie,

et notamment son talent indéniable pour les explosifs :

« Et à quoi puis-je être utile, je vous prie ? répondit Allan. Il n’y a que deux choses que je sache faire mieux que la plupart des gens. L’une d’elles est de distiller de l’eau-de-vie avec du lait de chèvre et l’autre est de fabriquer une bombe atomique.
— C’est exactement ce qui nous intéresse, dit l’homme.
— Le lait de chèvre ?
— Non, dit l’homme. Pas le lait de chèvre.

et son rôle politique, les dirigeants croisés

« Dis-moi Allan … fit remarquer Mao Tsé-toung.
Ton ami, là… ça n’a pas l’air d’être Einstein!
– Ne dites pas ça, répondit Allan. Ne dites pas ça., « 

les conflits armés et événements marquants.

« C’est ainsi que l’agent américain Allan, tout hermétique à la politique qu’il fût, en collaboration avec le physicien nucléaire apolitique Iouli, fut à l’origine de l’anéantissement de l’Union soviétique. »

Cette aventure m’a rappelé L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire ikéa de Romain Puertolas, elle est tout aussi rythmée, inédite, somme toute ce à quoi on ne pourrait penser à première vue si l’on restait fixé sur le cliché du vieux/sénior.

Méfiez-vous des vieux, ils ne sont pas toujours si innocents. Ils ont de l’expérience.

« Allan interrompit les deux frères en leur disant que s’il y avait une chose qu’il avait apprise en parcourant le monde, c’était que les plus insolubles conflits de la planète avait démarré de cette façon : « T’es bête ! – Non, c’est toi qui es bête ! – Non, c’est toi ! » La solution était bien souvent de partager une bouteille d’une contenance minimale de soixante-quinze centilitres, puis de regarder vers l’avenir.
– Alors tu penses que soixante-quinze centilitres d’alcool pourrait résoudre le conflit entre Israël et la Palestine ? lui demande Bosse. L’histoire remonte quand même jusqu’à l’époque de la Bible !
– Pour ce conflit-là, il faudrait peut-être augmente
r la dose, mais le principe reste le même. »

Ce roman suédois est tout ce qu’il y a de plus rafraichissant, détonnant, il ressemble à un rêve que l’on fait, parfois sans queue ni tête, farfelu à souhait sur..454 page tout de même ! Bel exploit de longévité…

M.G