Chez les Claudel,

on cultive les talents d’artistes,

c’est une histoire de famille,

assez improbable d’ailleurs…

Dominique Bona nous sert une belle biographie, agréable et romancée mais très bien documentée, on respire et on vit claudélien …J’ai aimé les photos insérées à mi-recueil qui donne du corps à l’oeuvre et ne résiste pas à vous faire partager quelques jolis passages…

P .83

Du décalage,  les Claudel personnages qui détonnent, les bourrus…

« Le poète symboliste, dont l’esprit est la quintessence du raffinement, parait tout à l’opposé des Claudel frère et soeur_personnalités volcaniques et telluriques.Ils ne sont pas brossés à l’art de la conversation.(…)Alors que Mallarmé, poète rare, est happé par le silence et semble se dissoudre dans la page blanche, alors que le silence est peut-etre le sommet de son art, les Claudel oeuvrent avec générosité et l’abondance.La stérilité, ce démon de Mallarmé qui finira par l’emporter, ne menace en rien ces deux ogres, aussi physiques et sensuels que Mallarmé peut paraître éthéré. »

p.86 « Paul a peur de sa soeur aînée.(…)En comparaison, il paraît faible et doux.(…)Elle n’a peur de personne.C’est une force, Camille, une force en mouvement »

p.94″ Que serait cette main du poète sans la vision qui l’habite ? Que serait-elle Afficher l'image d'originesurtout sans la sensibilité qui lui donne sa couleur et son relief ? »…Modeler, pétrir,lisser,polir les mots, les extraire du langage brut comme d’une motte de glaise pour leur donner un sens, une lumière, comment ne pas le comparer, cet art, à celui du sculpteur qui lutte lui aussi avec l’informe? »

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La Valse, Camille Claudel
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L’âge mûr,(Camille implorante, à genoux, c’est Paul qui la reconnait, la lente… agonie…)

Camille Claudel travaillant à Sakountala dans son atelier (1887)

 William Elborne © musée Rodin, Paris, 2008Camille Claudel travaillant à Sakountala dans son atelier (1887)

 William Elborne © musée Rodin, Paris, 2008

Camille Claudel travaillant à Sakountala dans son atelier (1887)William Elborne © musée Rodin, Paris, 2008.( j’ai fait le montage, double image)

p.153

« Pour tous le deux,une illumination a été nécessaire-ils ont été l’un et l’autre foudroyés, Paul par la Foi et par la Poésie, Camille par l’Art et par L’ Amour » en particulier sa passion destructrice avec Rodin.
Claudel vogue vers d’autres horizons fonction de sa carrière diplomatique...

« Claudel a intellectuellement le même appétit, la même boulimie qu’à table.La Chine va profondément marquer son imaginaire et nourrir son monde intérieur. »p.163.

Avec Rodin et Camille

« On ne peut donc reprocher au sculpteur son indifférence. Camille reste pour lui la femme aimée. » Paul Morand dit « qu’elle a du génie, elle est belle et elle l’aime, mais elle est folle »

P.238 « Pour Claudel,( P) l’appel de l’art ne peut en effet qu’apporter le trouble et la démesure à des personnalités déjà nerveuses ou fragiles. En cherchant dans les mots qui souvent se dérobent, dans la glaise elle aussi se rebelle, une réponse introuvable, d’autant plus angoissante, à leurs questionnements, ils ne font qu’accentuer leur inquiétude. »

« Si l’ordre est le plaisir de la raison, le désordre est le délice de l’imagination.
Paul Claudel ; Le soulier de Satin (1929) »

Rien n’est plus dangereux qu’une idée quand on n’en a qu’une.
Paul Claudel ; Journal intime (1904-1955)

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Paul Claudel à 21 ans © Archives photographiques indivision Paul Claudel.

Un extrait :

 Connaissance de l’Est,

Proposition sur la lumière

« Je ne puis penser, tout, au fond de moi, repousse la croyance que les couleurs constituent l’élément premier et que la lumière ne soit que la synthèse de leur septénaire. Je ne vois point que la lumière soit blanche, et, pas plus qu’aucune couleur n’en intéresse la vertu propre, leur accord ne la détermine. Point de couleur sans un support extrinsèque : d’où l’on connaîtra qu’elle est, elle-même, extérieure, le témoignage divers que la matière rend à la source simple d’une splendeur indivisible. Ne prétendez pas décomposer la lumière : quand c’est elle qui décompose l’obscurité, produisant, selon l’intensité de son travail, sept notes. Un vase plein d’eau ou le prisme, par l’interposition d’un milieu transparent et dense et le jeu contrarié des facettes, nous permettent de prendre sur le fait cette action : le rayon libre et direct demeure invarié ; la couleur apparaît dès qu’il y a une répercussion captive, dès que la matière assume une fonction propre ; le prisme, dans l’écartement calculé de ses trois angles et le concert de son triple miroir diédrique, enclôt tout le jeu possible de la réflexion et restitue à la lumière son équivalent coloré. Je compare la lumière à une pièce qu’on tisse, dont le rayon constitue la chaîne, et l’onde (impliquant toujours une répercussion), la trame ; la couleur n’intéresse que celle-ci.

Si j’examine l’arc-en-ciel ou le spectre projeté sur une muraille, je vois une gradation, aussi bien que dans la nature des teintes, dans leur intensité relative. Le jaune occupe le centre de l’iris et le pénètre jusqu’à ces frontières latérales qui, seules, l’excluent au fur qu’elles s’obscurcissent. Nous pouvons appréhender en lui le voile le plus immédiat de la lumière, tandis que le rouge et le bleu en font, réciproques, l’image, la métaphore aux deux termes équilibrés. Il joue le rôle de médiateur ; il prépare en s’associant aux bandes voisines les tons mixtes et par ceux-ci provoque les complémentaires ; en lui et par lui, l’extrême rouge, combiné avec le vert, de même que le bleu combiné avec l’inverse orange, disparaissent dans l’unité du blanc.

La couleur est donc un phénomène particulier de réflexion, où le corps réfléchissant, pénétré par la lumière, se l’approprie et la restitue en l’altérant, le résultat de l’analyse et de l’examen de tout par le rayon irrécusable. Et l’intensité des tons varie, suivant une gamme dont le jaune forme la tonique, selon la mesure plus ou moins complète où la matière répond aux sollicitations de la lumière. Qui ne serait choqué de cette affirmation de la théorie classique que la teinte d’un objet résulte de son absorption en lui de tous les rayons colorés à l’exception de celui dont il fait paraître la livrée ? Je veux penser, au contraire, que cela qui constitue l’individualité visible de chaque chose en est une qualité originale et authentique, et que la couleur de la rose n’en est pas moins la propriété que son parfum.

— Ce que l’on a mesuré n’est point la vitesse de la lumière, mais la résistance seulement que le milieu lui oppose, en la transformant.

— Et la visibilité même n’est qu’une des propriétés de la lumière : diverses suivant les sujets différents. »

Il y a dans cette histoire de famille cette idée terrible du génie que j’avais déjà évoqué précédemment, l’idée que la fibre artistique ne semble prendre sens et s’épanouir qu’à travers une fragilité, un esprit torturé, harassé, pour Camille, la passion avec Rodin est dévastatrice, elle finit aliénée, isolée de tous, le diagnostic tombe : délire de persécution, crises paranoïaques, « la bande à Rodin »  rôde et hante ses pensées,sa vie, alors que tous les témoignages d’époque s’accordent à faire de Rodin un mécène secret, qui veille aussi  secrètement que possible à l’aider…Paul lui est aux prises entre une conversion religieuse et une Foi inébranlable, et les premières fureurs amoureuses, avec cette femme splendide mais volage, torturé par les figures de la Vierge et de la Pécheresse, dont il peine à se remettre…Il fuit la folie et voit sa soeur sombrer silencieusement…et redoute par dessus tout  une contagion de l’esprit, il ne trouve qu’une issue, une foi affermie, un mariage traditionnel avec une femme pieuse et une frénésie de voyages, se lançant à corps perdu dans ses missions diplomatiques, il parcourt le monde, traverse les océans et déverse sa fureur poétique…reste en ligne de mire

la folie

de Camille

qui le hantera sa vie durant..

M.G

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