Vous me connaissez tous, je m’appelle John, John Doe, oui je sais, vous souriez, vous en avez connus d’autres des John Doe. Je n’ai pas vraiment d’identité, de profil-type si vous préférez, ou plutôt, j’en ai peut-être trop, des multiples.

J’ai trente-cinq ans et ce qui me définit avant tout, je dis avant tout, parce que j’ai bien conscience que c’est pas pareil chez tout le monde, mais chez moi, c’est évident, c’est mon métier, je suis comédien, et même comédien-né.

Pas que je sois prétentieux, seulement de la justesse dans le portrait que je vous esquisse, c’est important d’être minutieux, vous savez, c’est ce qui permet d’être au plus vrai dans le rôle, d’être crédible. J’ai toujours aimé le théâtre, j’ai  le goût du grandiose et de la mise en scène, c’est tout moi,  de la gestuelle bien étudiée ou machinale, mécanique bien huilée et sens impromptu de l’improvisation,  j’aime entendre le timbre de ma voix onduler sur les cordes, façon instrumentale..ça me fait triper…enfin ça le faisait, jusqu’à tout récemment…

Je me fais donc mes petits personnages, ma petite galerie, colorée et je collectionne, je l’enrichis de nouveaux caractères au gré des rencontres que je fais, je perfectionne mon jeu parcours de nuances  et de sensibilités.

J’ai connu le succès, les périodes d’ombre et de lumière, mais je m’y suis habitué, ça fait partie du jeu comme qui dirait, et puis j’aime ça, la lumière ça t’expose parfois violemment, crument, et l’obscurité ça apaise, tu te retrouves plus facilement face à toi-même, seul, tu peux te délester de ces secondes peaux, tu peux muer tranquillement, en tête-à-tête amoureux avec ton toi intérieur.Rendez-vous immanquables que je ne manquerai pour rien au monde, tant ils regorgent de douces facéties intérieures, jolies retrouvailles en somme.

Mais voilà…

Il y a toujours des personnages plus faciles à interpréter que d’autres et on me donne souvent des rôles de méchants, souvent des cinglés même, il semble que je les interprète bien, j’ai pour ainsi dire la tête de l’emploi et étrangement je les trouve bien plus intéressants, les personnages noirs, ils sont moins lisses.Il faut s’imbiber, endosser le costume, alors je fais des recherches, tiens par exemple pour le rôle du fou furieux de mon dernier long métrage, je suis allé visiter un hôpital psychiatrique.J’en ai vu des tordus,  des névrosés à tous les stades, et de diverses pathologies, je suis resté six mois à observer, je me suis fait passer pour un malade…J’ai presque cru le devenir d’ailleurs, mais ça, c’est une autre histoire.

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