Pleins feux sur Houellebecq, je dois dire que ce titre m’a plus emballé que l’Extension dont finalement j’ai quasi tout oublié, c’est assez étrange d’ailleurs, peu de romans me font cet effet d’amnésie.

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On se hisse et on surplombe façon plateforme justement pour voir le monde, en hauteur, j’apprécie le cynisme corrosif, je comprends ses détracteurs, aussi.

Il me semble que ce serait une erreur de s’arrêter à un premier degré de lecture.

Certes, il relève la déchéance et l’appauvrissement occidental ou l’impact de la marchandisation du plaisir, tout s’achète, se compare et quoi de plus authentique que le tourisme sexuel thaïlandais, pour illustrer son propos? Et c’est surtout dans ces moments-là qu’il ne fait pas dans la dentelle, moi, ça me fait l’effet d’une conversation brute, mais sans faux-semblants, nature, sans hypocrisie .

Aussi, sommes-nous embarqués rapidement avec Michel, quinquagénaire, archétype du fonctionnaire médiocre,  individu lambda, qui se décide à partir en vacances, version tour operator,  avec Nouvelles Frontières, en groupe, et véhiculé (nouvel échos à la plateforme) alors que Michel nous avoue, d’emblée ne pas aimer l’humanité.

« Je ne suis pas bon, dans l’ensemble, ce n’est pas un des traits de mon caractère. L’humanitaire me dégoûte, le sort des autres m’est en général indifférent, je n’ai même pas le souvenir d’avoir jamais éprouvé un quelconque sentiment de solidarité. »

Il ne fera donc pas d’effort particulier, il décortique /dissèque ses congénères version autopsie presque, méthodique, ponctuant son regard (j’insiste bien sur le regard/sens de l’observation/acuité visuelle) plutôt pessimiste, de petites analyses sociologiques et d’informations sur l’histoire de la Thaïlande, ce qui nous permet pour le coup de nous joindre au voyage,

« J’aimais les catalogues de vacances, leur abstraction, leur manière de réduire les lieux du monde à une séquence limitée de bonheurs possibles et de tarifs ; j’appréciais particulièrement le système d’étoiles, pour indiquer l’intensité du bonheur qu’on était en droit d’espérer

 et de l’accompagner et même d’anticiper sur sa relation avec Valérie.

Si Michel ne s’offusque pas du tourisme sexuel et qu’il avoue y participer joyeusement, une certaine forme d’inéluctabilité justifie son comportement. Pourtant,sur cette toile de fond sombre, naît une histoire d’amour touchante avec Valérie, mais, dont on pressent aussi qu’elle ne peut durer aussi intensément et éternellement, comme si le bonheur était périssable .

« Pourtant, en souvenir de ces quelques mois, je peux en témoigner : je sais que le bonheur existe. »

C’est peut être cette idée qui est in fine la plus dérangeante dans ce livre et qui,  paradoxalement, la rend d’autant plus belle.

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