L’Entrave,L'Entrave par Colette

le lien indéfectible et contraignant,

échos à l’insoutenable légèreté en un sens,

« Cela compte, cela pèse, le reste du temps___cela fait beaucoup d’heures… » p.183

René Nérée,

bohème du music-hall et des nuits parisiennes s’en défend, indépendance à la scène en retraite sentimentale, elle compte bien profiter en toute légèreté. C’est sans compter cet éternel appel à la vacuité, à la langueur, qui offre de nouvelles tensions, amusée par la petite May, blasée par l’indécollable Masseau, et ce Jean alors ! Il peut être parfois détestable « Tu excuses en moi tout ce qui te ressemble, de près ou de loin. Tu me passes le mensonge, la colère, une certaine trivialité qui crève en éclats joyeux, car dans l’excès,__qu’il soit de peine ou de plaisir__je dépend de toi. »p.204 « Mais lui doit remonter aux jours de ma perfection première, et revivre, pour les parer d’une poésie posthume, les premières semaines de notre amour, alors qu’il se mit brusquement à croire en moi, à ma durée, à ma soumission totale;___il répète les mots qu’il trouvait pour flatter mes petitesses : mon silence opaque devenait « une sagace rêverie » et cette paresse qui l’offusque aujourd’hui comme l’inertie d’une nomade épuisée, il la proclamait royale…p.205″

Toujours ces jolies descriptions,

temoins des états d’âme, peintures de l’intériorité défigurée,

« Trois cygnes blancs reposent contre le quai, sans dormir, car je distingue le mouvement de leurs cous dépliés et repliés et leur nage sur place trouble l’eau de moires fréquentes, faiblement dorées. Quand dorment-ils? …Ce paysage d’eau noire, de réverbères en guirlandes, m’est doux pour ce qu’il contient de déjà vu, de presque familier. »p90 »

« Le lac est couleur de perle malade, plus pâle encore que le ciel où l’on sent le soleil tout proche, prêt à crever la nue. »p91

« Un rayon de soleil blanc fait danser sur la nappe, en vifs arcs-enciel minuscules, les bluettes du brillant que je porte au petit doigt. » p.101″Le ciel d’un gris délicat, l’horizon, au bout du lac, de montagnes d’argent terne, ce décor de neige et de dégel nous fait à tous trois des mines jaunes de fiévreux. »

qui confèrent à ce roman une touche résolument féminine, intimiste, touches de tragique aussi « 

Dites! dites! rendez-le moi, rendez-le moi! (un ordre, une supplication de René ) Dites_ lui que s’il revient, je sentirai son approche, que s’il était seulement là, dehors, au bout de la rue, je le saurais aussi infailliblement que la feuille altérée par la pluie!…Dites-le lui,__mais surtout dites-lui qu’il revienne, parce que je deviens faible et toute creusée par dedans, et que j’ai peur de mourir sans lui!.. » digne d’un drame shakespearien,

âffres, éthers, et convulsions

implosent en monologues intérieurs

«  (…) C’est un deuil égoiste, qui m’afflige lorsque j’ai besoin, non d’un conseil, mais d’un échange verbal intelligent et désinteressé, qui me divertisse de l’épuisant monologue intérieur. p152″ tout en finesse, retenue et pudeur, et en justesse dans le ton pressant voire op-pressant, les émotions, entre le larmoyant, le touchant sans effleurer le geignant, comme sait si bien le faire Colette…

Doux paralèle, tisser des liens, en lecture simultanée avec

Anthologie de la poésie française du xxème,

Quelques extraits :Résultat de recherche d'images pour "anthologie de la poésie française de claudel a char"

« L’EGALITE DES SEXES

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,

Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.
Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir 
Et s’il semble obéir aux puissance du soir
C’est que ma tête est close, ô statue abattue

Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
Mon désir immobile est ton dernier soutien
Et je t’emporte sans bataille, ô mon image,
Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens »

« L’AMOUREUSE

Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mees yeux,

Elle engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel.

Elle a toujours les yeux ouverts

Et ne me laisse pas dormir.

Ses rêves en pleine lumière

Font s’évaporer les soleils,

Me font rire, pleurer et rire,

Parler sans avoir rien à dire.

« PREMIERE DU MONDE

Captive de la plaine, agonisante folle,
La lumière sur toi se cache, vois le ciel :
II a fermé les yeux pour s’en prendre à ton rêve,
II a fermé ta robe pour briser tes chaînes.

Devant les roues toutes nouées
Un éventail rit aux éclats.
Dans les traîtres filets de l’herbe
Les routes perdent leur reflet.

Ne peux-tu donc prendre les vagues
Dont les barques sont les amandes
Dans ta paume chaude et câline
Ou dans les boucles de ta tête ?

Ne peux-tu prendre les étoiles ?
Ecartelée, tu leur ressembles,
Dans leur nid de feu tu demeures
Et ton éclat s’en multiplie.

De l’aube bâillonnée un seul cri veut jaillir,
Un soleil tournoyant ruisselle sous l’écorce.
Il ira se fixer sur tes paupières closes.
O douce, quand tu dors, la nuit se mêle au jour. »

 

Capitale de la douleur, Paul Eluard.

« Même quand nous dormons nous veillons l’un sur l’autre
Et cet amour plus lourd que le fruit mûr d’un lac
Sans rire et sans pleurer dure depuis toujours
Un jour après un jour une nuit après nous. »

Paul Eluard, Le dur désir de durer.

 

PERMANENT INVISIBLE,

Permanent invisible aux chasses convoitées,
Proche, proche invisible et si proche à mes doigts,
O mon distant gibier la nuit où je m’abaisse

Pour un novice corps à corps.
Boire frileusement, être brutal répare.
Sur ce double jardin s’arrondit ton couvercle.
Tu as la densité de la rose qui se fera

René Char, Le Nu perdu.

Il faut se limiter..pas toujours facile, alors je m’arrête ici, et vous invite à poursuivre.

M.G

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