Retour aux sources et variabilités, j’alterne selon les humeurs…

J’ai lu avec enthousiasme Patrick Cauvin avec Huit jours en été qui nous convie à une escale à Bénarès et au dépaysement.Comme le narrateur, j’ai promené mon regard et me suis laissée enivrer par les épices que je pouvais presque sentir et le tournoiement des chatoyants saris, ce qui convient bien à la saison estivale.Sans compter les résonnances cosmiques ou les échos « Je reprends les pagaies » et « Je dois avoir l’air de ramer dans le vide » des expressions qui sonnent familières et plus fort encore p 189 « Je sais à présent que les charognes ont une odeur de sucre…Je pense à Baudelaire et à son attirance pour l’immonde » ah! Spleen spleen..

Une charogne

section « Spleen et idéal » des Fleurs du mal.

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux :
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.

– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

Je me suis rappelé alors avoir lu E=MC2 mon amour du même auteur dans ma jeunesse et je l’ai retrouvé..Je me souviens, « Bingo!. »Le titre m’intriguait : quel rapport avec une formule d’Einstein, la relativité et l’amour, les sentiments? Une histoire d’alchimie, de molécules peut-être…

Quatrième de couverture

 » Lui un peu voyou, elle un peu bêcheuse, ces deux bambins qui totalisent moins de vingt-trois printemps vont se rencontrer, se flairer, se reconnaître et vivre dans l’incompréhension générale ce qu’il est légitime d’appeler un grand amour. J’aime dans le roman de Patrick Cauvin – outre toutes les qualités de fraîcheur, de légèreté, d’invention qu’il faut pour faire l’enfant sans faire la bête – j’aime ce qu’il dit sans avoir l’air d’y toucher et qui va beaucoup plus loin que son joli récit. « 

 

« Dis moi quelque choses, que je l’emporte ».
Panique. Je cherche, ça tourne, il faut trouver quelque chose dont elle se souvienne, quelque chose qui résume tout ce que nous avons été, quelque chose qui soit bien à nous, à nous deux seuls, où il y ait nos cerveaux trop gros et nos coeurs si larges, quelque chose qu’aurait dit… je ne sais pas moi, un type qui serait à la fois Einstein et Racine; Einstein et Racine !…
Alors, d’un seule coup je me penche au dessus de la rambarde, les mains en porte-voix, et hurle : e=mc², mon amour.

Avec Cauvin, pas de déception, l’écriture est fluide, agréable, ça se boit comme du petit lait…

Ce titre m’a rappelé le Blé en herbe, de Colette, je l’avais déjà rencontré et l’ai relu récemment.

Le charme tient en partie selon moi au ton faussement désuet, mais finement ciselé, emprunt de préciosité diront certains, l’idée d’un écrin qui recueille un petit bijou.Colette me rappelle (dans un sens) la délicieuse dentelle de Calais, ouvragée et délicate.

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Je reste sensible aux couleurs de « terre cuite » »pervenche » » yeux couleur de pluie printanière »  « bleuâtre, violâtre » et je me représente plutôt bien Cancale pour y avoir été le temps des vacances.Comme j’en avais fini avec Chéri et la fin de Chéri, j’ai enchaîné avec La retraite sentimentale, et hasard…tombée pendant l’escale savoyarde, (caché dans une petite bibliothèque commune et cerné de titres plus légers type » harlequins ») sur Sido Les vrilles de la vigne ! qui prendra place aux côtés des autres titres de l’auteure.

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