Acte troisième

Emma,

les soubresauts au coeur,

ça commence à cogner dans la poitrine,

ça m’oppresse Emma,

je le sens accélérer ce pouls,

pam…pam…pamm….tu l’entends, j’ai toujours senti que tu pouvais l’entendre, un infrason…tous  les deux … diapason… Emma et Paul …ça résonne.

Emma, Emma, t’as pas le droit de m’abandonner …Je prends ta main Emma, je la pose tout précieusement près du coeur, tu entends Emma, tu entends comme il bat ce petit organe, il est si fort, il bat pour nous deux Emma. La première fois que je t’avais croisé au petit café, tu reluquais ton livre, absorbée comme follement éperdue dans ton univers, rien ne semblait t’atteindre Emma, quand tu lis tu es toute fascinée, intégralement prise dans l’histoire, j’en connais peu des filles comme ça, Emma.Tu ne m’a même pas vu, tu étais plongée, j’enviais cet intérêt qui ne semblait jamais te quitter. Tu levais à peine les yeux sur le monde qui t’entourait comme si tu avais toujours su qu’il ne te conviendrait pas, une occultation du réel. Tu avais cette façon de te mouvoir Emma..une élégante discrétion qui ne pouvait passer pour telle, je voyais bien Emma que tu voulais observer le monde, glisser subrepticement sur les choses, tu ne semblais pas réaliser l’effet que tu pouvais faire, de l’irradiation.Une certaine pudeur sans doute, mêlée à une craintivité certaine et, pourtant, Emma j’ai réussi une fois, j’ai attaché ton regard, je l’ai fait mien, capture fugitive et éternellement figée.Tu m’as fait un sourire, pas de ceux des plus évidents, il y avait même une certaine gêne entre nous, j’insistais avec ce regard et tu observais, mais semblais dans l’incapacité de te jeter, comme prisonnière d’un je ne sais quoi. Alors moi le grand timide, celui que les copains charriaient pour sa naïveté, j’avais une fois osé, j’avais profité d’une de tes errances dans un livre pour m’inviter à ta table, il t’avait fallu un temps qui m’avais semblé interminable Emma pour seulement réaliser que tu n’étais plus seule..et quand tu avais levé les yeux je m’étais complètement déballonné…Je m’étais levé sans mot dire et j’avais quitter la table, juste le temps d’entr’apercevoir tes prunelles.

 

Acte deuxième

J’étais rentré…Je n’attendais qu’une future occasion de revoir ces jolies prunelles.

De loin, j’avais largement eu le temps de peaufiner le tableau, une allure racée, des jambes fuseaux au galbe délicat entraîné par une ballade rythmique, la taille marquée comme un appel à t’enlacer, et ce french coat qui ne te quittait pas.

J’avais établi un plan de bataille : approche de la cible, j’ai refait mon petit numéro, je me suis invité à ta table, tu étais toujours absorbée, toujours sans mot dire..ça devenait doucement obsessionnel..ça ne me quittait plus, cette idée fixe..Apprivoiser la petite créature, ça m’a pris du temps..Tu acceptais désormais ma présence Emma, tu la tolérais, tant que le silence régnait, j’avais une fois tenté de te parler, et là, c’est toi qui t’étais levée…je m’étais retrouvé bête et désoeuvré pour tout dire, alors je n’avais pas recommencé…Je m’étais mis à emmener des objets, le premier, une feuille vierge de tout mot comme ce qui nous unissait,puis un ruban pour tisser le lien, et je dois dire j’ai été transporté, ivre de joie quand tu l’as saisi de tes  doigts pour le glisser le long de la page.Il devenait rempart ce livre, bouclier de ta réclusion et pourtant, le ruban…il était bien là le ruban. Toujours le silence, ça devait j’imagine, t’apaiser, mais tu conservais les objets, les alignais devant toi, ligne pacifique de ta tranquillité. Et puis, il y a eu ce jour, je n’oublierai jamais..

 

Acte premier

C’était devenu une routine, une joyeuserie, si j’ose dire, je me demandais quel serait le prochain objet, et je cherchais, je cherchais…puis….une évidence …Je suis arrivé fringant, enthousiaste, prêt à soulever des montagnes et à m’affranchir des silences, j’avais…

oui j’avais….

mais

j’avais pas tout prévu,

Emma,

j’avais envisagé des possibles, mais pas celui-là, j’ai pensé que cette fois-là je pourrai enfin délivrer ces lèvres d’un sourire,d’un mot, j’étais encore avec cette idée-là quand je me suis attablé, le bouquet de belladones fraîchement amassées, que j’avais maladroitement enrubanné et qui dissimulait ce petit mot, j’y ai cru  quand tu as levé les yeux,  tes lèvres ont commencé à remuer, je me suis dit intérieurement, Emma…J’avais le coeur à tout rompre, j’y croyais, j’y étais parvenu ! Enfin !Victoire!

Puis, les bruits sourds____assourdissants même, les rafales,

comme rifflés, les éraflures aiguës,

ébranlé,

tombé,

je te cherche, Emma où es-tu ? Emma? Emma?

Emma…

t’as pas le droit de m’abandonner….Je prends ta main Emma, je la pose tout précieusement près du coeur, tu entends Emma, tu entends comme il bat ce petit organe, il est si fort, il bat pour nous deux Emma.

Il bat moins fort maintenant, moins vite, il s’essouffle, sans doute,

parce que

tu as glissé comme faussement lascive le long de ta chaise,

je n’ai pas compris,

juste le temps de saisir ta main de la glisser sur mon coeur,de voir la panique et la terreur dans tes yeux, j’aurais voulu les ignorer tout comme les poinçons, ceux qui sont apparus,  noyés pourpre, quand les balles de kalach ont sifflé et percuté l’air,

celles qui ont interrompus notre tête-à-tête et qui t’ont si …cruellement blessée ce soir- là.

Alors, je t’ai accompagné Emma,

du mieux que j’ai pu, j’ai pris ta main et me suis tu, je laissais les résiliences

au coeur.

 

M.G.

P.S : Emma /MatmatahEmma /Matmatah,

toujours aimé cette chanson,

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