Lecture de la journée,

toute fraîche.

Je découvre Assouline avec ce roman et son personnage esseulé, Rémi, père de Paul et Virginie ( décidément une obsession !) comme il le dit si bien, non pas solitaire, juste habité par d’autres réalités et de cette capacité aux échappes du monde dans un monde intérieur.

P29. « Il aurait tant voulu se retrancher du monde. Etre ailleurs, ne fût-ce que pour se rassembler. De toute façon, de quelque manière qu’il la considérât, sa vie avait toujours été un éloge de la fugue. Tant mieux si la société ne distinguait pas la dimension du sauve-qui-peut dans sa réussite, alors que cette échappée désespérée en était justement la clé. De la fuite en avant, on retenait qu’il allait toujours de l’avant et on l’en félicitait. »

« Marie ignorait le non-dit, les mots entre les mots, les secrets murmurés, les silences éloquents.On était régi par la tyrannie des convenances. Ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.Rien entre les deux. » p.57

p.61. »Rémi en était le négatif(…) A croire que sa vie avait fait un pas de côté à sa naissance.Le fait est qu’en toutes choses il passait pour l ‘homme du petit écart.(…) Un personnage habitait en permanence sa personne, les deux coexistants en parfaite harmonie sans que jamais cette double identité ne s’intègre dans la comédie sociale, ou même ne participe au spectacle, sinon comme spectateur.(…) Rémi était un doux que seuls les gens pressés prenaient pour un faible.Un intellectuel dont la sensibilité l’amènerait toujours à placer l’émotion au-dessus des idées.Un barbare dans la mesure où une certaine forme de civilisation l’écoeurait. Quelqu’un qui préférait être touché que surpris. »

P.63. »Un bloc de mélancolie, c’est ce qu’il était devenu. »

p.73″Dans les grottes, il se sentait à l’abri d’une société qu’il fuyait de tout son être. Vivre ainsi dans les viscères de la terre lui donnait un sentiment ineffable. Celui d’être secrètement à l’écoute de la rumeur archaïque d’un monde que l’on aurait cru enfoui pour l’éternité. »

p.144″ Le plus souvent la musique de la conversation suffit.Mais d’une manière ou d’une autre, on n’envisage pas une telle assemblée convoquée pour mettre des taiseux en présence.Pourtant quel enchantement ce serait, un dîner de silences.Une addition de non-dits.Tout passerait par les regards et les gestes.(..)Non parce que le mutisme serait imposé telle une règle d’airain.Mais les paroles échangées auraient le caractère de l’essentiel.Aussitôt émises, elles se verraient frappées du sceau de la rareté. On célébrerait alors les funérailles de l’insignifiance. »

Un puzzle,

dont on agence les pièces progressivement,

un puzzle__ en arrière-plan un rivage, bord de mer,

____au premier plan, un couple galvanisé par le bonheur, monochrome, lèvres scellées, un instant volé à l’abri des regards, presque..si ce n’est ce petit bout…. de lorgnette,

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Edition Gallimard, 2002,267.p.

M.G.

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