Certaines comptines enfantines laissent des traces…

J’avoue être légèrement chagrinée, mal à l’aise, quand j’entends maintenant les enfants claironner joyeusement et à tue-tête :

« Alouette, gentille alouette,Alouette, je te plumerai.Je te plumerai la tête Je te plumerai la tête Et la tête Et la tête ( la faute à un film ou une série que j’ai vu, dans lequel un tueur en série d’enfants, opérait en fredonnant ceci..)

Alouette Alouette Aaaaaah ! Alouette, gentille alouette,

Alouette, je te plumerai.

Je te plumerai le bec Je te plumerai le bec

Je te plumerai la tête Je te plumerai la tête

Je te plumerai les yeux Je te plumerai les yeux

Je te plumerai le cou Je te plumerai le cou

Je te plumerai les ailes Je te plumerai les ailes

Je te plumerai le dos Je te plumerai le dos

Je te plumerai les pattes Je te plumerai les pattes

Je te plumerai la queue Je te plumerai la queue » et,

maintenant, j’aurai le même malaise avec

« Une chanson douce Que me chantait ma maman, En suçant mon pouce J’écoutais en m’endormant. Cette chanson douce, Je veux la chanter pour toi Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois.

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La petite biche est aux abois. Dans le bois, se cache le loup, Ouh, ouh, ouh ouh !
Mais le brave chevalier passa. Il prit la biche dans ses bras. La, la, la, la.

La petite biche, Ce sera toi, si tu veux. Le loup, on s’en fiche. Contre lui, nous serons deux.

Une chanson douce Que me chantait ma maman, Une chanson douce Pour tous les petits enfants. Oh ! Le joli conte que voilà , La biche, en femme, se changea,
La, la, la, la
Et dans les bras du beau chevalier, Belle princesse elle est restée, eh, eh, eh, eh

La belle princesse Avait tes jolis cheveux, La même caresse Se lit au fond de tes yeux.
Cette chanson douce Je veux la chanter aussi, Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à  la fin de ma vie,
Jusqu’à  la fin de ma vie.

(Variante pour les 2 derniers)

Oh ! Le joli conte que voilà , La biche, en femme, se changea,
La, la, la, la Et dans les bras du beau chevalier, Belle princesse elle est restée,
A tout jamais

Une chanson douce Que me chantait ma maman, En suçant mon pouce
J’écoutais en m’endormant. Cette chanson douce Je veux la chanter aussi, Pour toi, ô ma douce,
Jusqu’à  la fin de ma vie,
Jusqu’à  la fin de ma vie.

Une écriture fluide, efficace, c’en est même glaçant de… réalisme..On est rapidement capté par l’histoire, aux goûts de conte presque..Quand on a passé les premières pages et notamment la première ligne, celle qui fait échos à l‘Etranger, de Camus ce n’est pas « Aujourd’hui maman est morte »

C’est « Le bébé est mort ».

D’une situation banale, la recherche d’une nounou et des pires craintes maternelles que l’on nourrit, celle de la maltraitance et de perte possible d’un enfant.

Les premières  angoisses de mort prématurée,

puis celles de ne pas assurer,

de ne pas être une bonne mère,

car on ne naît pas parent, encore moins mère, on le devient (si je peux me permettre de reprendre cette célèbre formulation, merci Simone…), trouver l’équilibre entre la lionne, la louve…

Car, enfin, devant cette Marie Popins ambulante, p.29, « Louise ? Quelle chance vous avez d’être tombés sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes enfants.ça a été un vrai crève-coeur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder. », ne faudrait-il pas s’inquièter de cette perfection première? Et en même temps, il faut bien à un moment faire confiance…

à …

« Louise attend. Elle les regarde comme on étudie l’agonie du poisson à peine pêché, les ouies en sang, le corps secoué de convulsions. Le poisson qui frétille sur le sol du bateau, qui tête l’air de sa bouche épuisée, le poisson qui n’a aucune chance de s’en sortir. »p.51

Encore faut-il le savoir…

Dans son petit carnet , celle-ci évoque une « Mélancolie délirante » p.158.

Hector un des garçons jadis gardé, se souvient, son départ comme un déchirement,un deuil presque,

« Il n’a pas su pleurer cette femme qui l’avait quitté car malgré ses huit ans, il avait l’intuition que cet amour-là était risible, qu’on se moquerait de lui et que ceux qui s’apitoyaient faisaient un peu semblant. » et, pourtant,

« Comme s’il avait toujours su qu’une menace avait pesé sur lui, une menace blanche, sulfureuse, indicible. Une menace que lui seul, de ses yeux et de son coeur d’enfant, était capable de percevoir. »p.170.

Louise, elle,

« Elle voudrait voir avec leurs yeux quand ils regardent quelque chose pour la première fois, quand ils comprennent la logique d’une mécanique, qu’ils en espèrent l’infinie répétition sans jamais penser, à l’avance, à la lassitude qui viendra. » p.211

M.G.

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