Edition Folio, 417 pages

Je viens, c’est l’histoire d’une polyphonie, 3 voix distinctes, trois points de vue de générations qui me rappelle en un sens, L’Elégance du Hérisson.

Composé de fait de trois parties, je viens propose trois lectures de vie, source de malentendus, mais après tout,  le lecteur averti de la 4ème de couverture le pressent :

« Je viens vérifie la grande leçon baudelairienne, à savoir que le monde na marche que sur le malentendu »

Charonne inaugure et déclenche les malentendus, fillette adoptée dans une famille où elle n’est qu’une intruse,  fait littéralement tâche, elle, petite métisse recueillie dans cette famille bourgeoise, vilain petit canard, que le grand-père Charlie se charge d’ affubler de doux noms racistes…

« J’ai six ans, j’en ai dix, j’en ai treize, Charlie perd la tête mais j’ai toute la mienne et elle est aussi bien faite que pleine, en dépit des commentaires désobligeants qu’elle attire:

_Tiens, t’as encore amené ta guenon?

_Qu’est-ce qu’elle est vilaine !  p.44″

Et Charonne se dépeint :

« Des filles dans mon genre (…)-comme ils ont du mal avec mon corps, mes cuisses cyclopéennes, mes fesses hottentotes, mes triceps d’hercule de foire, mon ventre junonien, et mes seins surtout, étrave qui fend le flot des passants et m’attire tantôt des quolibets sans équivoque tantot des exclamations ou des coups de sifflet plus difficiles a interpréter et dans lesquels il entre probablement autant d’admiration que de stupeur horrifiées » p.87

Elle peine à trouver sa place et trouve refuge auprès de Nelly, épouse de Charlie, sa grand-mère adoptive, l’artiste accomplie de la famille, la mondaine, qui dépeint après Charonne, sa  propre vision de sa famille, ses deux mariages, Fernand et Charlie, la naissance de sa fille et la désaffection de celle-ci, nourrissant aussi à sa façon, les incompréhensions et les rancunes. Le dernier chapitre complète les deux lectures avec Gladys, mère de Charonne et fille biologique de Nelly.

Nelly :  « Je crois n’avoir jamais rien vu de plus poignant que cette petite fille le jour où Gladys et Régis ont tenté d’annuler son adoption et de la rendre à l’expéditeur comme si elle n’était qu’un vulgaire colis en souffrance » p.183

p.368 :le mythe de la famille idéale s’il en était, pour Gladys :

« Je ne suis pas la mère de Charonne, je n’ai pas réussi à l’être : ça aurait peut être marché avec une autre petite fille, mais avec elle, ça n’a pas fonctionné, et il n’y a pas matière à épiloguer sans fin sur le sujet, sauf pour faire admettre à l’opinion commune qu’il y a des enfants moins sympathiques que d’autres et qu’il faut absolument arrêter d’idéaliser l’enfance, sauf à vouloir persister dans l’erreur » ce qui est assez drôle quand on sait que Gladys et Régis (son époux) ont choisi d’abandonner Charonne à l’éducation de Nelly et Charlie, pour se consacrer à une retraite spirituelle entre bouddhisme et dépouillement matériel ! (vaste fumisterie!)

Sans compter les moments de poésie avec Coco(l’un des spectres familiaux), héroinomane qui s’exprime parmi les vollutes de fumée bleu..

Une écriture fine, particulièrement dense, que j’ai particulièrement apprécié, et dont le style évolue de pair avec la voix (Charonne, Nelly, Gladys) qui

« illustre les lois ineptes de l’existence et leurs multiples variantes : l’amour n’est pas aimé, le bon sens est la chose du monde la moins partagée, les adultes sont des enfants, les riches se reproduisent entre eux et prospèrent sur le dos des pauvres etc »

et qui détonne dans le paysage littéraire. Pas d’attachement irraisonné au personnages mais une lecture qui ne peut laisser indifférent, qui peut laisser peut être perplexe, pantois, bref à mon sens, une jolie réussite.

M.G

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