Quatorze nouvelles, un thème commun, largement développé, celui de l’antichambre de la mémoire et des souvenirs, ou comment ceux-ci aiment se rappeler à nous le temps d’une fuite ou d’une fulgurance.Les rubans symbolisent les liens, ce qui rapproche, qui tient le fil ténu, les souvenirs qui refluent l’espace par une flagrance, un mot, une image…Ces »infimes détails »qui marquent façon indélébile.

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Dans Viens voir, la première nouvelle qui inaugure le recueil, Lucie s’extasie devant« l’absurde petite anémone, si obstinée..Elle avait poussé là spontanément et revenait chaque année, avec sa fleur bien ouverte, toujours seule mais toujours vivace ».

Dans la contemplation, Lucie ré-active les souvenirs d’Henri, plus encore elle comprend et connaît le remords.Quand elle l’alpagait Henri incessamment de ce « Viens voir » elle agissait à la manière d’une enfant gâtée qui cherche et s’accapare toute l’attention.Devant l’évidence, Lucie peine à se remettre, Henri lui, savourait son envoûtement à sa manière, ne lui en tenait pas rigueur, car

« Viens voir, » » c’est le cri des bateleurs, mais c’est aussi le premier soupir dans le matin retrouvé, et le vrai secret de ce qui se dit et s’écrit . »Un joli hymne aux échos et résonances que l’on peut apercevoir/ percevoir, pour peu qu’on s’efforce à la synthèse.

Le végétal trouve donc aisément et naturellement sa place tant il offre un horizon propice aux pensées lointaines, dans le Godelureau et l’olivier

« Et ses mains étaient déjà pleines de griffures, elle les regarda avec amitié: elle se rappelait le texte(…) où Colette célèbre ses propres mains, petites mains toutes couvertes d’égratignures dues au jardinage ».

Comme si les cicatrices de ses mains et celles de l’olivier l’accablaient davantage.Elle offre ainsi la lumière crue qui déforme négligemment comme la perspective trompeuse des souvenirs.

Et, avec Violettes sur un guéridon (4ème) « Au milieu, tout seul, il y a l’objet : bouquet de violettes sur un guéridon, et tout autour, les images innombrables du bouquet, comme autant d’échos de toute sortes, venus d’hier ou d’autrefois, d’un mot ou d’une chanson, voire des vibrations secrètes d’une sensualité entr’aperçue ». »En somme, tout m’était revenu par le lien de quelques mots, qui n’avaient peut-être rien à faire là.Mais qu’importe? Pouvoir tout unir par delà les écarts du temps et les différentes situations, n’est-ce pas un avant-goût de l’éternité? Cela surprend un peu »

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Bouquet de violettes, Marie-Claire Giudici, peinture à l’huile

L’image est donc « convenue », figée, fixe comme un »chromo » plus ou moins suspect.

La mémoire agit et joue au kaléidoscope, monstre d’opacité en son long qui recèle et dissémine à coup de petites griffes dissymétriques, sous prétexte d’endolorir ou de raviver tour à tour, les  saisissants contrastes.

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