Souvenirs lointains
de licence de philo et d’une prestation orale, que j’avais faite et qui m’a marquée, perspectives croisées de psychologie et sociologie autour des notions d’agressivité et de dangerosité notamment.
Dans ma mémoire, je l’ai attaché indélébile vivace à plusieurs extraits de films, comme « Das Experiment » d’Olivier Hirschbiegel (2001) :
 
:
(remake adapté d’un livre et d’une autre version  The Experiment, qui reprend l’expérience de Stanford*,)
que j’avais trouvé dérangeant et particulièrement dur psychologiquement parlant ;
ce qui ne m’a pas empêché de le revoir, et de tisser des liens avec l’idée de conditionnement,
 le rapport au barbarisme,
et au régime nazi.
Si le langage courant entretient les confusions, celui du discours psychiatrique est plus éclairant quant aux concepts d’agressivité et d’agression, elle dénote d’une tendance à attaquer, issu du latin ad gradere littéralement « marcher vers », » en direction de », et du suffice ite, item de « semblable, comme si », concourrant à l’instinct primaire, seul réfréné, par les interdits et carcans.

Wikipédia *L’expérience de Stanford (effet Lucifer) est une étude de psychologie expérimentale menée par Philip Zimbardo en 1971 sur les effets de la situation carcérale. Elle fut réalisée avec des étudiants qui jouaient des rôles de gardiens et de prisonniers. Elle visait à étudier le comportement de personnes ordinaires dans un tel contexte et eut pour effet de montrer que c’était la situation plutôt que la personnalité autoritaire des participants qui était à l’origine de comportements parfois à l’opposé des valeurs professées par les participants avant le début de l’étude. Les 18 sujets avaient été sélectionnés pour leur stabilité et leur maturité, et leurs rôles respectifs de gardiens ou de prisonniers leur avaient été assignés ostensiblement aléatoirement. En d’autres termes, chaque participant savait que l’attribution des rôles n’était que le simple fruit du hasard et non pas de prédispositions psychologiques ou physiques quelconques. Un gardien aurait très bien pu être prisonnier, et vice-versa.

Les prisonniers et les gardes se sont rapidement adaptés aux rôles qu’on leur avait assignés, dépassant les limites de ce qui avait été prévu et conduisant à des situations réellement dangereuses et psychologiquement dommageables. L’une des conclusions de l’étude est qu’un tiers des gardiens fit preuve de comportements sadiques, tandis que de nombreux prisonniers furent traumatisés émotionnellement, deux d’entre eux ayant même dû être retirés de l’expérience avant la fin1.

Le film reprend l’expérience et la modifie quelque peu:

une annonce est passée pour trouver des cobayes et un journaliste infiltré va « pousser » l’expérience, les thèmes sont repris fidèlement :   la dépersonnalisation, la déshumanisation, le rapport à la hiérarchie et à l’autorité, ici dans le milieu carcéral, le rôle à s’approprier et le caractère de l’impressionnabilité face à une idéologie …âmes sensibles s’abstenir…

« Vous pouvez créer chez les prisonniers un sentiment d’ennui, de peur jusqu’à un certain degré, vous pouvez créer une notion d’arbitraire par le fait que leur vie soit totalement contrôlée par nous, par le système, vous, moi, et ils n’auront aucune intimité… Nous allons faire disparaître leur individualité de différentes façons. En général, tout ceci mène à un sentiment d’impuissance. Dans cette situation, nous aurons tout le pouvoir et ils n’en auront aucun. »— The Stanford Prison Study video, citée dans Haslam & Reicher, 2003.55

A l’origine, l’expérience s’écoulait sur une durée de deux semaines…six jours ont suffit, atroce et significatif…

Les problèmes éthiques soulevés par cette expérience la rapprochent  sigulièrement de l’expérience de Milgram, menée en 1963 à l’Université Yale par Stanley Milgram. »

Davantage liée à la survie, l’agressivité joue sur le développement de l’individu à travers les forces psychiques et ne saurait en ce sens, être assimilée à de la violence pure.A lier aussi aux approches béhavioriste, psychologique, et à la thèse de J. Dollard, qui envisage l’agression comme « catharsis de la frustration ». La frustration est définie alors comme « l’état d’un sujet auquel les réponses adéquates aux stimulations qu’il reçoit sont interdites. […] L’agression se tourne directement contre la source de frustration ; si elle est à son tour inhibée, elle produit des agressions dérivées ou de l’autoagression » , qu’on pourrait doubler d’une approche éthologique, avec K. LORENZ , d’une énergie « qui s’exprime à l’origine par l’activité et se manifeste ensuite sous les formes les plus différentes, à la fois individuelles et collectives, telles qu’elles résultent de l’apprentissage et de la transmission sociale, depuis la simple affirmation de soi-même jusqu’à la barbarie », neurophysiologique, psychanalytique…
Et, petit parallèle, avec la glaçante interprétation du gardien sadique, ( qui fait sens au regard du film précédent) , »Percy Wetmore » joué par Doug Hutchison dans la Ligne verte, adapté de Stephen King, que je ne peux faire l’économie de citer …
https://lecinemaavecungranda.files.wordpress.com/2015/01/percy-wetmore-the-green-mile-20526440-720-400.jpg?w=736
Pour prolonger la thématique:

ARENDT (H), Du mensonge à la violence, Paris : Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 1972.

CHESNAIS (J.C), Histoire de la violence, Paris : Robert Laffont, coll. « Pluriel », 1981.

MICHAUD (Y), Violence et politique, Paris : Gallimard, coll. « Les essais », 1978.

MOSER (G), L’agression, Paris : PUF, Coll. « Que sais-je ? », 1987,125 pages.

HACKER (F), Agression, violence dans le monde moderne, Calmann-Lévy, 1972, 352 pages.

Larousse universel, 1922, vol 1.

SENNINGER (J.L), FONTAA (V), Psychopathologie des malades dangereux, Paris : Dunot, 1996, 173 pages.

LORENZ (K), L’agression, une histoire naturelle du mal, Paris : Flammarion, 1969.

 HACKER (F), Agression, violence dans le monde moderne, Calmann-Lévy, 1972.

 MICHAUD (Y), La violence, Paris : PUF, Coll. « Que sais-je ? », éd. 1998.

 

M.G

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